27 février 2008
Montaigne et sa tour
"Qui apprendrait les hommes à mourir, leur apprendrait à vivre".
Né le 28 février 1533 au château de Montaigne en Périgord, Michel Eyquem de Montaigne est issu d'une famille de négociants bordelais. Son arrière grand-père, Ramon Eyquem, fait l'acquisition en 1477 de cette maison forte du XIVème siècle, et accède ainsi au noble statut de Seigneur de Montaigne qu'il lèguera à ses enfants et petits-enfants. De ces derniers, Pierre Eyquem est le premier à quitter le comptoir familial pour venir s'installer dans la demeure périgourdine qu'il fait aménager et fortifier. De son mariage avec Antoinette de Louppes, fille d'un marchand toulousain, il aura huit enfants dont Michel est l'aîné.
Elevé en nourrice dans le petit village voisin de Papassus, le jeune Michel Eyquem reçoit à son retour au château familial une éducation peu ordinaire: réveillé chaque matin au son de l'épinette "afin de ne pas lui abîmer sa tendre cervelle", il apprend très tôt le latin qu'il parle couramment dès l'âge de sept ans, conversant tout naturellement avec les domestiques employés à Montaigne.
Scolarisé au collège de Guyenne à Bordeaux, il y brille rapidement par son aisance à pratiquer la discussion et la joute rhétorique, et par son goût pour le théâtre.
Après des études de droit, il débute sa carrière en 1554 en tant que conseiller à la Cour des Aides de Périgueux, puis au Parlement de Bordeaux où il siège durant presque 15 ans. C'est donc au palais de l'Ombrière qu'il fait la connaissance d'Etienne de la Boétie, de trois ans son aîné, humaniste et poète, auteur du "discours de la servitude volontaire", hymne véhément à la liberté civique.Leur amitié profonde inspirera à Montaigne cette célèbre phrase "Parce que c'était lui, parce que c'était moi" (Essai I, 28). La mort prématurée de la Boétie, emporté par la peste en 1563, met un terme tragique à cette noble affection, et laisse Montaigne dans une grande solitude que son mariage en 1565 avec Françoise de la Chassaigne, fille d'un de ses collègues au Parlement, ne viendra pas apaiser. De cette union tendre et fidèle, "à la vieille Françoise", naquirent six filles dont une seule, Eléonore, survécut.
La mort de son père en 1568, "le meilleur des pères qui furent oncques", le laisse à la tête d'une grosse fortune et du domaine de Montaigne. Il s'y retire deux ans plus tard, après avoir vendu sa charge de parlementaire, dans le but de "se reposer sur le sein des doctes Vierges dans la paix et la sérénité" et d'y franchir "les jours qui lui restent à vivre". Il consacre alors la plupart de son temps à la méditation et à la lecture des quelque mille ouvrages rassemblés dans sa "librairie", "belle entre les librairies de village", aménagée au dernier étage de cette tour qui devient son repaire. Il s'y retire souvent, fuyant les contraintes familiales et professionnelles: "C'est là mon siège. J'essaie à m'en rendre la domination pure, et à soustraire ce seul coin à la communauté conjugale, et filiale, et civile". S'appropriant la pièce, il fait graver sur les poutres du plafond des maximes du scepticisme antique et des sentences tirées de l'Ecriture Sainte, qui forment encore aujourd'hui un témoignage émouvant de sa pensée humaniste: "Je suis homme, rien de ce qui est humain ne m'est étranger" (Térence). Il commence également à coucher par écrit le fruit de ses réflexions, ses "Essais" dont il publie le premier recueil en deux tomes en 1580: "Je veux qu'on m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans contention et artifice: car c'est moi que je peins".
Afin de soigner sa gravelle (calcul rénal), maladie héréditaire, dont il souffre depuis quelques années, Montaigne décide de tenter les cures thermales dans les villes d'eaux réputées à travers l'Europe. Il quitte sa retraite en juin 1580, accompagné de son frère et de trois autres jeunes nobles. Après un passage à Paris où il présente ses Essais au roi Henri III, il se rend en Suisse, puis en Allemagne et enfin en Italie. Il y apprend l'italien et obtient la citoyenneté romaine. Il rapporte son périple dans son Journal de voyage, dont le manuscrit, conservé pendant presque 200 ans au château à l'insu de tous, sera publié lors de sa découverte en 1774. Le coffre en cuir clouté dans lequel il a été retrouvé est encore visible dans la chambre de la tour.
Le 7 septembre 1581, une lettre de France l'informe de son élection à la mairie de Bordeaux. Pressé par Henri III, il entreprend le voyage de retour. Bien que réélu à la fin de son mandat en 1583, sa charge ne l'accapare point et il continue la rédaction de ses "Essais": Il publie en 1582 une seconde édition enrichie d'additions. Nommé gentilhomme ordinaire de la chambre du roi de France en 1573, Montaigne a servi fidèlement Henri III. Après avoir pris activement part à la guerre civile jusqu'en 1577, le nouveau maire de Bordeaux entretint des relations amicales avec le maréchal de Matignon, lieutenant général du roi de Navarre et par ses qualités de négociation et de diplomatie, tenta de rapprocher Henri III et son beau-frère Henri de Navarre, futur Henri IV. Ce dernier vint même trouver Montaigne chez lui à deux reprises, à la recherche des sages conseils qu'il ne manquait pas de lui donner.Le maître des lieux mettait alors à la disposition du futur roi et de sa suite le gîte et le couvert, et pour leur loisir, les deux hommes se lançaient à la chasse au cerf dans les bois du domaine. A la mort d'Henri III, le Béarnais devenant alors le roi de France légitime, Montaigne lui témoigne son attachement.
Ses charges politiques ne l'empêchent pas d'écrire: à la fin de son second mandat, en 1585, il se remet à la tâche et prépare une nouvelle édition des "Essais" qu'il publie à Paris en 1588, additionnée d'un troisième tome. C'est à cette occasion qu'il fait la connaissance d'une jeune fille originaire de Picardie, Marie Le Jars de Gournay, avec qui il se lie d'amitié, une amitié faite de tendresse et d'admiration qui vient éclairer ses dernières années. En effet, très affaibli par sa gravelle, il reste le plus souvent en sa librairie où il prépare une quatrième édition des Essais qui ne verra le jour qu'après sa mort, en 1595, grâce au travail de celle qu'il appelait sa "fille d'alliance", Marie de Gournay, qui en assura ainsi la postérité. Les deux dernières années de sa vie, c'est de sa chambre aménagée au second niveau de sa tour qu'il écoute les offices célébrés dans la petite chapelle seigneuriale au rez-de-chaussée, grâce à un conduit acoustique aménagé dans le mur, n'ayant plus la force de descendre ses escaliers. Le 13 septembre 1592, sentant ses derniers instants arriver, il fait venir auprès de lui ses plus proches voisins afin de prendre congé d'eux. En leur présence il fait dire une dernière messe et rend le dernier soupir à l'instant même de l'Elévation. Il a 59 ans.
"Que sais-je ?" était sa devise et quand on lui demandait d'où il était, il répondait, suivant l'exemple de Socrate : "je suis du monde", refusant toute étiquette géographique et par la même toute discrimination entre les Hommes. Il n'était pas à cheval sur les principes d'une rigueur étriquée, mais bien plus enclin à la tolérance entre les êtres et au respect de la différence tant sociale que religieuse. Il a posé les premiers fondements de l'Humanisme , ce courant de pensée qui veut que la société soit faite pour servir l'Homme et non l'inverse, cette philosophie qui replace l'humain au centre de la réflexion et qui conduit au respect d'autrui. Défenseur de la nécessité de communiquer, il était pétri d'esprit de justice et d'équité et a toujours prôné le dialogue comme remède à la violence et la réflexion comme préalable à l'action.
Montaigne son chateau.
De la terrasse, le regard se perd à l'horizon. Des forêts, deux ou trois villages clairsemés, des champs, des vignes dessinent un paysage serein aux confins de la Guyenne et de la Dordogne. Rien ou presque n'a changé : pas de pins alors, mais des chênes, des châtaigniers et du blé. Au fond de la vallée serpente la Lidoire, frontière naturelle entre Anglais et Français, Protestants et Catholiques. Le château de Montaigne, fief de l'archevêque de Bordeaux en pays protestant, ancienne maison forte, en surveille les accès de sa position dominante.
Des 600 hectares de bonnes terres acquises par le bisaïeul de l'écrivain, augmentées par son père et entretenues par lui, il reste un bergerac rouge de bonne tenue et un blanc moelleux des Côtes de Montravel qu'apprécia, dit-on, Henri de Navarre quand il fut son hôte, à trois reprises.
La région est alors déchirée par les guerres de religion et la position du château n'est pas sans rappeler le rôle de médiateur de Michel de Montaigne. Non pas indifférent mais tolérant, ce catholique qui fait sonner sa cloche et écoute la messe tous les jours entretient de bons rapports avec ses voisins protestants et joue un rôle de première importance dans le conflit qui partage son temps. Paix et guerre, piété et tolérance, solitude et sociabilité, sédentarité et goût du voyage, faut-il s'étonner si l'une des maximes peintes dans son cabinet affirme : "Toute parole a son contraire", et une autre : "Sans pencher d'aucun côté".
Pour le visiteur qui découvre Saint-Michel de Montaigne, le plus étonnant est sans doute la situation retirée du domaine, son calme. Du vivant de l'écrivain, y règne l'agitation des grandes propriétés agricoles : charrues, chevaux, volailles, valets, servantes vont et viennent dans la grande cour carrée.
La fameuse Tour ronde qu'il s'est attribuée pour ses appartements privés, la seule encore intacte avec un fragment du mur d'enceinte, n'est pas seulement une retraite qui lui permet de se mettre à l'abri des "picoreurs". C'est aussi une position stratégique. Avec six mètres d'épaisseur à la base, quatre mètres puis cinquante centimètres, la dimension des pièces est en relation avec leur usage : la chapelle, couverte de fresques et d'armoiries en grande partie effacées, puis sa chambre et sa garde-robe, et au sommet, sa "librairie", bibliothèque et cabinet de travail. Les murs de la chambre étaient entièrement décorés de peintures dont les thèmes rendaient hommage à Pierre, le père adoré. Michel aime y coucher "dur et seul, à la royale, un peu bien couvert". Sa femme loge en face, dans la Tour Trachère, dite de Madame. Après tout, remarque l'auteur des "Essais", "nous n'avons pas fait marché, en nous mariant, de nous tenir accoués l'un à l'autre..."
Mais pour le lecteur de Montaigne, c'est bien sûr la librairie qui captive l'émotion. Plus de quatre siècles ont passé. Venez hors saison. La description qu'il en donne, ayez-la en mémoire ou à la main, il n'en est pas de meilleure. Imaginez le millier de livres aux reliures brillantes rangés à plat le long des parois arrondies, la lumière bleutée des "trois vues de libre prospect", l'espace libre du dallage où le pas de Montaigne résonne quand il pense en marchant, levez la tête vers les poutres où il a fait graver ou peindre ses maximes préférées, effacées et recouvertes au gré de ses lectures. "Misérable à mon gré qui n'a chez soi où être à soi, où se faire particulièrement la cour, où se cacher ! L'ambition paie bien ses gens de les tenir toujours en montre, comme la statue d'un marché... ils n'ont pas seulement leur retrait pour retraite".
Passé entre les mains de plusieurs propriétaires, entièrement détruit par un incendie en 1885, reconstruit par Pierre Magne, le château appartient aujourd'hui à l'une de ses descendantes qui l'habite. Les vingt hectares de vignes constituent, avec les entrées, l'essentiel des revenus de cette propriété privée (on peut commander ce vin). Depuis juin 1999, un guide assure en permanence les visites de la Tour. Un nouvel essor est donné par le responsable du site, Monsieur Delpit. Il faut espérer qu'un travail de restauration permettra de remettre en état certaines parties très abîmées de ce patrimoine inestimable, classé depuis 1952.
Une autre expérience, passionnante, est en cours. Un groupe de chercheurs de l'Université de Bordeaux, s'inspirant des travaux sur les temples égyptiens, travaille à la reconstitution virtuelle du château. Toutes les données fournies par les informations iconographiques et écrites devraient permettre de retrouver sa structure originelle grâce au travail conjoint d'un informaticien, d'un archéologue, d'un architecte et d'une historienne, Anne-Marie Cocula. Un CDRom et un livre sont prévus. Gageons que cet "essai" aurait titillé la curiosité et la réflexion de Montaigne !
Evelyne Bloch-Dano.
Les sentences de la librairie de Montaigne.
25 février 2008
Montesquieu - La Brede
Biographie de Montesquieu.
"Ce n’est pas l’esprit qui fait les opinions, c’est le coeur".
Charles-Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, connu sous le nom de Montesquieu est né le 18 janvier 1689 à la Brède (Gironde), il est le fils de Jacques de Secondat, baron de Montesquieu (1654-1713) et de Marie-Françoise de Pesnel, baronne de la Brède (1665-1696).
Montesquieu naît dans une famille de magistrats de la bonne noblesse, au château de la Brède dont il porte d'abord le nom et auquel il sera toujours très attaché. Ses parents lui choisissent un mendiant pour parrain afin qu'il se souvienne toute sa vie que les pauvres sont ses frères.
Après une scolarité au collège de Juilly et des études de droit, il devient conseiller du parlement de Bordeaux en 1714. En 1715, il épouse à 26 ans Jeanne de Lartigue, une protestante issue d'une riche famille et de noblesse récente qui lui apporte une dot importante. C'est en 1716, à la mort de son oncle, que Montesquieu hérite d'une vraie fortune, de la charge de président à mortier du Parlement de Bordeaux et de la baronnie de Montesquieu, dont il prend le nom. Délaissant sa charge dès qu'il le peut, il s'intéresse au monde et au plaisir.
A cette époque l'Angleterre s'est constituée en monarchie constitutionnelle à la suite de la Glorieuse révolution (1688-89) et s'est unie à l'Écosse en 1707 pour former la Grande-Bretagne. En 1715, le Roi Soleil Louis XIV s'éteint après un très long règne et lui succèdent des monarques plus faibles. Ces transformations nationales influencent grandement Montesquieu, il s'y référera souvent.
Il se passionne pour les sciences et mène des expériences scientifiques (anatomie, botanique, physique...). Il écrit, à ce sujet, trois communications scientifiques qui donnent la mesure de la diversité de son talent et de sa curiosité : "Les causes de l'écho", "Les glandes rénales" et "La cause de la pesanteur des corps".
Puis il oriente sa curiosité vers la politique et l'analyse de la société à travers la littérature et la philosophie. Dans les "Lettres persanes", qu'il publie anonymement (bien que personne ne s'y trompe) en 1721 à Amsterdam, il dépeint admirablement, sur un ton humoristique et satirique, la société française à travers le regard de visiteurs perses. Cette œuvre connaît un succès considérable : le côté exotique, parfois érotique, la veine satirique mais sur un ton spirituel et amusé sur lesquels joue Montesquieu, plaisent.
En 1726, Montesquieu vend sa charge pour payer ses dettes, tout en préservant prudemment les droits de ses héritiers sur celle-ci. Après son élection à l'Académie Française (1728), il réalise une série de longs voyages à travers l'Europe, lors desquels il se rend en Autriche, en Hongrie, en Italie (1728), en Allemagne (1729), en Hollande et en Angleterre (1730), où il séjourne plus d'un an. Lors de ces voyages, il observe attentivement la géographie, l'économie, la politique et les mœurs des pays qu'il visite. Avant 1735, il avait été initié à la franc-maçonnerie en Angleterre.
De retour au château de la Brède, en 1734, il publie une réflexion historique intitulée "Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence", monument dense, couronnement de ses années de voyages et il accumule de nombreux documents et témoignages pour préparer l'œuvre de sa vie, "De l'esprit des lois". D'abord publié anonymement en 1748 grâce à l'aide de Madame de Tencin, le livre acquiert rapidement une influence majeure alors que Montesquieu est âgé de 59 ans. Ce maître livre, qui rencontre un énorme succès, établit les principes fondamentaux des sciences économiques et sociales et concentre toute la substance de la pensée libérale. Il est cependant critiqué, attaqué et montré du doigt, ce qui conduit son auteur à publier en 1750 la "Défense de l'Esprit des lois". L'Église catholique romaine interdit le livre, de même que de nombreux autres ouvrages de Montesquieu, en 1751 et l'inscrit à l'Index (La partie religion avait été écrite au même titre que les autres). Mais à travers l'Europe, et particulièrement en Grande-Bretagne, "De l'esprit des lois" est couvert d'éloges.
Dès la publication de ce monument, Montesquieu est entouré d'un véritable culte. Il continue de voyager notamment en Hongrie, en Autriche, en Italie où il demeure un an, au Royaume-Uni où il reste 18 mois. Il poursuit sa vie de notable, mais reste affligé par la perte presque totale de la vue. Il trouve cependant le moyen de participer à "l'Encyclopédie", que son statut permettra de faire connaître, et rédige l'article "goût" qu'il n'aura pas le temps de terminer et ce que Voltaire fera.
C'est le 10 février 1755 qu'il meurt à Paris d'une fièvre inflammatoire.
Le château de La Brede sa maison.
Le château de La Brède, situé à 20 km au sud de Bordeaux, est un édifice exceptionnel sur le plan historique, architectural et naturel. Ce site qui se visite depuis une cinquantaine d’années, est classé au titre des Monuments historiques depuis 1951.
Le château a été édifié à partir de 1306 sur les ruines d’une construction plus ancienne. Remanié à partir de la Renaissance, il a conservé son caractère de forteresse, atypique par sa forme polygonale qui se reflète dans l’eau des larges douves qui l’entourent. On accédait au château par trois ponts-levis, aujourd’hui remplacés par trois passerelles en bois qui permettent de franchir les douves animées par un ballet de carpes.
Jusqu’au XVIIème siècle le domaine a appartenu successivement aux familles de La Lande, de l’Isle et Pesnel. En 1686, il devient la propriété de la famille de Secondat par le mariage de Marie-Françoise de Pesnel à Jacques de Secondat (père de Montesquieu). La comtesse Jacqueline de Chabannes, descendante de Denise, la plus jeune fille de Montesquieu, réside au château de La Brède jusqu’à son décès en 2004. Sans descendant, elle a souhaité que le domaine reste ouvert au public et a pour cela créé la Fondation Jacqueline de Chabannes, destinée à préserver et faire découvrir ce patrimoine.
C’est dans ce château que naît, le 18 janvier 1689, Charles Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, plus connu sous le nom de Montesquieu. Très attaché au château familial de La Brède, Montesquieu y séjourne régulièrement. Il retrouve, dans ce havre de paix, le bonheur d’une vie simple et un environnement propice à la réflexion et à l’écriture. Montesquieu passe de nombreuses heures dans sa chambre où il rédige une partie de son œuvre "De l’Esprit des lois" et dans sa bibliothèque. Cette salle de 216 m² voûtée en berceau comptait plusieurs milliers d’ouvrages à l’époque de Montesquieu. En 1994, la comtesse Jacqueline de Chabannes a fait une dation, à la bibliothèque municipale de Bordeaux, de l’intégralité des manuscrits et des ouvrages qui étaient encore conservés dans la bibliothèque, afin d’éviter la dispersion de ce fonds de grande valeur.
La visite de ce domaine vous dévoilera son histoire et révélera un patrimoine remarquablement préservé au fil des siècles, par la famille de Montesquieu. La découverte des nombreuses pièces entièrement meublées, l’antichambre, le salon, la chambre des secrétaires et celle de l’épouse de Montesquieu, la chapelle, le salon de la comtesse Jacqueline de Chabannes… et de lieux emblématiques où Montesquieu travaillait, tels que sa chambre conservée dans son état du XVIIIe siècle et sa bibliothèque, vous conduira sur les traces de l’écrivain.
Le château a été édifié au cœur d’un domaine arboré d’environ 150 hectares. Les promenades dans la forêt et les sous-bois sont très agréables et permettent de découvrir la grande variété de la flore : les chênes d’Amérique, les charmes, les robiniers, les châtaigniers… et aussi la faune, car il n’est pas rare de rencontrer quelques chevreuils, faisans et autres animaux.
Un parc, aménagé par Montesquieu, entoure le château, de ses vastes pelouses et ses arbres d’ornements : buis, viorne, forsythia, althéa… Une large allée traverse ce jardin et mène à un corps de ferme du XIXe siècle édifié à l’écart du château, où se trouvaient à l’époque de Montesquieu "une vaste ménagerie en trois corps réunis".
Trois passerelles permettent d’accéder au château et de découvrir la façade est du château, couverte d’un rosier blanc. Au-delà, dans le parc, un cadran solaire, et les formes douces d’une prairie contrastent avec l’aspect "gothique" du château (comme le qualifiait Montesquieu). A l’intérieur du château, le premier étage offre plusieurs points de vue qui permettent d’apprécier ce paysage harmonieux et paisible.
"O rus quando te aspiciam" "Ô campagne quand te reverrai-je", tel était le désir de Montesquieu de retrouver le domaine qui était si cher à son cœur. Montesquieu a fait graver cette citation, d’Horace, au dessus de la première porte qui permet l’accès au château et "Deliciae domini" "Les délices du maître" sur la seconde porte.
Montesquieu, écrivain et philosophe, est aussi un propriétaire terrien. Au décès de son père et de son oncle, il hérite de leurs nombreuses propriétés dont la baronnie de La Brède. Montesquieu se consacre à l’exploitation de ses terres et plus particulièrement de ses propriétés viticoles. Il aime parcourir ses vignes, voir les grappes se former et mûrir, et il demeure très attentif à l’évolution de sa production qui constitue une source importante de revenu.
Très attaché à son domaine, Montesquieu, s’efforçait de le protéger des braconniers qui y chassaient et avait le souci de l’embellir. En s’inspirant des jardins et parcs anglais découverts au cours de ses voyages, Montesquieu décide de modifier le parc qui entoure son château. Dans une de ses lettres, il dit à son ami l’abbé Guasco :
"Ne voudriez-vous pas voir le château de La Brède, que j’ai si fort embelli depuis que vous ne l’avez vu ? C’est le plus beau lieu champêtre que je connaisse".
21 février 2008
John Keats - Londres
Biographie de John Keats.
"La seule façon de renforcer notre intelligence est de n'avoir d'idées arrêtées sur rien, de laisser l'esprit accueillir toutes les pensées".
John Keats, poète britannique né le 31 octobre 1795 à Finsbury Pavement, près de Londres, mort le 24 février 1821 à Rome des suites de la tuberculose, est considéré comme un des meilleurs représentants du romantisme au Royaume-Uni.
Issu d'un milieu modeste, son père meurt alors qu'il a huit ans, laissant sa mère avec quatre enfants à charge. Celle-ci se remarie la même année, mais le mariage ne dure pas. Elle déménage pour Edmonton et, lorsqu'elle contracte la tuberculose, confie ses enfants à leur grand-mère, qui elle-même en laisse la garde à un couple qu'elle paie pour leur éducation.
A l'école, John Keats est déjà un grand lecteur. Pourtant, il commence un apprentissage d'apothicaire en 1811. Sa mère est morte l'année précédente. En 1814, il retourne à Londres et étudie au Guy's Hospital. Cette même année, il écrit son premier poème. Il obtient son diplôme d'apothicaire en 1815 et exerce un temps, avant de se consacrer entièrement à l'écriture. Il rencontre alors très rapidement des artistes renommés de son temps tels que Leigh Hunt, Percy B. Shelley ou bien Benjamin Robert Haydon. Leigh Hunt l'aida d'ailleurs à publier son premier poème, "Lines in Imitation of Spencer", dans un magazine en mai 1816.
En 1817, il fait publier un premier recueil, intitulé "Poems", qui ne parvient pas à toucher le public. Délaissé par son frère George, parti s'installer aux Amériques, il tente d'aider son frère Tom à sortir du piège de l'alcool. Ce dernier finit cependant par mourir en 1818. C'est durant cette période que Keats travaille à sa première grande œuvre, "Endymion", qui parait en 1818. Il s'agit d'un poème narratif étalé sur quatre ouvrages et inspiré par la mythologie grecque : Endymion fut endormi par Séléné (la Lune) indéfiniment pour préserver sa beauté. Il reçoit un accueil critique très négatif.Malgré cela, il est entouré et soutenu par les grands romantiques anglais, avec au premier rang d'entre eux Shelley et Lord Byron.
C'est également durant cette période qu'il ressent les premiers signes de sa maladie.
En 1820, il fait publier "Hyperion" (Hypérion fait partie de la famille des Titans dans la Grèce Antique). La même année paraissent différentes ballades et odes, telles que "Lamia", "Isabella", "Ode To A Nightingale", "Ode On A Grecian Urn", "Ode To Psyche". Ces publications lui apportent enfin la reconnaissance. Trop pauvre pour épouser la femme qu'il aime et sérieusement diminué par la tuberculose, ses poèmes se teintent de tristesse. A la fin de l'été, les médecins lui conseillent d'éviter l'hiver anglais et de partir pour l'Italie. Déclinant l'invitation de Shelley de le rejoindre à Pise, il voyage accompagné de son dernier ami, Joseph Severn. Après avoir séjourné à Naples, il s'installe à Rome, où il rend son dernier soupir. Il fait inscrire comme épitaphe "Here lies one whose name was writ in water" (Ici repose celui dont le nom était écrit dans l'eau). Il était fiancé à Fanny Brawne, restée au pays.
Malgré la brièveté de sa vie et de son oeuvre,John Keats est considéré comme un des plus grands poètes du romantisme anglais, dont l'écriture comme la vie incarnent toutes les dimensions. Il est une grande influence pour les artistes qui lui ont succédé, la génération des préraphaélites, et son univers, entre beauté et mort, constitue la trame de fond des cycles Endymion et Hyperion écrits par Dan Simmons, auteur de science fiction.
Sa maison à Londres.
Cette maison est un monument dédié au bonheur, on y trouve une collection importante de manuscrits, de livres annotés, de lettres et d'autres souvenirs de la vie du poète, son lit, sa bague de fiançailles que Fanny continua à porter jusqu'à sa mort. Un lieu pour les Romantiques impénitents.
Loin des bruits de la ville, le quartier d'Hampstead Heath est un lieu de prédilection pour la pêche, les maquettes de bateaux, le cerf-volant et l'équitation et, en été, la baignade dans trois des nombreux étangs de la lande. La popularité de Hampstead a commencé au dix-huitième siècle quand les nobles venaient "prendre les eaux" des sources locales. Hampstead est l'un des quartiers historiques de Londres les mieux préservés.
La maison de Hampstead fut construite en 1815. Keats n'y vint que l'année suivante pour rendre visite à Leigh Hunt, poète et journaliste ultra libéral, qui lui présenta ses amis et voisins Dilke et Brown.
A la mi-avril 1817, Keats décidait de les rejoindre avec ses deux frères, George et Tom. Hélas, l'année suivante George émigrait en Amérique et Tom mourait de tuberculose miné par l'alcool, en décembre.
Deux ans plus tard, Dilke prenait pour locataire une jeune veuve, du nom de Brawne, dont la fille aînée, Fanny, était âgée de dix-huit ans. Elles partageaient le jardin de Keats qui, en mai écrivit l'"Ode to a nightingale". Charles Armitage Brown a relaté les circonstances : "Au printemps de 1819, un rossignol avait fait son nid près de ma maison. Son chant donnait à Keats une joie tranquille et continuelle. Un matin il porta sa chaise de la table du petit déjeuner sous un prunier de la pelouse, où il resta assis une heure ou deux. Quand il revint à la maison, je vis qu'il tenait à la main quelques bouts de papier et qu'il les fourrait doucement derrière des livres". C'était "l'Ode au rossignol".
Nous n'avons, en France, aucune bonne traduction des Romantiques anglais et Keats est peut être le plus mal traduit d'entre eux, le plus difficile aussi.
20 février 2008
Honoré de Balzac - Rue Raynouard Paris
Biographie de Honoré de Balzac.
"Le livre vaut-il le glaive, la discussion vaut-elle l'action ?"
Fils de Bernard François Balssa, administrateur de l'hospice de Tours, et de Anne Charlotte Sallambier, Honoré de Balzac est l'aîné de trois enfants (Laure, Laurence et Henry). Laure est de loin sa préférée. Il y a entre lui et sa sœur Laure Surville une complicité, une affection réciproque qui ne se démentit jamais. Elle lui apportera son soutien à de nombreuses reprises : elle écrit avec lui, et en 1858, elle publie la biographie de son frère.
De 1807 à 1813, Honoré est pensionnaire au collège des oratoriens de Vendôme puis externe au collège de Tours jusqu'en 1814, avant de rejoindre cette même année, la pension Lepitre, située rue de Turenne à Paris, puis en 1815 l'institution de l'abbé Ganser, rue de Thorigny. Les élèves de ces deux institutions du quartier du Marais suivaient en fait les cours du lycée Charlemagne. Le père de Balzac, Bernard François, ayant été nommé directeur des vivres pour la Première division militaire à Paris, la famille s'installe rue du Temple, dans le Marais, qui est le quartier d'origine de la famille (celui de la grand mère Sallambier).
Le 4 novembre 1816, Honoré de Balzac s'inscrit en droit afin d'obtenir le diplôme de bachelier trois ans plus tard, en 1819. En même temps, il prend des leçons particulières et suit les cours à la Sorbonne. Toutefois, son père jugeant qu'il fallait associer le droit pratique à l'enseignement théorique, Honoré passe ses trois ans de droit chez un avoué, ami des Balzac, Jean-Baptiste Guillonnet-Merville, homme cultivé qui avait le goût des lettres. Le jeune homme exercera le métier de clerc de notaire dans cette étude où Jules Janin était déjà saute-ruisseaux. Il utilisera cette expérience pour créer le personnage de Maître Derville et l'ambiance chahuteuse des saute-ruisseau d'une étude d'avoué dans "le Colonel Chabert". Une plaque rue du Temple à Paris témoigne de son passage chez cet avoué, dans un immeuble du quartier du Marais.
C'est en fréquentant la Sorbonne que le jeune Balzac s'éprend aussi de philosophie. Comme il affirme une vocation littéraire, sa famille le loge dans une mansarde et lui laisse deux ans pour écrire : Balzac s'efforce de rédiger une tragédie en vers, dont le résultat, "Cromwell", se révèle décevant. L'ouvrage est médiocre et ses facultés ne s'épanouissent pas dans la tragédie.
Il se tourne vers une autre voie, celle du roman. Après deux tentatives maladroites mais proches de sa vision future, il se conforme au goût de l'époque et publie des romans d'aventure, qu'il rédige en collaboration et caché sous un pseudonyme. Cette besogne n'est guère palpitante mais forge déjà son style. En 1822, il devient l'amant de Laure de Berny, "La Dilecta", qui l'encourage, le conseille, lui prodigue sa tendresse et lui fait apprécier le goût et les mœurs de l'Ancien Régime. Début 1825, toujours méconnu mais désireux de gloire, Balzac s'associe à un libraire et achète une imprimerie : il fréquente ainsi les milieux de l'édition, de la librairie, dont il dressera d'ailleurs une satire féroce et précise dans "Illusions perdues". Son affaire se révèle un immense échec financier : il croule sous une dette s'élevant à cent mille francs. Rembourser cette somme sera pour lui un souci perpétuel.
Après cette faillite, Balzac revient à l'écriture, pour y connaître enfin le succès : en 1829, il offre au public la "Physiologie du mariage", considérée comme une "étude analytique", et le roman politico-militaire "les Chouans". Ces réussites sont les premières d'une longue série, jalonnée d'œuvres nombreuses et denses : la production de Balzac est l'une des plus prolifiques de la littérature française. Il continue de voyager et de fréquenter les salons, notamment celui de la duchesse d'Abrantès, avec laquelle il avait commencé une orageuse liaison en 1825 et à qui il tenait lieu également de conseiller et de correcteur littéraire. La dédicace de "la Femme abandonnée" s'adresse à elle.
En 1832, intéressé par une carrière politique, il fait connaître ses opinions monarchistes et catholiques et repose sa doctrine sociale sur l'autorité politique et religieuse. En janvier 1833, il commence sa correspondance avec la comtesse Hańska, une admiratrice polonaise. Il ira la voir plusieurs fois, en Suisse, en Saxe et même en Russie. Sa correspondance avec elle s'échelonne sur dix-sept ans, réunie après sa mort sous le titre "Lettres à l'étrangère".
De 1830 à 1835, il publie de nombreux romans : "la Peau de chagrin" (1831), "Louis Lambert" (1832), "Séraphîta" (1835), "la Recherche de l'absolu" (1834, 1839, 1845), qu'il considère comme des romans philosophiques. Dans "le Médecin de campagne" (1833), il expose un système économique et social. "Gobseck" (1830), "la Femme de trente ans" (1831), "le Colonel Chabert" (1832-35), "le Curé de Tours" (1832) inaugurent la catégorie "études de mœurs" de son œuvre. Dans cette même voie, il approfondit encore le réalisme de ses peintures et dessine de puissants portraits de types humains. Avec "Eugénie Grandet" (1833) et "le Père Goriot" (1834-1835), il offre consécutivement deux récits, plus tard élevés au rang de classiques. Il reprend en décembre 1835 la revue la Chronique de Paris, dont la publication est suspendue six mois plus tard : ses dettes sont encore alourdies par ce désastre, mais cela n'a aucune répercussion sur son activité littéraire.
"Le Père Goriot" marque d'ailleurs le retour de protagonistes déjà connus : Balzac va désormais lier entre eux les récits, en employant plusieurs fois les mêmes figures, creusant leur personnalité. Cette récurrence de personnages l'amène à penser la composition d'une œuvre cyclique "faisant concurrence à l'état civil". Il rêve d'un ensemble bien organisé, segmenté en études, qui serait la réplique de sa société. Il veut embrasser du regard toute son époque et l'enfermer dans sa "Comédie humaine". Toutefois, en 1837, le titre qu'il envisage est plus austère : "Études sociales".
Il continue l'élaboration de son récit, taillant les pierres qui formeront son édifice : il publie "le Lys dans la vallée" (1835-1836), "Histoire de la grandeur et de la décadence de César Birotteau" (1837), la Maison Nucingen" (1838), "le Curé de village", "Béatrix" (1839), "Ursule Mirouët" (1841).
La rédaction d'"Illusions perdues" s'étend de 1837 à 1843.
En 1838, avec notamment Victor Hugo, Alexandre Dumas et George Sand, il fonde la Société des gens de lettres (actuellement sise en l'Hôtel de Massa, rue Saint-Jacques à Paris), association d'auteurs destinée à défendre le droit moral, les intérêts patrimoniaux et juridiques des auteurs de l'écrit. Il en deviendra le président en 1839.
En 1842, "les Études sociales" deviennent "la Comédie humaine". Les publications continuent, à un rythme régulier.
En 1847 et 1848, Balzac séjourne en Ukraine chez la comtesse Hańska. De plus en plus souffrant, Honoré de Balzac épouse Mme Hańska à Berditchev le 14 mai 1850 et les époux s'installent à Paris le 21 mai. Il meurt le 18 août 1850 à 23 heures 30, trois mois plus tard, éreinté par les efforts prodigieux déployés au cours de sa vie. Son œuvre, si abondante et si dense, exigeait un travail vorace. La rumeur voudrait qu'il eût appelé à son chevet d'agonisant Horace Bianchon, le grand médecin de "La Comédie humaine" : il avait ressenti si intensément les histoires qu'il forgeait que la réalité se confondait à la fiction. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (division 48), où Victor Hugo prononça un discours en forme d'oraison funèbre.
En 1855, Mme de Balzac publie "les Paysans" (écrit en 1844 et inachevé). En 1854, Charles Rabou complète et publie "le Député d'Arcis" (écrit en 1847 et inachevé) et "les Petits bourgeois" (inachevé). En 1877 sont publiées ses œuvres complètes, en 24 volumes.
Sa maison rue Raynouard à Paris.
Située au coeur de l'ancien village de Passy, la Maison de Balzac occupe les dépendances d'une "folie" édifiée à la fin du XVIIIè siècle. Poursuivi par ses créanciers, Balzac y trouva refuge le 1er octobre 1840. Il devint locataire d'un appartement de cinq pièces, situé en rez-de-jardin. Caché sous le pseudonyme de "M. de Breugnol", le romancier vécut sept années dans cet "abri provisoire", dont il apprécia la commodité. Longeant en contrebas la pittoresque rue Berton, Balzac pouvait aisément rejoindre la barrière de Passy et gagner le centre de Paris. Il avait également la jouissance du jardin, dont il goûtait le calme, tout en cueillant pour Madame Hanska le lilas et les premières violettes "venues au soleil de Paris dans cette atmosphère de gaz carbonique où les fleurs et les livres poussent comme des champignons".
Mais la maison de Passy fut surtout le lieu d'un travail acharné: "Travailler, c'est me lever tous les soirs à minuit, écrire jusqu'à huit heures, déjeuner en un quart d'heure, travailler jusqu'à cinq heures, dîner, me coucher, et recommencer le lendemain". Le cabinet de travail, heureusement préservé, a conservé la petite table de l'écrivain, "témoin", écrit-il à Madame Hanska, "de mes angoisses, de mes misères, de mes détresses, de mes joies, de tout... Mon bras l'a presque usée à force de s'y promener quand j'écris". C'est sur cette table en effet que Balzac corrigea l'ensemble de sa "Comédie humaine" et écrivit quelques-uns de ses plus grands chefs d'oeuvre: "Une ténébreuse affaire", "La Rabouilleuse", "Splendeurs et misères des courtisanes", "La Cousine Bette", "Le Cousin Pons"...
La Maison de Balzac comprend aujourd'hui, outre l'appartement de l'écrivain, les diverses pièces et dépendances occupées à l'origine par d'autres locataires. Elle s'étend sur trois niveaux, au flanc du coteau de Passy. Devenue un musée littéraire, les salles sont divisées par thèmes relatifs à l’oeuvre ou à la vie de Balzac.
On commence par un vestibule ornementé d’une maquette de la maison. Puis vient la présentation des fréquentations de l’auteur. Car, bien que travaillant dans la solitude, Honoré de Balzac frayait avec les grands de ce monde, comme l’atteste le portrait de Louis-Philippe.
S’ensuit la salle dressée en l’honneur de Madame de Balzac, ex Madame Hanska, que l’écrivain épouse après dix-huit années de correspondance passionnée!
L’aventure commence lorsqu’en mars 1832 une lettre en provenance d’Odessa parvient à H. de Balzac. Elle est signée "L’Etrangère". Eve Hanska, jeune femme de la noblesse polonaise, est pourtant mariée et a déjà une fille. Sa condition de naissance ne l’empêche pas de commettre quelques infidélités romantiques avec l’écrivain français à Neuchâtel, Genève, Saint-Petersbourg, Dresde, et enfin Paris.
Afin de loger Madame dans les conditions qui lui sied "la cabane de Passy" étant evidemment trop rudimentaire pour sa condition, Honoré de Balzac lui achète un hôtel particulier (mais comment ses supposés créanciers ont-ils pu fermer les yeux?!) rue Fortunée, rebaptisée aujourd’hui rue Balzac (VIIIè arrondissement parisien). Une porte magnifiquement marquetée prouve la finesse de goût de l’auteur, qui a personnellement conçu la décoration intérieure pour combler sa "blanche et grasse volupté d’amour".
Cette pièce expose également la fameuse "canne à ébullition de turquoises", souvent citée dans sa correspondance, à la fois emblème du dandy et marque d’amour pour Madame Hanska, dont le collier de jeune fille orne le bout de la cane, ce qui fit l’objet de nombreuses caricatures de l’époque.
Mais la pièce clef de ce musée littéraire reste le cabinet de travail de Balzac, constitué des meubles d’époque. Sombre, éclairé par une seule lampe, dans les conditions mêmes où l’écrivain produisit tant de pages, le cabinet respire un autre siècle. Il diffuse l’esprit de génie et le labeur d’un homme qui travaillait jusqu’à 22 heures par jour. "C’est la copie qui me mène, il en faut 16 ou 20 feuillets par jour, et je les fais, et les corrige" (1846).
C’est ici, loin de l’agitation mondaine parisienne, que Balzac écrit sa "Comédie Humaine" et quelques unes de ses autres grandes oeuvres telles que "Splendeurs et Misères des courtisanes" (1847).
Grâce aux "torrents d’eau noire", maintenue au chaud dans une cafetière en porcelaine marquée aux initiales de l’écrivain, Balzac se surmène intellectuellement. Perfectionniste, il reprend jusqu’à vingt fois une même page. "Me voici ce soir bien triste", écrit-il à Madame Hanska en 1835, "Le vent d’Est souffle, je n’ai aucune force. Je n’ai pas encore retrouvé la puissance de travail; je n’ai ni inspiration, ni rien de fécondateur. Cependant, la nécessité est extrême. Je vais me remettre au café".
Pourtant conscient des effets nocifs de l’excès de cet "excitant moderne", comme le révèle son "Traité" sur le sujet (1839) - illustré au sous-sol par Pierre Alechinsky - Honoré de Balzac meurt prématurément, à l’âge de 51 ans (1850), éreinté par son inspiration créatrice. L’écrivain ressent si profondément les histoires qu’il invente qu’il aurait - selon la petite histoire - fait appeler à son chevet le médecin de la" Comédie Humaine", Horace Bianchon.
Honoré de Balzac affirmait que - contrairement à la position académique qui réduit l’auteur à un réaliste - "la mission de l’art n’est pas de copier la nature mais de l’exprimer". Pour cela, "nous avons à saisir l’esprit, l’âme, la physionomie des choses et des êtres”. (Balzac, Le Chef-d’oeuvre inconnu).
La dernière salle est donc logiquement consacrée aux statues représentant l’écrivain. "Plus que personne, j’aime la statuaire, car je comprends le monde d’idées qui s’enfouit dans les travaux cachés qu’elle exige" (Balzac au sculpteur Etex, 1842).
Génèse d’une tragi-comique histoire. Zola s’indigne qu’aucune statue n’honore le "grand romancier du siècle". La Société des Gens de Lettres réagit en confiant à Henri Chapu une sculpture du défunt. L’artiste meurt inopinément en 1891 laissant derrière lui une simple esquisse. Auguste Rodin est saisi de la commande. Sa conception érotique choque et son projet est refusé (1898). Alexandre Falguière reprend le flambeau; mais il meurt en 1900. L’oeuvre est finalement terminée en 1902 par Paul Dubois.
Le maître mué en pierre peut alors rejoindre ses personnages gravés (sur bois) de la "Comédie Humaine", présentés dans l’une des salles avec une frise généalogique.
Le visiteur pourra voir de célèbres portraits de l'écrivain, exécutés par David d'Angers, D'antan, Rodin ou Falguière. Peintures, estampes, documents évoquent la famine du romancier, ses proches, ses contemporains, et ses domiciles parisiens qui ont aujourd'hui tous disparu. Les collerions du musée comprennent enfin de nombreux documents littéraires: manuscrits, lettres autographes, éditions originales, livres rares provenant de la bibliothèque personnelle de Balzac...
La généalogie des personnages de "La Comédie Humaine" est représentée par un tableau long de 14,50 m où sont référencés 1 000 personnages sur les 4 à 6 000 de "La Comédie humaine". Cette réalisation exceptionnelle permet de mesurer l'immensité de l'oeuvre "plus vaste que la cathédrale de Bourges" édifiée dans cette maison de Passy.
"Je tiens à une maison calme, entre cour et jardin, car c’est le nid, la coque, l’enveloppe de ma vie".
"Quand nous avons fait quelques pas dans la vie, nous connaissons la secrète influence exercée par les lieux sur les dispositions de l’âme".
"Une fois la porte ouverte, une odeur délicieuse flattait l’odorat de l’homme de goût, - comme cette odeur des pommes vertes dont il est question dans le livre de Salomon. C’était un office où sur des tablettes soigneusement dressées on admirait toutes les variétés possibles de poires de Saint-Germain qu’il est possible de se procurer. Balzac, avec son sourire rabelaisien, drapé de sa robe de chambre en cachemire, vous recevait ensuite, et vous arrêtait quelque temps à une appréciation savante des diverses qualités de ses poires".(Gérard de Nerval, Oeuvres complètes).
Une demeure ancienne, décidément hors du temps, où réalité et fiction se confondent.
19 février 2008
Stendhal - Grenoble
Biographie de Stendhal.
"Puisque la mort est inévitable, oublions-là".
Stendhal, de son vrai nom, Henri Beyle est né à Grenoble le 23 Janvier 1783 dans une famille honorable de la cité. Son père, Chérubin Beyle, est avocat au Parlement et son grand père maternel, Henri Gagnon est un médecin très estimé. A sept ans, Henri Beyle, perd sa mère. Enfant très sensible, il se révolte alors contre son père, contre sa tante et contre son précepteur, l’Abbé Raillane et participe passionnément aux évènements de la Révolution dont Grenoble fut le berceau. Il trouve refuge chez son grand père maternel, le bon Docteur Gagnon, qui saura lui parler et lui donner une bonne éducation. Henri Beyle acquiert à l’Ecole Centrale de Grenoble une solide instruction et en 1799, il part à Paris, pensant un moment se présenter à l’Ecole Polytechnique. Mais finalement avec l’aide de son cousin, le Comte Pierre Daru, Secrétaire Général à la guerre, il commence en 1800 une carrière militaire et rejoint l’Armée d’Italie.
L’Italie le charme et notamment Milan qui l’enchante immédiatement et restera pour lui "la beauté parfaite" mais l’armée l’ennuie et il démissionne en 1802, pensant entamer une carrière d’auteur dramatique. En 1806, toujours grâce à son cousin Daru, le futur Stendhal reprend du service dans l’intendance et exerce ses fonctions en Allemagne, en Autriche, devient Conseiller d’Etat, mène une vie de dandy , participe aux campagnes de Russie et de Saxe et tombe avec Napoléon en Avril 1814, retrouvant ainsi sa liberté. Stendhal s’installe alors à Milan où il demeurera sept ans et compose en 1814 son premier livre sous le titre "Vies de Haydn, de Mozart et de Métastase", sous le pseudonyme de Louis César Alexandre Bombet.
Il voyage en Italie et fréquente assidûment la Scala qui, à l’époque est le temple de la musique mais aussi le lieu de réunion de l’intelligentsia milanaise, les loges servant de salons. Il publie en 1817 deux livres "l’Histoire de la peinture en Italie" et sous le pseudonyme de Stendhal "Rome, Naples et Florence". Mais en 1821 après une déception amoureuse causée par Matilde Viscontini-Dembowski et devenu suspect à la Police autrichienne, il doit quitter Milan et regagner Paris, ce qu’il fait en juin 1822.
L’héritage de son père ayant disparu, Stendhal est ruiné et doit parvenir à vivre de sa plume. Il fréquente alors les salons célèbres et connaît une vie amoureuse intense et agitée. Il publie "De l’Amour" en 1822, sorte de journal de sa passion pour Matilde, "La vie de Rossini" en 1823, "Racine et Shakespeare" en 1823-1825, il tient une chronique musicale et picturale dans "le Journal de Paris". A 43 ans, Stendhal devient romancier et publie un roman d’analyse "Armance" (1827), "Promenades dans Rome" en 1829, puis revenant au roman d’analyse, il donne à la fin de 1830, son premier chef d’œuvre, "Le Rouge et le Noir".
La Révolution de Juillet fait de lui un Consul de France en Italie, d’abord nommé à Trieste l’autrichienne qui le refuse, il est ensuite nommé en 1831 à Civitavecchia où il trouve un climat plus serein mais éprouve également un profond ennui, malgré la proximité de Rome. Il entreprend durant cette période de grands livres inachevés "Une position sociale" (1832), "Souvenirs d’égotisme", "Lucien Leuwen" (1834-35), "Vie de Henry Brulard" (1835-36). Il obtient un congé de trois ans en France et retrouve le milieu parisien qui le stimule, "Chroniques italiennes", "Mémoires d’un touriste" (1838), il conçoit en 1838 "La Chartreuse de Parme" qui paraîtra le 6 Avril 1839, "L’abbesse de Castro" (1839). En 1839, il est obligé de rejoindre son poste et va reprendre ses œuvres dont "Lamiel".
Sa santé se détériore, le 15 Mars 1841, il est victime d’une première attaque d’apoplexie à la suite de laquelle il est autorisé à retourner à Paris pour se faire soigner. Le 22 Mars 1842, à dix neuf heures, sur le trottoir de la Rue neuve des Capucines, Stendhal a une seconde attaque et meurt dans la nuit. Son cousin et exécuteur testamentaire, Romain Colomb le fait inhumer au cimetière Montmartre.
Le génie de Stendhal ne sera reconnu que beaucoup plus tard, comme il l’avait lui même prévu : "Je mets un billet à la loterie dont le gros lot se réduit à ceci: être lu en 1935". Stendhal, qui s’affirmait milanais, est encore lu et très apprécié au XXI ème siècle.
Sa maison à Grenoble.
L’écrivain aux deux cents pseudonymes naît à Grenoble sous le nom de Henri Beyle, au second étage d'une maison située rue des Vieux Jésuites, aujourd'hui rue Jean-Jacques Rousseau, au Nº 14, le 23 janvier 1783.
Fin 1790 décède une mère qu’il adore. Cette mort désespère le père et dresse contre lui son fils, qui lui préfère de loin son grand-père, le docteur Gagnon. Entre 7 et 17 ans, Henri passe ainsi le plus clair de son temps dans la maison du 20 grande rue et sur sa terrasse, poste d’observation imprenable sur les rues et les cafés de la ville… et sur la bourgeoisie locale, dont il raillera la mesquinerie dans ses romans.
De cette terrasse, il assiste à l’émeute de la Journée des tuiles en juin 1788.
Là, il se retire plus tard pour dévorer des livres.
Si bien que presque tous les souvenirs d'enfance de Stendhal, évoqués dans "La Vie d'Henry Brulard", se rapportent à l'appartement du docteur Gagnon. C'est là où il s'est formé, au sein d'une famille qui eut le tort de l'entourer de soins trop jaloux et trop protecteurs.
Cet appartement a l'extraordinaire avantage d'avoir été décrit dans ses moindres détails par Stendhal, qui, en plus a dessiné des dizaines de croquis, si bien que l'on connaît la disposition et l'utilisation des pièces, la couleur de leurs murs, les meubles qu'elles contenaient ainsi que la plupart des bibelots et oeuvres d'art.
Actuellement, la maison Gagnon est fermée pour travaux de réhabilitation.
15 février 2008
Marcel Proust - Illiers Combray
Biographie de Marcel Proust.
"Nous ne savons jamais si nous ne sommes pas en train de manquer notre vie".
Marcel Proust naquit le 10 juillet 1871 à Paris (Auteuil) dans une famille de bonne bourgeoisie. Son père était un médecin réputé, sa mère était issue d'une famille juive, riche et cultivée. Dès l'enfance, Proust souffrit de crises d'asthme chronique.
Après des études au lycée Condorcet, il devance l’appel sous les drapeaux. Rendu à la vie civile, il suit à l’École libre des sciences politiques les cours d’Albert Sorel et de Anatole Leroy-Beaulieu, à la Sorbonne ceux de Henri Bergson dont l’influence sur son œuvre sera majeure.
Il commença tôt à fréquenter des salons comme celui de Mme Arman, amie d'Anatole France. Sous le patronage de ce dernier, Proust fit paraître en 1896 son premier livre "Les Plaisirs et les Jours", un recueil de nouvelles, d'essais et de poèmes. Il eut peu de succès.
Parallèlement à des articles relatant la vie mondaine publiés dans les grands journaux (dont Le Figaro), il écrit "Jean Santeuil", un grand roman laissé inachevé et qui restera inédit (fut publié en 1952.
Après la mort de ses parents, sa santé déjà fragile se détériore davantage (asthme). Il vit reclus et s’épuise au travail.
Après ce second échec, Proust consacra plusieurs années à traduire et commenter l'historien d'art anglais, John Ruskin. Il publia plusieurs articles sur celui-ci et deux traductions: "La Bible d'Amiens" en 1904, "Sésame et les Lys" en 1906. Les deux préfaces à ces ouvrages sont importantes pour la formation du style et de l'esthétique de Proust. "Sur la lecture", préface de Sésame, contient des thèmes que l'on retrouvera dans "Du Côté de chez Swann".
Au début de l'année 1908, Proust écrivit pour le Figaro une série de pastiches imitant le style de Balzac, Michelet, Flaubert, Sainte-Beuve et autres prosateurs du XIXe siècle.
En même temps il se mit à travailler à un roman, tout en projetant d'écrire plusieurs essais de critique littéraire, artistique et sociologique. L'un de ces essais devait être consacré à Sainte-Beuve. Peu à peu tous ces projets se fondirent en un seul. Durant l'été 1909, l'essai "Contre Sainte-Beuve" est devenu un roman, que Proust ne cessa d'écrire qu'à sa mort. En mai 1913, il adopta pour titre général: "À la recherche du temps perdu".
La première partie du roman, "Du côté de chez Swann", fut publiée en novembre 1913.
Le premier volume a été édité à compte d’auteur chez Grasset même si très rapidement les éditions Gallimard reviennent sur leur refus et acceptent le deuxième volume "À l’ombre des jeunes filles en fleurs" pour lequel il reçoit en 1919 le prix Goncourt.
Durant les trois dernières années de sa vie, Proust ne cessa pas de travailler à son roman. Il vit encore paraître trois volumes: "Le côté de Guermantes I" (octobre 1920), "Le côté de Guermantes II - Sodome et Gomorrhe I" (mai 1921), "Sodome et Gomorrhe II" (avril 1922).
Son homosexualité inavouable dans la société de l'époque est latente dans son œuvre. Il travaille sans relâche à l’écriture des six livres suivants de À la recherche du temps perdu jusqu'en 1922.
Le 18 novembre 1922, Proust meurt à Paris, épuisé, emporté par une bronchite mal soignée.
Marcel Proust est enterré au cimetière du Père Lachaise à Paris.
La suite de son oeuvre, que Proust avait achevée mais qu'il n'avait pu complètement réviser, fut publiée par son frère, Robert Proust, aidé par Jacques Rivière puis Jean Paulhan, directeurs de la Nouvelle Revue Française. En 1923 parut "La Prisonnière, en 1925, "Albertine disparue", en 1927, "Le Temps retrouvé".
L'oeuvre de Proust fut de son vivant l'objet de vives controverses entre ceux qui la devinaient géniale et ceux qui la proclamaient illisible. Aujourd'hui elle est reconnue comme une oeuvre majeure de la littérature de langue française.
Illiers Combray sa maison.
Le pays d'Illiers-Combray (à quelques kilomètres de Chartres) est déjà une région magnifique en elle-même. Si l'on ajoute à cela que c'est précisément cette région qui a servi de modèle à l'écrivain Marcel Proust pour raconter les souvenirs de son narrateur, alors il devient magique de s'y promener en tentant de rapprocher tel lieu, telle maison de ses lectures.
A Illiers-Combray, on peut visiter la "maison de Tante Léonie" qui maintenant est le musée Marcel Proust. Cette maison a pris ce nom en souvenir du personnage de Léonie dans "La Recherche du Temps perdu" mais en réalité il s'agissait de la maison de Jules et Elisabeth Amiot (oncle et tante paternels de Marcel) dans laquelle il a passé ses étés entre 6 et 9 ans, il dut y renoncer à cause de ses crises d'asthme.
Cette maison a été remise dans un état semblable à celui dans lequel elle était quand le petit Marcel y venait, avec son jardin fleuri, sa pittoresque cuisine, son salon oriental, les chambres de Marcel (où son vrai lit à été remis) et de Tante Léonie, les chambres Weil ainsi que le musée et la salle Nadar, tous les souvenirs sont liés à l'écrivain.
Dans le roman, c'est là que Tante Léonie offre rituellement au héros, la Petite Madeleine, qui bien des années après, fait renaître tout Combray :
"II y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n'était pas le théâtre et le drame de mon coucher, n'existait plus pour moi, quand un jour d'hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j'avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusai d'abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d'une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d'un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j'avais laissé s'amollir un morceau de madeleine. Mais à l'instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d'extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m'avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. II m'avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu'opère l'amour, en me remplissant d'une essence précieuse : ou plutôt cette essence n'était pas en moi, elle était moi. J'avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D'où avait pu me venir cette puissante joie ? Je sentais qu'elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu'elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D'où venait-elle ? Que signifiait-elle ? Où l'appréhender ? Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m'apporte un peu moins que la seconde. II est temps que je m'arrête, la vertu du breuvage semble diminuer. Il est clair que la vérité que je cherche n'est pas en lui, mais en moi. [...] Je pose la tasse et me tourne vers mon esprit. C'est à lui de trouver la vérité. Mais comment ? Grave incertitude, toutes les fois que l'esprit se sent dépassé par lui-même ; quand lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur où il doit chercher et où tout son bagage ne lui sera de rien. Chercher ? pas seulement : créer. II est en face de quelque chose qui n'est pas encore et que seul il peut réaliser, puis faire entrer dans sa lumière. Et je recommence à me demander quel pouvait être cet état inconnu, qui n'apportait aucune preuve logique, mais l'évidence, de sa félicité, de sa réalité devant laquelle les autres s'évanouissaient. Je veux essayer de le faire réapparaître. Je rétrograde par la pensée au moment où je pris la première cuillerée de thé. Je retrouve le même état, sans une clarté nouvelle. Je demande à mon esprit un effort de plus, de ramener encore une fois la sensation qui s'enfuit. Et, pour que rien ne brise l'élan dont il va tâcher de la ressaisir, j'écarte tout obstacle, toute idée étrangère, j'abrite mes oreilles et mon attention contre les bruits de la chambre voisine. Mais sentant mon esprit qui se fatigue sans réussir, je le force au contraire à prendre cette distraction que je lui refusais, à penser à autre chose, à se refaire avant une tentative suprême. Puis une deuxième fois, je fais le vide devant lui, je remets en face de lui la saveur encore récente de cette première gorgée et je sens tressaillir en moi quelque chose qui se déplace, voudrait s'élever, quelque chose qu'on aurait désancré, à une grande profondeur ; je ne sais ce que c'est, mais cela monte lentement ; j'éprouve la résistance et j'entends la rumeur des distances traversées. Certes, ce qui palpite ainsi au fond de moi, ce doit être l'image, le souvenir visuel, qui, lié à cette saveur, tente de la suivre jusqu'à moi. Mais il se débat trop loin, trop confusément ; à peine si je perçois le reflet neutre où se confond l'insaisissable tourbillon des couleurs remuées ; mais je ne peux distinguer la forme, lui demander, comme au seul interprète possible, de me traduire le témoignage de sa contemporaine, de son inséparable compagne, la saveur, lui demander de m'apprendre de quelle circonstance particulière, de quelle époque du passé il s'agit. Arrivera-t-il jusqu'à la surface de ma claire conscience, ce souvenir, l'instant ancien que l'attraction d'un instant identique est venue de si loin solliciter, émouvoir, soulever tout au fond de moi ? Je ne sais. Maintenant je ne sens plus rien, il est arrêté, redescendu peut-être ; qui sait s'il remontera jamais de sa nuit ? Dix fois il me faut recommencer, me pencher vers lui. Et chaque fois la lâcheté qui nous détourne de toute tâche difficile, de toute oeuvre importante, m'a conseillé de laisser cela, de boire mon thé en pensant simplement à mes ennuis d'aujourd'hui, à mes désirs de demain qui se laissent remâcher sans peine. Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût, c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l'heure de la messe), quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m'avait rien rappelé avant que je n'y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d'autres plus récents ; peut-être parce que, de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s'était désagrégé ; les formes - et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot - s'étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d'expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir".
En dehors du bourg, il ne faut pas manquer de se promener dans le Pré Catelan. C'est un jardin que l'oncle de Marcel Proust a créé par passion de l'Orient (il a aussi été l'un des premiers à se faire construire un hammam en France, dans le jardin de sa maison).
14 février 2008
Lord Byron - Newstead Abbey
Biographie de Lord Byron.
"Et après tout, qu'est ce qu'un mensonge ? La vérité sous le masque".
Né à Londres en 1788, George Gordon a passé son enfance à Aberdeen, en Écosse. Une légère infirmité au talon, le marque toute sa vie. En 1798, il hérite du titre de Lord Byron et d'une fortune. Il poursuit des études de Lettres à Londres, puis à Cambridge d'où il sort diplômé en 1808. En 1809, il entre à la Chambre des Lords où il siège sur les bancs de l'opposition. La même année, il part voyager à travers le Portugal, l'Espagne, l'Albanie, la Turquie puis la Grèce. Il est de retour à Londres en 1811. Il se marie en 1814, mais soupçonné d'inceste avec sa demi-sœur, il se sépare de sa femme en 1816. Le scandale est tel qu'il quitte l'Angleterre pour traverser l'Allemagne et la Suisse où il s'installe quelque temps et rencontre le couple Shelley. Il séjourne ensuite à Venise, puis à Rome. Il y fait plusieurs conquêtes féminines. En 1820, il est enrôlé par les carbonari et séjourne à Ravenne. En 1822, il perd sa fille Allegra et Shelley. Très atteint, il se réfugie dans l'écriture. En 1823, il prend la tête d'un comité anglais de libération de la Grèce. En 1824, Byron est à Missolonghi à l'appel du prince Mavrocordato, président de la première assemblée nationale grecque. Il y meurt d'une fièvre à l'âge de 36 ans, le 19 avril de la même année. La Grèce insurgée lui fait des funérailles nationales.
Lord Byron est l'un des plus grands poètes de l'Angleterre et, à un moment donné, il éclipsa la gloire de tous, même celle de Walter Scott, Wordsworth, Southey, Moore et Campbell. On l'a quelquefois comparé à Burns, tous deux, le pair et le paysan, écrivirent d'après leurs impressions et leurs sentiments personnels, se montrant tout entiers dans leurs œuvres, esclaves de passions impérieuses, livrés également au doute et à la mélancolie, ils moururent prématurément, après une vie d'extraordinaire activité physique et intellectuelle. Ils furent l'un et l'autre des apôtres de cette école négative et stérile de misanthropie, de doute et de désespérance, qui fit tant de ridicules adeptes et de niaises victimes. Les écrits de Byron c'est lui-même, et de lui l'on peut dire : le poète et l'homme ne font qu'un. Il a beaucoup haï les Anglais, c'est peut-être pourquoi il fut si populaire en France.
Byron accepte ses frères humains tels qu'ils sont. C'est tout ensemble un seigneur et le plus libéral des maîtres, des amis. Fondamentalement solitaire, il cueille les fruits et les fleurs de la vie avec ferveur, ne hait que l'hypocrisie et la tyrannie, fuit la sottise. C'est un whig, réformateur modéré, qui se montre révolté, dans un discours à la Chambre des Lords, par le drame du machinisme générateur de chômage et de détresse. Devenu riche, il secourt généreusement les infortunes. Doué d'un talent satirique redoutable, il dénonce vertement les abus du pouvoir et l'inertie des peuples. Élevé en Écosse, il devient lui-même en découvrant la Grèce.
Célèbre en Angleterre, bien que son anticonformisme irrite certains lecteurs, il est adoré en France, où son influence est majeure. Influence qui se propage dans l'Europe entière. Il est traduit dans toutes les langues, au Japon, en Chine. La Byron Society compte aujourd'hui vingt-cinq pays membres.
Newstead Abbey sa maison.
En mai 1798, George Gordon hérita de la fortune et de la pairie de son grand-oncle lord William, cinquième baron Byron of Rochdale, ainsi que du domaine de Newstead-Abbey (au cœur de la forêt de Sherwood), donné à l'un de ses ancêtres par Henri VIII.
Les pages de l'histoire de l'Abbaye de Newstead sont remplies de récits d'ascèse monastique, de Réforme abrupte et d'abandon littéraire. Lorsque Lord Byron a passé le seuil de la bâtisse dont il venait d'hériter, il l'a trouvée dans un état de délabrement avancé et a consacré beaucoup de temps et d'argent à sa restauration. Mais ce qui manquait à l'édifice en terme de luxe était compensé par un grand caractère qui devait avoir une influence significative sur la carrière littéraire de Byron. Cette maison a été le décor d'improbables fêtes au cours desquelles on prétend que Byron servait à ses amis du Bourgogne dans le crâne d'un moine, retrouvé dans le cimetière de cet ancien monastère. Newstead est également devenu une incroyable et riche ménagerie, car Byron insistait pour que son ours domestique se promène en liberté dans les jardins. Aujourd'hui, Newstead Abbey a retrouvé sa gloire passée et de nombreuses histoires restent à découvrir par les visiteurs de ces lieux.

















































































































































