30 avril 2008
Samuel Johnson - Londres
Biographie de Samuel Johnson.
"Les chaînes de l'habitude sont en général trop peu solides pour être senties, jusqu'à ce qu'elles deviennent trop fortes pour être brisées".
Samuel Johnson, ou le Dr Samuel Johnson (comme souvent appelé par ses contemporains), né le 7 septembre 1709 et mort le 13 décembre 1784, est un des principaux auteurs de la littérature anglaise du XVIIIème siècle: poète, essayiste, biographe, lexicographe, il est aussi l'un des plus fins critiques littéraires anglais. Johnson est considéré comme un auteur de génie, aussi bien en prose qu'en vers, et dont les mots d'esprit sont souvent cités.
Fils d'un libraire, Samuel Johnson est né à Lichfield (Staffordshire), où il étudie, jusqu'à son entrée à Pembroke College (Oxford), où il ne reste que treize mois. Bien qu'il soit considéré comme un excellent étudiant, sa condition le force à abandonner ses études sans avoir obtenu de diplôme. En 1731, il crée une école à Lichfield et se lie d'amitié avec l'un de ses élèves, David Garrick, qui devint par la suite un acteur célèbre. Il épouse Elizabeth Porter à trente-cinq ans, veuve de vingt-cinq ans son aînée.
Ayant gagné Londres en 1737 avec David Garrick, il rédigea, de 1741 à 1744, des articles pour le Gentleman's Magazine, publia dans l'anonymat en 1738 son premier grand poème, "Londres", qui connut un succès immédiat et lui valut l'admiration d'Alexander Pope.
Dès 1747, Johnson entreprit le "Dictionnaire de la langue anglaise", qui parut en 1755 et qui établissait les bases de l'étude historique de la langue anglaise. Dans le même temps, il composa "la Vanité des désirs humains" (1749), long poème inspiré de la dixième satire de Juvénal, fonda The Rambler, périodique dans lequel il publia, entre 1750 et 1752, un nombre considérable d'essais sur la littérature, la critique et la morale, puis édita "The Idler" (1758-1760) et donna en 1759 "l'Histoire de Rasselas, prince d'Abyssinie", romance en prose sur la quête du bonheur par un jeune homme, qui inspirera à Beckford son Vathek.
L'immense succès du "Dictionnaire Johnson" le fit considérer comme le censeur de l'Angleterre littéraire et lui valut l'amitié de Reynolds, qui fit son portrait, celle de Boswell qui consigna pendant 21 ans ses conversations et ses activités (Vie de Samuel Johnson, 1791), celle d'Edmund Burke et d'Oliver Goldsmith avec lesquels il se retrouvait dans les salons et les clubs.
Il édita Shakespeare, en huit volumes, avec des commentaires précis sur les personnages des pièces. Sa dernière œuvre, "Vie des poètes anglais les plus célèbres" (1781), écrite avec "le désir honnête de donner un plaisir utile" mêle indistinctement élements biographiques et critique littéraire.
Londres sa maison.
La maison du Dr Samuel Johnson est une des rares demeures résidentielles de son époque encore présente à Londres. Construite en 1700, elle était à la fois maison et lieu de travail pour Samuel Johnson. C'est ici qu'il a rédigé son dictionnaire de la langue anglaise.
Totalement restaurée, cette maison comporte des salles lambrissées, un escalier de pin, une collection de meubles d'époque, des copies et de nombreux portraits.
Située au nord de Fleet street, cette maison se trouve dans un labyrinthe de cours et de passages, rappelant le "Londres Historique".
Quand la maison a été rachetée par le parlementaire libéral Cecil Harmsworth en 1911, elle était abandonnée et délabrée. Harmsworth s'est lancé dans de grands travaux de réhabilitation et a redonné à cette maison son état originel et l'a ouverte au public en 1912. Dans le même temps un cottage a été construit, juste à côté, pour en faire la maison du conservateur.
La ville de Londres a subi des dommages très importants lors de la deuxième guerre mondiale, et la maison du Dr Samuel Johnson a été presque totalement détruite à trois reprises, pendant les bombardements de 1940 - 1941. Cette maison a été sauvée grâce au courage des pompiers auxilliaires, qui l'utilisaient en tant que salle de repos et centre d'art.
De nos jours, la maison est entretenue par le "Samuel Johnson Trust" et l'actuel Lord Harmsworth est le président du conseil d'administration.
Biographie détaillée en anglais de Samuel Johnson.
Musée Samuel Johnson à Lichfield dans sa maison natale.
26 avril 2008
Jean de La Fontaine - Château Thierry
Biographie de Jean de La Fontaine.
"Qui mieux que vous sait vos besoins ? Apprendre à se connaître est le premier des soins..."
De petite noblesse, Jean naît le 8 juillet 1621 puis est baptisé probablement le même jour à Château-Thierry en Champagne où son père, Charles, exerce la charge de "Maître triennal des eaux et forêts" du duché de Chaûry. Il passe toute son enfance dans cette province, un milieu rural et champêtre dont, dit-on, son œuvre porte la marque. Son père, également Maître des Chasses, avait épousé en 1617 une veuve de bonne maison poitevine, Françoise Pidoux.
Les études de La Fontaine restent mal connues. Probablement les commence-t-il vers 1630, au collège de Château-Thierry, un établissement assez réputé. Cependant, peu enclin à la vie active et aux affaires, sa famille décide vers 1635, de l'envoyer dans un collège parisien, après sa troisième afin de les achever.
A Paris, il y suit des études de théologie. Il est alors âgé de 19 ans. L'Eglise, premier état du royaume, devrait lui assurer la sécurité. Cependant, pas décidé à respecter la discipline monastique de la Congrégation de l'Oratoire où il reste un peu plus d'une année, la perspective de devenir prêtre ne l'enchante plus. Seule la littérature semble vraiment l'intéresser.
Des études faciles de Droit et l'acquisition d'un diplôme de licencié en Droit pour 20 écus, lui donnent le titre "d'avocat en la cour de Parlement". Il s'installe à Paris en 1646 où il mène une vie dissipée dans les salles de jeux et les cabarets. Il y fréquente Tallemant des Réaux. Il fait partie d'une petite académie littéraire et amicale dite la "table ronde". Ces "Palatins" sont Pellison, Furetière, Maucroix, Charpentier, Cassandre. Cette académie littéraire lui offre l'occasion de lire beaucoup, poètes, philosophes grecs et latins, et surtout Malherbe qui lui donne le goût des beaux vers.
Le 10 novembre 1647, sous la pression paternelle il épouse Marie Héricard de la Ferté Milon (14 ans) qui lui apporte une dot de trente mille livres et des immeubles pour une valeur de douze mille livres. Le 30 octobre 1653, Marie lui donnera un fils, Charles, qu'il délaissera plus tard. Auparavant, en 1652, il achète une charge de maître particulier triennal des eaux et forêts à Château-Thierry pour une valeur de douze mille livres. Plus tard, en 1658, il hérite des deux charges de son père décédé.
Enfin, en 1654, Il décida de se consacrer à la littérature et ouvre un salon littéraire à Paris où il vit avec son épouse. Poussé par quelques amis, il se lance sans succès dans une adaptation en vers d'une comédie "L'eunuque" imitée de Térence. L'accumulation des dettes, les faibles revenus de ses charges ainsi que de lourds droits de succession l'obligent à se chercher un protecteur.
La publication du poème héroïque "l'Adonis" (1658) imité d'Ovide lui vaut l'admiration et la protection de Fouquet (1659) le surintendant du jeune roi Louis XIV. il vit à sa cour à Vaux-le-Vicomte. La Fontaine s'engage à "pensionner" Fouquet en vers. Cette rencontre n'est cependant pas des plus heureuses, puisque le 5 septembre 1661, alors qu'il était en train de composer "le Songe de Vaux", Fouquet est disgracié, arrêté à Nantes et enfermé par le roi.
La Fontaine est donc privé de son protecteur, et poursuivi par la disgrâce royale pour sa fidélité ("Ode au roi pour M. Fouquet" 1662). Il juge alors prudent de s'éloigner de la capitale et part un temps dans le Limousin (vraisemblablement à Limoges).
L'affaire Fouquet s'étant calmée, il retourne dans sa ville natale en 1664, et pour vivre, se place sous la protection du duc de Bouillon (seigneur de Château-Thierry). Par ses "Contes" (1665-66-71) frivoles et libertins voire paillards inspirés notamment d'Aristote, il divertit la duchesse de Bouillon nièce de Mazarin. Pour l'époque, ces écrits font scandales et ne se vendent pas.
Il partage alors son temps entre Paris et Château-Thierry. Ses aventures extra-conjugales ont raison de son mariage. Il se sépare de sa femme et de son fils.
Privé de ressources, il revient à Paris et peut-être par l'entremise de la duchesse de Bouillon, il devient "gentilhomme servant" de Marguerite de Lorraine. Il sert la duchesse douairière d'Orléans, veuve de Gaston d'Orléans, au palais du Luxembourg (le Sénat actuel) pour deux cents livres par an. Charge des plus modestes, mais qui lui vaut d'être anobli. Il est l'un des neuf officiers qui président tour à tour au service de la table.
Cependant, il ne vit pas au Luxembourg où la vie est austère et dévote. Il loge quai des Augustins chez le magistrat Jacques Jannart, oncle de son ex-épouse, ancien collaborateur de Fouquet.
Heureux d'être à Paris, il fréquente dans les cercles littéraires les écrivains les plus renommés de son temps : Madame de La Fayette, Madame de Sévigné, Boileau, Molière, Racine, Perrault, La Rochefoucauld.
Il cherche en vain à obtenir une pension du roi, mais Colbert, nouveau surintendant et ennemi de Fouquet s'arrange pour le garder éloigné de la cour.
Soucieux et conscient du poids de ses écrits frivoles, il pense se faire pardonner en publiant en 1668 son premier recueil de "Fables" (livres I à VI des éditions modernes). Rien n'y fait.
En 1672, à la mort de la duchesse douairière d'Orléans, il s'installe rue Neuve-des-Petits-Champs chez son amie Madame de La Sablière, femme très cultivée et issue d'une grande famille de banquiers. Il y restera de 1673 à 1693 et y mènera une vie mondaine assez brillante.
Cependant, la publication des "nouveaux Contes" ne plaît pas au roi et ils sont interdits. Pratiquement sans ressources, il en arrive à revendre ses charges au Duc de Bouillon ainsi que la maison de Château-Thierry.
En 1678, il fait paraître son deuxième recueil de "Fables" (livres VII à XI) et le dédie à Madame de Montespan dans l'espoir de s'attirer sa protection. Enfin son talent commence à être reconnu et les publications des fables circulent.
Encouragé par Mme de La Sablière il se présente à l'Académie française. Le roi s'y oppose pendant deux années à cause de sa réputation de libertin et de son amitié pour Fouquet, mais il fini par être élu en 1683. Cette année, meurt Colbert.
En 1693 à la mort de Madame de La Sablière, désespéré et malade, il va chez son viel ami le banquier d'Hervart qui l'héberge. Le 12 février 1693, il se repent de ses "contes infâmes" devant une délégation de l'Académie et reçoit la communion. Il publie en septembre 1693 le livre XII des "Fables".
Les deux dernières années de sa vie, malade, il renonce à la vie mondaine, renie ses Contes et ne publie plus rien qui soit contraire à la religion et la vertu. Il se consacre à la méditation et hante les églises où en priant il tente de faire face à sa peur de l'enfer. C'est dans cet état d'esprit qu'il meurt le 13 avril 1695. Il a alors soixante-quatorze ans.
En procédant à sa toilette mortuaire, on trouve sur lui un cilice (large ceinture de crin de chèvre portée sur la peau par pénitence).
La Fontaine est enterré le 14 avril au cimetière des Saints-innocents. Par suite d'une erreur commise sur ce point par d'Olivet dans "l'Histoire de l'Académie", les commissaires de la Convention exhumeront en 1792, pour leur éléver un mausolée, des ossements anonymes dans un autre cimetière (aujourd'hui son tombeau est visible au Père Lachaise).
Château Thierry sa maison.
Jean est né un beau jour de juillet dans ce bel hôtel particulier. Issu d’une famille aisée, il a vécu une enfance heureuse. Son père Charles, était Maître des eaux et forêts, charge dont La Fontaine héritera plus tard.
En 1676, alors âgé de 55 ans, le poète vendit sa maison natale pour trouver la gloire littéraire à Paris. A cette époque, la rue ne portait pas le nom du célèbre fabuliste, mais s’appelait rue des Cordeliers, et faisait partie du quartier des notables de Château-Thierry au XVIIème siècle.
Construite en 1559, plusieurs propriétaires succèderont à La Fontaine dans cette maison qui deviendra musée en 1876, grâce au soutien de la Société Historique et Archéologique de la ville de Château-Thierry.
Les remaniements intérieurs ont laissé intacts les plafonds à la française. L’élégant escalier à volées droites parallèles, les voûtes d’arêtes aux paliers, les tommettes, la grande salle du rez-de-chaussée, rappellent l’ambiance qu’a connu le poète.
Au XVIIIème siècle, un des propriétaires fit abattre la tour qui se trouvait dans le jardin. Les vestiges du mur des remparts de la ville sont toujours visibles de nos jours dans le jardin du fabuliste.
En 1882, la belle porte cochère, dont il nous reste la clef, et les murs qui l’entouraient, furent détruits et remplacés par la grille actuelle. La tourelle qui menait au cabinet de travail de Jean de La Fontaine a également disparu. Le double perron de pierre ainsi que le vieux puits dans la cour pavée sont toujours présents.
La façade de la maison a traversé les épreuves du temps, en conservant ces curieux croissants entrelacés, chiffre de Diane de Poitiers, son décor de pilastres, et son bandeau en fleurs de lys au dessus de la porte, à droite de laquelle était gravée la date 1559.
Toutes les collections s’articulent autour de La Fontaine et de son œuvre. Une pluralité de lecture des fables est offerte au public grâce à la présentation de dessins, gravures, peintures ou objets d’art les illustrant.
* Au rez de chaussée :
Dans le couloir menant à la salle du XVIIème siècle, des gravures représentent les contemporains de La Fontaine, tels que son épouse, Marie Héricart, cousine de Jean Racine, Fouquet, son grand ami, Madame de Sévigné, Furetière l’Académicien, mais aussi la jolie et fantasque Marie-Anne Mancini, nièce de Mazarin, grande protectrice du poète, et qui fut sa voisine à Château-Thierry.
Dans la salle du XVIIIème siècle :
Le portrait peint par Hyacinthe Rigaud vous accueille dans cette pièce consacrée au siècle du fabuliste. Sous ce tableau, se dresse un meuble renfermant l’acte de baptême du poète. Dans les vitrines, sont exposés des lettres manuscrites, des actes rédigés avec rigueur, démentant la réputation de bonhomme distrait qui était attribué à Jean de La Fontaine.
Les fables choisies de La Fontaine, l’ouvrage édité en 1668, et illustré par François Chauveau, connut un succès considérable. Au fil du temps, son œuvre va être représentée sur de multiples supports : faïence, porcelaine, terre cuite, argenterie, toile de Jouy, mobilier, tapisserie...
- Dans le petit salon :
Cette pièce est consacrée aux Contes libertins de La Fontaine, partie moins connue de son œuvre. Vous y découvrirez les gravures de Nicolas de Larmessin, et les délicieuses illustrations de Nicolas Vleughels. Ces peintures rendent hommage aux idées neuves véhiculées par les Contes du poète, censurés à son époque, et qu’il dût renier.
Cet espace permet également la présentation d’artistes contemporains ou historiques ayant illustré l’œuvre du fabuliste ou ayant un lien avec celle-ci, il permet également, de monter au public la richesse des collections du Musée, et de ses collections permanentes notamment les fables représentées par Jean-Baptiste Oudry.
* Le premier étage :
Le cabinet de travail de Jean de La Fontaine :
Cette aile occupée jusqu'alors par la Société Historique et Archéologique de Château-Thierry a été ouverte au public au printemps 2006. Désormais les visiteurs peuvent voir dans cet espace le cabinet de travail de La Fontaine. Il y exercait sa charge et en qualité de Maître des Eaux et Forêts, y recevait ses administrés et ses amis. Il pouvait aussi y rêver et ébaucher l'écriture des Fables qui allaient le rendre célèbre. De son temps on pouvait y accéder par un escalier en colimaçon dans une tour détruite aprés la vente de la maison du poète.
La salle du Baron Feuillet de Conches :
Un film retraçant la vie de Jean de La Fontaine et des fables pour enfants vous sont proposés. Sur les murs de cet espace, vous pouvez découvrir une partie de la précieuse collection des miniatures du Baron Feuillet de Conches. Au début du 19e siècle il a fait illustrer les Fables de La Fontaine par des artistes du monde entier. (Inde, Chine, Japon, Égypte, Perse, Éthiopie, Europe…).
La salle du XIXème siècle :
Depuis leur parution, les fables n’ont cessé de susciter l’imagination des artistes. Le XIXème siècle est sans doute la période durant laquelle la création artistique autour de l’œuvre de la Fontaine est la plus féconde. Les plus grands : Doré, Decamps, Lhermitte, Rousseau, présents dans cette salle en sont la preuve.
Ce siècle renforce la vocation pédagogique des fables. Elles sont utilisées comme support d’apprentissage de la lecture, de la morale et du civisme, sans forcement en goûter la délicate poésie. Jean de La Fontaine entre dans le quotidien des Français. Des objets d’art, et en particulier des objets décoratifs sont là pour en témoigner, telle que cette gracieuse pendule en bronze "La Laitière et le pot au lait" , le superbe poêle en faïence de Sarreguemines ou le cache joue peint par Gustave Doré, et toute la porcelaine décorée de fables.
Extrait de 18 fables choisies et interpretées par Fabrice Luchini.
21 avril 2008
Guy de Maupassant - La Guillette à Etretat
Biographie de Guy de Maupassant.
"Notre grand tourment dans l'existence vient de ce que nous sommes éternellement seuls, et tous nos efforts, tous nos actes ne tendent qu'à fuir cette solitude".
Guy de Maupassant naît le 5 août 1850 à Fécamp, au sein d’une famille aisée qui vit de ses rentes. Gustave et Laure de Maupassant s’installent en 1854 au château de Grainville-Ymauville, près du Havre. C’est là que vient au monde au mois d’avril 1856 le deuxième enfant du couple prénommé Hervé. Cependant, quelques années plus tard, les difficultés financières du ménage obligent Gustave à chercher un emploi. Celui-ci devient alors employé de banque à Paris où la famille Maupassant s’est fixée en 1859. Guy entre alors au Lycée Napoléon (futur Lycée Henri IV). Après quelques années de cette vie conjugale houleuse, le ménage Maupassant se sépare. Les enfants sont alors confiés aux soins de Laure. Celle-ci choisit de revenir en Normandie et s’installe ainsi à Étretat, dans la propriété des Verguies.
En 1863, Maupassant fait son entrée au petit séminaire d’Yvetot. L’adolescent y demeure scolarisé depuis la sixième jusqu’à la seconde. Ce séjour au sein de l’institution religieuse est pour lui une période d’ennui profond. Renvoyé de l’établissement à cause de vers jugés licencieux, il est ensuite admis en 1868 au Collège impérial de Rouen. A cette époque, Maupassant entame alors une correspondance avec le poète Louis Bouilhet. Celui-ci le présente bientôt à Gustave Flaubert. L’année suivante, il obtient son baccalauréat puis décide de faire son droit à la faculté de Paris. Mais l’étudiant appartenant à la classe 70 est mobilisé pendant le conflit franco-prussien. Il est ainsi versé dans l’intendance, à Rouen.
Après la signature du traité de Francfort qui met un terme au conflit, Maupassant est rendu à la vie civile, au mois de novembre 1871. L’année suivante, il entre au ministère de la Marine et des Colonies mais déteste bien vite ce métier de gratte-papier. Se faisant à la vie parisienne, Maupassant fréquente alors les guinguettes et canote sur la Seine. Il fait également ses premiers essais en littérature grâce aux conseils et avec la bénédiction de Flaubert. En 1875 paraît ainsi un premier conte, "La Main écorchée", dans l’Almanach lorrain de Pont-à-Mousson. Le "reclus de Croisset" lui permet ensuite de faire la rencontre des grands écrivains de l’époque. Tandis qu’il s’installe à Paris, au 17 de la rue de Clauzel, Maupassant est également invité à participer en 1876 au groupe de Médan qui se constitue autour d’Émile Zola.
En 1878, il entre ensuite au Ministère de l’Instruction publique. L’année suivante voit enfin la publication d’un de ses poèmes intitulé "Une Fille" dans La Revue moderne et naturaliste. Cependant, celle-ci est poursuivie pour "outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs". L’affaire se termine néanmoins par un non-lieu. Pendant ces premières années de création littéraire, Maupassant connaît des problèmes de santé. Il souffre ainsi de troubles cardiaques puis de névralgies du cerveau et des yeux contre lesquelles il lutte par l’usage et bientôt l’abus des drogues. Le "rond-de-cuir" se fait alors mettre en disponibilité avant de quitter définitivement le ministère auquel il est affecté, au mois de juin 1880. C’est alors que Guy de Maupassant publie le 16 avril de la même année "Boule de Suif" dans le recueil Les Soirées de Médan.
L’écrivain collabore maintenant de manière régulière à plusieurs périodiques parisiens parmi lesquels Le Figaro ou L’Écho de Paris. Il donne alors de nombreux articles et contes. En 1881, Maupassant effectue ainsi un reportage pour Le Gaulois en Algérie. Cette expérience au-delà de la Méditerranée sera par la suite matière à quelques écrits. Maupassant fait d’ailleurs paraître la même année un recueil de contes, "La Maison Tellier". Du 27 février au 6 avril 1883 est ensuite publié en feuilleton dans le Gil Blas son premier roman, "Une Vie". L’écrivain séjourne alors à Menton puis en Bretagne. Il se fait également construire une résidence, La Guillette, à Étretat mais se fixe à Paris dans un appartement cossu de la rue de Montchanin (aujourd’hui rue Jacques-Bingen), dans le quartier de la plaine Monceau. Maupassant ne quittera les lieux qu’en 1890 pour la rue du Boccador et les environs des Champs-Élysées.
L’écrivain à succés mène désormais une existence mondaine. Auprès de la comtesse Potocka, il joue à l’artiste décadent. Pour soigner ses troubles oculaires, Maupassant se rend de nouveau en cure à Chatel-Guyon et fait la rencontre de Joséphine Litzermann, une donneuse d’eau de la station thermale. Trois enfants naturels naîtront de leur liaison. C’est aussi une période de travail frénétique pour l’écrivain. Il multiplie les écrits. Des recueils de contes paraissent sous sa plume, comme "Les Contes de la Bécasse" en 1883, "Miss Harriett" et "Les Sœurs Rondoli" l’année suivante ou "Les Contes du jour et de la nuit" en 1885 ; des romans également parmi lesquels il faut citer "Bel-ami" en 1885 ou "Mont-Oriol" en 1887.
Maupassant partage à présent son temps entre Paris, Étretat et la Côte d’Azur. Son frère Hervé connaît alors ses premiers troubles psychiatriques. Interné à l’hôpital de Lyon-Bron sur l’initiative de son frère, il décède au mois de novembre 1889. Désormais, l’écrivain est lui aussi de plus en plus diminué par la maladie. Il est en effet atteint de la syphilis et l’infection arrive en 1890 dans sa phase terminale. L’écrivain cesse alors d’écrire, après avoir publié dans les années précédentes un nouveau recueil de contes intitulé "Le Horla" en 1887 puis "Le Rosier de Madame Husson" en 1888. Paraissent également au cours de ces années deux romans, "Fort comme la mort" en 1889 et auparavant "Pierre et Jean" en 1887. Pour l’occasion, Maupassant l’écrivain rédige une préface dans laquelle il expose ses idées littéraires. Il s’attache ainsi à distinguer les romans d’intrigue des romans réalistes.
Maupassant multiplie maintenant les séjours en cure à Divonne ou Aix-les-Bains ainsi que les consultations auprès des médecins. Après une tentative de suicide dans la nuit du 1er au 2 janvier 1892, il sombre dans la folie et entre à la clinique du docteur Blanche, à Passy, le 6 janvier 1892. Dans cette maison de santé alternent alors pour Maupassant les périodes de conscience et de folie, les moments de délire et d’accalmie. Après dix-huit mois d’agonie, il décède le 6 juillet à l’âge de quarante-trois ans. Quelques jours plus tard, l’écrivain est inhumé selon son vœu à même la terre et au cimetière Montparnasse. A cette occasion, Émile Zola prononce l’oraison funèbre du défunt.
La Guillette à Etretat sa maison.
Laure de Maupassant, mère du Guy, habitait Etretat et possédait un verger dans le grand Val. A 33 ans, Guy de Maupassant a eu un de ses premiers succès littéraire avec sa nouvelle "La maison Tellier" et a prévu en 1883 de se faire construire une maison dans le Grand Val (actuellement rue Guy de Maupassant).
Sa mère lui donna son verger et il acheta le terrain mitoyen où il y avait vraisemblablement un cabanon en bois. A cet emplacement il fit construire une petite maison entourée d’un balcon au premier étage.
Une partie de la maison brûla, il fit alors construire une maison plus grande en ajoutant une salle de billard et en couvrant le balcon au nord tout en conservant les volets d’origine Le couloir ainsi créé possède de remarquables boiseries et placards d’époque construits par le menuisier Monsieur de Peyrant.
C’est à la Guillette qu’il achève l’écriture de "Bel ami" en octobre 1884. Nostalgique du midi où il passait souvent l’hiver, Guy de Maupassant fit construire une maison de style méditerranéen en crépi et le toit recouvert de tuiles. La maison est construite loin de la route ce qui est actuellement très appréciable.
Le jardin a été dessiné par Monsieur Cramoizan et a gardé sa forme originale : couloir d’arbres, vergers, espace de tir. Guy de Maupassant fit installer une caloge, bateau qui ne naviguait plus et qui servait de logement pour son valet François Tassart. Elle servait également de salle d’eau pour Maupassant. Il n’en existe plus que deux à Etretat datant du 19 ème siècle et celle-ci est la plus ancienne.
Guy de Maupassant aimait recevoir. 6 chambres sont situées au 1er étage.Toutes les cheminées de la maison sont d’époque ainsi que celle du salon au rez de Chaussée en céramique bleu rapportée par Guy de Vallauris. De l’époque également 2 peintures de son cousin sur les portes du bureau ainsi qu’un vitrail signé Oudinot.
Cette maison est située à quelques centaines de mètres de la mer.
Actuellement cette maison a été mise en vente par l'actuel propriétaire, l'asssociation l'Arche propose que l'occasion soit saisie par les collectivités publiques pour investir dans cette propriété et créer un espace ouvert au grand public, avec comme premiers objectifs:
- de créer un point d'ancrage de la mémoire de Guy de Maupassant avec valorisation et promotion de son oeuvre littéraire.
- de sauvegarder et enrichir le patrimoine culturel de la région et ainsi favoriser une dynamique "Maupassant" au niveau touristique.
Jean-Pierre Thomas, responsable de l’atelier patrimoine de l’Arche estime que cette maison doit devenir un petit musée, à l’image de la maison de Victor Hugo à Villequier, dans le même département.
17 avril 2008
Jules Verne - Amiens
Biographie de Jules Verne.
"Rien ne s'est fait de grand qui ne soit une espérance exagerée".
Jules Verne naît en 1828 au sein d’une famille aisée de la bourgeoisie nantaise. Son père a fait quelques années auparavant l’acquisition d’une étude d’avoué, tandis que sa mère appartient au milieu des armateurs et des navigateurs. A partir de 1840 d'ailleurs, la famille Verne s'installe dans le quartier de l'île Feydeau, près des quais et du port. Cet environnement explique l'attirance précoce de l'enfant pour la mer, les horizons lointains et l’aventure. A 9 ans, après avoir acheté l’engagement d’un mousse, Jules Verne s’embarque sur un long-courrier en partance pour les Indes, la Coralie, avant d’être rattrapé à Paimbeuf. Inscrit en 1844 au Lycée de Nantes, il y fait sa rhétorique et sa philosophie, passant avec succès le baccalauréat. Il entame ensuite des études de droit, celles-ci devant lui permettre de prendre la succession de son père à laquelle il est destiné.
Parallèlement, l’adolescent passionné par les lettres s’essaie à la rédaction de quelques sonnets, de tragédies en vers, voire de pièces de théâtre. Ses pensées se tournent alors vers Paris. En avril 1847, il obtient de son père l’autorisation de se rendre dans la capitale afin de terminer son droit. L'étudiant obtient le grade de licencié en 1849. Il fréquente également les salons parisiens que lui ouvrent les relations familiales. Jules Verne y fait la connaissance d’Alexandre Dumas. En 1850, le grand romancier lui permet de faire représenter au Théâtre Historique une comédie en vers. La même année, Jules Verne passe avec succès sa thèse. Cependant, son existence parisienne est fréquemment à l'origine de conflits avec l’autorité paternelle. Ceux-ci trouvent leur dénouement pendant l'année 1852. L’écrivain naissant repousse alors de façon définitive l’idée d’un retour à Nantes et entame une carrière dans la magistrature.
A Paris, Jules Verne doit désormais donner des cours particuliers pour subvenir à ses besoins. Il fait bientôt publier dans la revue Le Musée des familles une nouvelle intitulée "Martin Paz". Quelques années plus tard, en 1856, il devient l’associé d’un agent de change à la Bourse, l'entreprise étant financée par un apport d’argent d’origine familiale. Jules Verne se marie le 10 janvier de l'année suivante avec une veuve, Honorine de Viane. Il continue également d’écrire pour le théâtre et voyage en Angleterre et en Écosse en 1859 puis en Scandinavie en 1861.
L’année 1862 décide de son avenir littéraire. Jules Verne présente à l’éditeur Jules Hetzel "Cinq Semaines en ballon". Publié le 24 décembre en librairie, c’est un franc succès et le début d’une longue et fructueuse collaboration. Jules Verne signe alors un contrat qui l’engage pour vingt années avec Hetzel et participe régulièrement à l’une de ses publications, Le Magasin d’éducation et de récréation, une revue destinée à la jeunesse. L'écrivain s'installe à cette époque à Auteuil avant de céder sa charge d'agent de change.
Les romans qui suivent trouvent également un public de lecteurs passionnés : "Voyage au centre de la Terre" en 1864 puis "De la Terre à la Lune" en 1865. L’écrivain a décidément trouvé sa voie ; il se consacrera jusqu’à la fin de sa vie à la description d’un monde, celui des "Voyages extraordinaires". Dans ses écrits, Jules Verne se fait l’apologiste de la technique et des sciences, des prouesses de l’homme moderne. S’il décrit certaines réalisations futures en se projetant dans un univers imaginaire, il peut également être considéré comme l’écrivain de son temps et de ses traits les plus visibles (l’industrialisation, la découverte du monde…) ou de ses passions (la foi dans le progrès, le colonialisme…) mais également de son milieu, la bourgeoisie et de ses valeurs (le mérite personnel qui repose sur la réussite individuelle bâtie grâce à l’éducation et au travail, un antisémitisme latent…).
Les succès se suivent, succès d’édition en France où son public de lecteurs s’élargit, et dans le monde grâce aux traductions de ses œuvres majeures : "Les Enfants du Capitaine Grant" en 1867, "Vingt mille lieues sous les mers" en 1869, "Le Tour du monde en quatre-vingts jours" en 1873, "L’Île mystérieuse" en 1874, "Michel Strogoff" en 1876, "Les Indes Noires" en 1877… Quelques ouvrages d'érudition prennent également place au milieu de cette production littéraire, une "Géographie illustrée de la France et de ses colonies" publiée en 1868 notamment.
En 1866, Jules Verne loue une maison au Crotoy, en baie de Somme. L’année suivante est l’occasion d’un voyage aux États-Unis. Il effectue la traversée sur le transatlantique Great Eastern. La consécration l'attend à son retour. La Légion d'Honneur lui est en effet remise en 1870 tandis que son oeuvre est couronnée par l'Académie française. L'écrivain est mobilisé quelques temps plus tard comme garde-côte pendant le conflit franco-prussien. Il se rend alors dans la capitale où les événements de la Commune parisienne l'horrifie.
En 1872 enfin, Jules Verne s’installe définitivement à Amiens, la ville natale de sa femme, où il fait l’acquisition en octobre 1882 d’un hôtel particulier situé au n°2 de la rue Charles Dubois dans les quartiers en construction par lesquels la ville s’étend en direction du Sud. Il y mène une existence bourgeoise de représentation, de participation à la vie politique locale. Jules Verne est élu au Conseil municipal de la ville en 1888 sur une "liste de protestation patriotique" composée de notables et de représentants des milieux populaires en tête de laquelle figure le nom du général Boulanger. Il s'attachera à la promotion des Beaux-arts, décidant notamment de la construction du Cirque municipal.
Jules Verne ne néglige pas pour autant son travail d’écrivain ("Les Cinq Cents millions de la Bégum" 1879 ; "Robur le Conquérant" 1886 ; "Le Château des Carpates" 1892 ; "L'Ile à hélices" 1895…). Il effectue également quelques croisières à bord de son yacht à voiles et à vapeur le Saint Michel III (en Mer du Nord et en Mer Baltique en 1881, en Méditerranée en 1884).
Affaibli depuis 1897, Jules Verne est terrassé le 16 mars 1905 par une crise de diabète. L'auteur des "Voyages extraordinaires" décède quelques jours plus tard, le 24 mars, à Amiens. Il est inhumé au cimetière de la Madeleine où le sculpteur Albert Roze l’a immortalisé en ornant son tombeau d’un buste représentant l'écrivain la main tendue vers le ciel.
Amiens sa maison.
A quarante-trois ans, alors que "Cinq semaines en ballon" et "Voyage au centre de la terre" connaissent déjà un succès international, Jules Verne décide de quitter la capitale pour s'installer à Amiens. Le romancier disait se trouver assez près de Paris "pour en avoir le reflet, sans le bruit insupportable et l'agitation stérile" dans une lettre à son ami Charles Wallut.
En 1882, il loue un hôtel particulier en brique rouge typique du Pas de Calais qui aurait été assez ordinaire s'il n'avait été surmonté d'une tour. Une maison somme toute à l'image de son locataire, puisque ses contemporains s'étonnaient qu'un homme d'apparence aussi commune ait pu écrire une telle œuvre.
Jules Verne occupera "la maison à la tour" pendant dix-huit ans et y écrira trente-quatre romans. Aujourd'hui, cette demeure récemment rénovée offre au visiteur un voyage extraordinaire dans la vie de Jules Verne et l'invite, en traversant les pièces comme on tourne les pages d'un livre, à explorer son univers.
La demeure se découvre pièces par pièces, tel un parcours initiatique imaginé pour faire pénétrer le visiteur dans le monde de l'auteur.
Au premier abord, l'intérieur ressemble à la plupart des maisons bourgeoises de cette époque : l'opulence du salon et l'atmosphère feutrée du fumoir succèdent au style chargé et sombre de la salle à manger.
Passées ces pièces de réception, la visite se poursuit à l'étage et chacun est invité à pénétrer dans l'intimité de la vie de l'écrivain. La salle de lecture s'ouvre sur une carte du monde étalée sur le sol et les meubles sont recouverts de feuilles raturées et éparpillées, brouillons d'œuvres en gestation. Le cabinet de travail, où l'auteur dormait, incite au voyage : agencé comme une cabine de bateau, il donne sur la voie ferrée.
A l'étage supérieur, se trouve le grenier, lieu du déchaînement de l'imaginaire de l'homme de lettres : capharnaüm savamment orchestré de maquettes de machines volantes et de coffres s'ouvrant sur des objets insolites, tous issus du monde onirique de l'auteur. L'extravagance culmine dans la tour, ornée d'une sculpture représentant un globe au milieu des astres.
Entre passé et futur, ce voyage intemporel immerge le visiteur dans les visions de Jules Verne et lui fait revivre les rêves qui ont bercé son enfance.
16 avril 2008
Elsa Triolet et Louis Aragon - Le moulin de Villeneuve
Biographie d'Elsa Triolet.
"Il n'y a pas d'endroit où l'on peut respirer plus librement que sur le pont d'un navire".
De son vrai nom Elsa Kagan (puis Triolet de son premier mari qu'elle gardera toute sa vie), elle est fille de Elena Youlevna Berman (musicienne) et de l'avocat juif Youri Alexandrovitch Kagan. Elle est née le 11 septembre 1896 à Moscou. Elle a pour soeur Lili dont elle est très jalouse mais qu'elle admire en même temps. Lili rejoindra en 1905 la révolution russe et c'est par elle que Elsa et Aragon auront des contacts communistes. Elle est l’amie d'enfance du linguiste Roman Jakobson, apprend le français très tôt et se lie en 1913 avec le poète futuriste Vladimir Maïakovski, qui deviendra ensuite le compagnon de sa sœur, Lili Brik.
En 1918, elle quitte la Russie et en 1919, elle épouse André Triolet, un officier français, à Paris avec qui elle part pour Tahiti pendant 3 ans. C'est là qu'elle écrira ses premières oeuvres. D'années en années, elle subira une dépression liée au climat. En effet, elle ne peut se sentir bien que dans son pays et c'est pour cela qu'elle retournera quelques années après en Europe. Elle quitte son mari en 1921, c'est dans cette période qu'elle connaîtra un temps d'errance en allant à Paris, Berlin mais aussi Moscou. Elle écrit plusieurs romans en russe, "À Tahiti" (publié en 1925 et inspiré de son séjour à Tahiti en 1919), "Fraise-des-Bois" (1926), "Camouflage" (1928). Remarquons que ces oeuvres ont pour beaucoup une thématique d'errance en relation à ses années 1921 à 1928. C'est une femme qui vit dans une solitude bien qu'elle ait été mariée et entourée de nombreuses personnes.
Installée à Montparnasse en 1924, elle fréquente des écrivains surréalistes et des artistes comme Fernand Léger et Marcel Duchamp.
Elle rencontre Louis Aragon en 1928 à Paris, au café La Coupole, fréquenté par beaucoup d'artistes, et devient sa muse. Dans les années trente, elle dessine des colliers pour la haute couture et écrit des reportages pour des journaux russes ; elle traduit également des auteurs russes et français. Elle commence à écrire un premier roman en français, "Bonsoir, Thérèse", en 1938.
Elle se marie avec Aragon le 28 février 1939. Elle entre avec lui dans la Résistance, dans la zone Sud (à Lyon et dans la Drôme notamment) et contribue à faire paraître et à diffuser les journaux La Drôme en armes et Les Étoiles. Elle continue à écrire : le roman "Le Cheval blanc" et des nouvelles publiées aux Éditions de Minuit. Réunies sous le titre "Le Premier accroc coûte deux cents francs" (phrase qui annonçait le débarquement en Provence), ces nouvelles obtiennent le prix Goncourt 1945 au titre de l'année 1944. Elle assiste en 1946 aux procès de Nuremberg sur lesquels elle écrit un reportage dans Les Lettres françaises.
Appartenant au comité directeur du Comité national des écrivains (CNE), elle s’attache à promouvoir la lecture et la vente de livres dans les années cinquante. La période de la guerre lui inspire le roman "L’Inspecteur des ruines", puis la menace atomique, au temps de la guerre froide, "Le Cheval roux". Elle voyage beaucoup dans les pays socialistes avec Aragon, mais, si elle a conscience de l’antisémitisme qui atteint sa sœur et des crimes qui sont commis en Union soviétique (le compagnon de Lili Brik, le général Vitaliy Primakov, est exécuté), elle ne fait aucune déclaration publique sur ces événements. Elle n’exprime sa critique du stalinisme qu’en 1957 dans "Le Monument". Elle démissionne la même année du comité directeur du CNE puis écrit les trois romans du cycle "L’Âge de Nylon". Elle intervient activement en 1963 pour faire traduire et paraître en France le roman d’Alexandre Soljénitsyne "Une journée d’Ivan Denissovitch". La façon dont la biographie de Vladimir Maïakovski a été falsifiée en Union soviétique est une des raisons qui l’entraîne à écrire les romans "Le Grand Jamais" (1965) et "Écoutez-voir" (1968).
Après avoir publié "La Mise en mots" (1969) et "Le Rossignol se tait à l'aube" (1970), Elsa Triolet meurt d'un malaise cardiaque le 16 juin 1970 dans la propriété qu’elle possède avec Aragon, le Moulin de Villeneuve. Elle repose dans le parc de six hectares entourant ce vieux moulin aux côtés d’Aragon. Sur leurs tombes on peut lire cette phrase d’Elsa Triolet : "Quand côte à côte nous serons enfin des gisants, l’alliance de nos livres nous réunira pour le meilleur et pour le pire dans cet avenir qui était notre rêve et notre souci majeur, à toi et à moi".
Biographie de Louis Aragon.
"La vie est pleine d'échardes. Elle est pourtant la vie et cela fait du bien, la nuit parfois, de crier".
Louis Aragon est né le 3 octobre 1897 à Paris. Il y meurt le 24 décembre 1982. Entre ces deux dates, la vie d’un homme, d’un homme hors du commun. Une vie en quête de vérité, de sa vérité. Une vie qui a commencée par un mensonge, celui de sa naissance.
Son père, Louis Andrieux, 57 ans, un notable, procureur de la république à Lyon, puis député, préfet de police, et ambassadeur de France en Espagne. Sa mère, Marguerite Toucas, 24 ans. Elle fera passer Aragon pour le fils adoptif de sa mère et Andrieux pour son parrain.
L’enfance se passe à Paris puis à Neuilly où sa mère tient une pension de famille. Après son baccalauréat latin-sciences, il s’inscrit à la faculté de médecine en 1916, il est affecté au Val de Grâce. Nommé médecin auxiliaire en 1918, il part pour le front. C’est à cette époque que Louis Andrieux et sa mère lui avouent le secret de ses origines.
Il publie son premier poème "soif de l’ouest" dans le numéro de mars de Nord-Sud, revue fondée par Pierre Reverdy. Puis en juin, il part pour le front. En août, il est cité à l’ordre du régiment et reçoit la croix de guerre. C’est pendant cette période qu’il rencontrera Breton, lui aussi médecin. Tout deux passeront des nuits à lire Lautréamont. Plus tard, après la guerre, après Dada, ils fonderont le mouvement surréaliste avec Philippe Soupault.
En 1920, Tzara, le maître du Dadaïsme arrive à Paris. Les trois jeunes gens s’enflamment pour cette révolte contre l’ordre établi. Aragon publie "Feu de Joie". Soupault et Breton publient "les champs magnétiques". C’est aussi l’époque où, avec Breton, il essaie en vain d’adhérer au parti communiste.
Le premier roman, "Anicet ou le panorama" paraît. Aragon, en plus d’être un grand poète, fut aussi un romancier hors pair, au grand dam d’André Breton. Déjà Aragon se distingue de ses camarades.
En 1922, échec à l’examen de médecine. Il n’aura pas à choisir entre celle-ci et la littérature. La même année, il publie "les aventures de Télémaque". Une approche moderne d’une aventure on ne peut plus classique, notre poète essaiera toujours de concilier tradition et modernisme, toute son œuvre en témoigne. Puis, en 1924, pendant que Breton publie le "manifeste du surréalisme", Aragon, quand à lui, fait éditer "le Libertinage".
Pendant plusieurs années, Aragon est plongé dans le surréalisme. Il participe à diverses manifestations surréalistes, publie des recueils de poésie tel "le mouvement perpétuel", tout en continuant à être prosateur avec "Le paysan de Paris". Il publie son manifeste, le "Traité du style". De 1926 a 1928, il vivra avec Nancy Cunnard. Elle le quittera lors d’un voyage à Venise. C’est avec elle, qu’il détruira les pages de son roman "La défense de l’infini" dans un hôtel madrilène. C’est aussi pendant cette période qu’il finira par adhérer au PCF , en compagnie de Breton et d’Eluard. Ceux-ci n’y resteront que quelques mois.
Après une tentative de suicide, la vie reprend son cours, il s’installe rue du Château, lieu où vécurent notamment les frères Prévert, des amis d’enfance. Il rencontre Maïakovski, puis Elsa Triolet la belle sœur du poète russe. Il commence à se détacher du surréalisme. Après la publication de "front rouge" que Breton qualifiera de poésie de circonstance, ce que revendiquera Aragon et une série de pamphlets qui ne feront qu’envenimer leurs relations déjà tendues depuis des années, la rupture sera définitive.
Jusqu’en 1939, sa vie sera jalonnée par plusieurs voyages en URSS, ce sera une vie de militant, de défenseur du communisme. Il accueille à la frontière des républicains espagnols et milite pour la défense de la culture. Le 28 février 1939, il se marie avec Elsa, la femme de sa vie. Il s’éloigne des communistes en prônant un pacte entre France, Angleterre et URSS, alors que se signe le pacte germano-soviétique. En septembre, il est mobilisé et affecté comme médecin auxiliaire. C’est pendant cette période, qu’il écrit les poèmes du "crève-cœur", premier recueil apolitique depuis bien des années.
En 1940, il commence la publication des "voyageurs de l’impériale" a la NRF, revue dirigée alors par Drieu la Rochelle. Puis c’est le tour de la "rime en 1940" ou il prend la défense d’une poésie classique. Le texte va en fait beaucoup plus loin qu’il n’y paraît car en défendant la tradition en une telle époque, il s’oppose nettement aux visées du nazisme et de son homologue le communisme qui prétendaient tous deux diriger la vie culturelle.
Cette même année, il reçoit de nouveau la croix de guerre. Aragon a toujours été, quoique l’on dise, un combattant. Tous les témoignages montrent que la peur de la mort n’a jamais été sa préoccupation première. C’était un chevalier au sens que donne le cycle du Graal à ce mot , toujours prêt a défendre l’Elue de son cœur et a partir au combat si cela s’avère nécessaire.
En 1941, il renoue avec le PCF clandestin. Drieu la Rochelle cesse la publication des "voyageurs de l’impériale" à la NRF. Aragon et Elsa sont arrêtés par les Allemands sur la ligne de démarcation, ils seront emprisonnés à Tours. Ils sont finalement relâchés et vont s’installer à Nice.C'est l’époque de la résistance. Aragon, à l’instar d’Eluard, fait partie de ceux qui dans l’ombre ont résisté à l’Allemagne nazie. Pendant cette période naîtront les textes célèbres comme les "yeux d’Elsa" ou "la rose et le réséda".
Aragon sera un résistant actif, en 1945 il suit De Gaulle dans son voyage en Alsace et en Lorraine. C’est aussi à ce moment qu’ Elsa obtient le prix Goncourt pour son roman "le premier accroc coûte deux cents francs". Les années après guerre sont liées à l'histoire du PCF. Jusqu'à la mort d'Elsa en 1970, Aragon ne publiera plus de grandes œuvres polémiques. Par contre, c'est pendant ces années là que naîtront : "Le roman inachevé", son autobiographie poétique ; "Les Poètes", son histoire de la poésie, et surtout "Elsa" et "Le fou d'Elsa" deux textes dans la tradition de l'amour poétique et en même temps si novateur.
Après la mort de l'Aimée, Aragon continuera son œuvre à la fois poétique et politique mais se détachera bien des fois du communisme "pur et dur" notamment en protestant contre la déchéance de nationalité du musicien Mstislav Rostropovitch ou en condamnant le trucage du suicide du fils de Nezval, le poète tchèque. Protestations qui lui valurent une forte mise en garde ses dirigeants du PCF, et surtout qui se traduisirent par une cessation du soutien financier aux journal qu'il dirigeait depuis l'après guerre Ce Soir.
Il meurt le 24 décembre 1982.
Le moulin de Villeneuve leur maison.
Le moulin de Villeneuve et son parc de six hectares, au bord de la Remarde, fut découvert en 1951 par Louis Aragon et Elsa Triolet. Le poète décide d'offrir cet ancien moulin à eau qui a perdu depuis longtemps sa roue, à sa compagne et c'est là qu'ils passent, dès lors, leurs fins de semaine. pour échapper à Paris, laissant le restant de la semaine la garde du Moulin à leurs gardiens-amis Hélène et Ernest.
Aragon y écrivit "La Semaine Sainte" et Elsa, "Le Cheval roux".
Louis Aragon et Elsa redonnent vie à ces bâtiments dont l’origine remonte au XIIème siècle et dont les formes actuelles datent des XVIIIème et XIXème siècles. Depuis 1904, le Moulin de Villeneuve n’a plus vu un meunier. Tous deux se dédient alors à l'aménagement des lieux : Elsa qui a étudié l’architecture et la décoration intérieure, dessine les plans de plusieurs pièces et aménage le parc tandis qu'Aragon fait installer un système de chauffage afin de préserver sa précieuse bibliothèque.
Dans les bâtiments des XVIIIème et XIXème siècles, l'appartement du couple a fait l'objet d'une préservation particulière. Il garde intact le cadre de la vie commune des deux écrivains : menu rédigé par Pablo Neruda, souvenirs de Russie d'Elsa et céramiques de Picasso. Le bureau et la chambre du couple sont tapissés de bleu de Saint-Pétersbourg, en référence au passé russe d'Elsa. On retrouve des vestiges de l'activité meunière, comme la roue dont la cage se trouve au coeur du grand salon, Aragon en ouvrait de temps en temps la vanne en présence de ses invités, pour faire gronder la chute d'eau. Dans le parc attenant à la propriété se trouve la tombe des deux poètes, sa végétation spontanée est une invitation à la rêverie.
Elsa y repose depuis 1970, et Aragon depuis 1982. Un magnétophone diffuse jour et nuit la Sarabande de Bach et le chant du rossignol.
La propriété a été léguée à la France, suivant la volonté des poètes et a ouvert ses portes au public en 1994, c'est un musée, mais aussi un lieu de recherche et de création suivant les vœux d'Elsa Triolet et Louis Aragon.
La maison organise désormais des spectacles de théâtre, des lectures ou expositions d'art contemporain, ou encore des conférences-promenades.
13 avril 2008
Vita Sackville West - Sissinghurst
Biographie de Vita Sackville West.
"Même si l'on ne cherche que la simplicité, comment échapper à la complexité de la vie ? "
Victoria Mary Sackville-West est née à Knole House dans le Kent, le 9 mars 1892. Elle était la fille de Lionel Edward Sackville-West, 3ème Baron Sackville et de sa femme Victoria Sackville-West, baronne de Sackville. Très tôt, Victoria prit le prénom de Vita pour se démarquer de sa mère. Elle passa son enfance et son adolescence dans la propriété familiale, mais étant une femme elle ne put en hériter, ce qu'elle regretta toute sa vie.
En 1913, Vita Sackville-West épouse Harold Nicolson, diplomate, puis journaliste, membre du Parlement, auteur de biographies et de romans, mais aussi, un compagnon bisexuel dans ce qu'on appellerait à présent un mariage ouvert. Ils eurent tous deux des liaisons homosexuelles, ce qui n'empêcha pas une relation étroite entre les époux, comme en témoigne une correspondance presque journalière (publiée après leur mort par leur fils Nigel), et un entretien qu'ils donnèrent à la radio de la BBC après la Seconde Guerre mondiale.
Harold Nicolson, diplomate de 1909 à 1929, dont Winston Churchill fit un sous-secrétaire d'Etat à l'Information pendant une partie de la Seconde Guerre Mondiale, tint pendant trente ans, de 1936 à sa mort en 1968 un journal qui fut édité en 1966 sous le titre "Diaries and letters", traduit en français sous le titre "Journal des années tragiques (1936-1942) "(B.Grasset, 1971).
Le couple eut deux enfants, Benedict Nicolson (1914-1978), historien d'art, et Nigel Nicolson (1917-2004), politicien et écrivain. Dans les années 1930, la famille acheta le château de Sissinghurst dans la campagne du Kent, région appelée le jardin de l'Angleterre.
La relation passionnée féminine qui eut l'effet le plus marquant et le plus durable sur la vie personnelle de Vita Sackville-West eut lieu avec la romancière Violet Trefusis, fille de la courtisane Alice Keppel qui était la maîtresse officielle du roi Édouard VII. Elles se rencontrèrent lorsque Vita Sackville-West avait douze ans et Violet Trefusis dix ans, et fréquentèrent la même école pendant quelques années. Bien que toutes deux mariées, elles partirent plusieurs fois en voyage ensemble, la plupart du temps en France, où Vita Sackville-West se déguisait en jeune homme quand elles sortaient. Leur liaison se termina mal, Violet Trefusis poursuivant Vita Sackville-West de ses assiduités alors même que Vita Sackville-West entretenait des liaisons avec d'autres femmes, mais Violet Trefusis refusa toujours cette rupture.
Le roman de Vita "Challenge" témoigne de cette histoire : Vita Sackville-West et Violet Trefusis commencèrent à écrire le livre ensemble, le personnage masculin, Julian, étant le surnom de Vita quand elle se faisait passer pour un homme. Sa mère, Lady Sackville, trouva l'autoportrait assez évident pour demander que le roman ne paraisse pas en Angleterre, son fils Nigel, cependant, en fait l'éloge : "Elle s'est battue pour le droit d'aimer, hommes et femmes, rejetant les conventions selon lesquelles le mariage exige l'amour exclusif, et que les femmes ne devraient aimer que les hommes, et les hommes uniquement les femmes. Pour cela, elle était prête à tout abandonner… Comment pourrait-elle regretter que ce savoir puisse atteindre les oreilles d'une nouvelle génération, qui plus est infiniment plus compréhensive que la sienne ? "
L'histoire d'amour la plus célèbre de Vita Sackville-West fut celle qu'elle eut avec la grande romancière Virginia Woolf à la fin des années 1920. A la suite de cette histoire, Virginia Woolf écrivit l'un de ses romans les plus célèbres, "Orlando", décrit par le fils de Vita Sackville-West, Nigel Nicolson, comme "la plus longue et la plus charmante lettre d'amour de la littérature", une biographie fantastique dans laquelle le héros éponyme traverse les siècles et change de sexe, publié en 1928. A la fin de leur liaison, les deux femmes restèrent amies.
Parallelement, Vita Sackville West eut une carrière de poète et de romancière. En tant que poète, elle fut deux fois lauréate du Hawthornden Prize (en 1927 et en 1933), cas unique dans l'histoire de ce prix littéraire. La première année pour son long poème narratif "The Land", et la deuxième année avec ses "Collected Poems". "The Edwardians" (1930) et "All Passion Spent" (1931) sont sans doute ses romans les plus connus de nos jours. Dans le second, Lady Slane, une femme mûre, recouvre un sens de la liberté et de la fantaisie longtemps refoulé après une vie vouée aux conventions.
En 1946, elle fut faite "Companion of Honour" pour ses services rendus à la littérature. L'année suivante, elle tint une colonne hebdomadaire dans The Observer, intitulée "In your Garden". En 1948, elle devint un membre fondateur du comité des jardins du National Trust.
Vita Sackville West meurt le 2 juin 1962.
Sissinghurst sa maison.
Au début de son existence, Sissinghurst était une massive forteresse du 12ème siècle, le manoir de pierres était entouré de douves dans le plus pur style moyenâgeux, deux de ces douves subsistent toujours actuellement. L’origine du nom est saxonne et signifie "une clairière dans les bois" . Au 15ème siècle, la propriété fut achetée par la famille Baker, liée par mariage aux Sackville de Knole, dans le Kent, ancêtres de Vita Sackville-West.
Le vieux manoir en ruines fut remplacé par une impressionnante demeure en briques rouges. Ce fut la première construction de ce type dans le Kent où généralement on construisait en bois et en pierres. De cette demeure ne subsiste que l’avant où à l’origine se trouvaient les écuries d’un côté et les quartiers des serviteurs de l’autre. Au 16ème siècle, Sir Richard Baker fit construire une maison de type élisabethain, considérée comme l’une des plus belles de l’époque.
Au 18ème siècle, par contre, au gré des caprices des fortunes familiales, celles-ci changent et la demeure dut être louée au gouvernement de l’époque qui la transforma en camp d’emprisonnement pour prisonniers de guerre français ; plus de 3.000 prisonniers y furent détenus au cours des 7 années qui suivirent. Ce furent les détenus qui surnommèrent le site "Le Château" parce que la maison leur faisait penser à un château français, à savoir un grand manoir entouré d’un immense domaine. Sissinghurst devint donc "Sissinghurst Castle" et le nom lui restera.
La guerre endommagea fortement les bâtiments dont les 2/3 se retrouvèrent démolis à la fin de la guerre. Au cours des 50 années qui suivirent, le domaine fut occupé par les pauvres de la paroisse travaillant à la ferme et dans l’usine de briques des environs. Lorsque la famille Corwallis reçut la propriété au 19ème siècle, elle construisit la grande ferme en guise d’habitation, étant donné l’état lamentable des anciens bâtiments.
C’est finalement au début du 20ème siècle que le domaine de Sissinghurst Castle sera sauvé par deux intellectuels épris de beauté et de jardinage. En 1928 le domaine fut mis en vente mais ne trouva aucun acheteur pendant deux ans. En avril 1930, Vita Sackville-West vint y jeter un coup d’œil en compagnie de son fils cadet, Nigel, qui se rendit compte avec horreur que sa mère avait bien l’intention d’acheter et vivre dans ce champ de choux.
La flamboyante écrivaine cherchait une vieille maison afin d’y créer un nouveau jardin ainsi qu’elle l’avait fait à Cospoli, Constantinople, en compagnie de son époux Harold Nicolson, alors en poste diplomatique. Sous l’œil horrifié de Nigel, Vita Sackville-West tomba éperduement amoureuse de Sissinghurst et acquit la propriété entourée d’un immense domaine à cultiver.
Vita et Harold créèrent alors un jardin reflétant totalement leurs personnalités à la fois différentes et complémentaires : elle, romantique, exaltée, adorant les recoins qui surprennent, avec une profusion de plantations ; lui plus classique et pondéré, aimant les formes plus sobres. Harold Nicolson développa un grand sens de la conception de jardins, aidé en cela par un ami du couple, Sir Edwin Lutyens (l’architecte, ami de Nathaniel Lloyd, qui contribua à sauver Great Dixter).
Les bâtiments de Sissinghurst Castle furent sauvés par l’architecte Albert Reginald Powys, secrétaire de la Société pour la Préservation des Bâtiments Anciens. C’est lui qui rendit Sissinghurst habitable et conçut également quelques murs entourant les jardins. La conception des jardins progressa rapidement et lorsqu’éclata la seconde guerre mondiale, en dehors du célèbre "White Garden" et du "Thyme Lawn", toutes les formes étaient bien en place.
Sissinghurst Gardens est le bel exemple d’une étroite collaboration entre deux personnalités exceptionnelles et reflètent bien le côté apollinien bien ordonné des dessins d’Harold ainsi que la nature plus dionysiaque et exubérante de Vita. Cependant, ce jugement n’est pas restrictif car Harold Nicolson ne ménageait pas ses suggestions créatives pleines d’imagination et d’originalité, parfois rejetées par Vita en faveur de quelque chose de plus simple.
A travers les jardins séparés de haies d’ifs taillés, au détour d’un massif, se tiennent quelques statues choisies avec soin pour le lieu, des vases et urnes apportant une touche du passé. Une très belle promenade le long des deux douves subsistantes, emmènent le visiteur vers les lacs et pour qui en a l’envie, la promenade se poursuit bien au-delà dans les bois.
Sissinghurst est partagés en "garden rooms" dont les deux plus importantes, et plus célèbres, sont le "White Garden" et le "Rose Garden", mais que le visiteur ne restreigne surtout pas sa curiosité car toute la propriété vaut non seulement le détour, mais permet aussi d’y passer de nombreuses heures non seulement à se balader mais aussi à s’asseoir et rêver.
Vita Sackville West lisant son poème "The Land".
11 avril 2008
François René de Chateaubriand - La Vallée aux Loups
Biographie de François René de Chateaubriand.
"On habite avec un coeur plein un monde vide, et sans avoir usé de rien, on est désabusé de tout".
François-René de Chateaubriand naît le 4 novembre 1768 à Saint-Malo, au premier étage d'une maison sise rue des Juifs, l'Hôtel de la Gicquelais. Il est le dixième enfant d’une famille de la noblesse bretonne. Son père est le cadet d'une des plus anciennes baronnies de la province. Après avoir été confié aux bons soins d'une nourrice de Plancoët, aux environs de Dinan, il suit l’enseignement des pères Eudistes du collège de Dol en 1777, puis, dès 1781, celui des Jésuites du collège de Rennes. En 1783, le jeune homme se présente à Brest à l’examen de garde de la marine, une épreuve ardue qui lui donnerait accès, après quelques années de formation, au prestigieux corps des officiers de la marine royale. Chateaubriand échoue et se décide alors à entrer dans les ordres, au collège de Dinan, projet auquel il renonce bientôt en 1785.
Suivant les vœux de son père, Chateaubriand est ensuite nommé sous-lieutenant au régiment de Navarre, à Cambrai. Il effectue à partir de 1786 de fréquents séjours à Paris et assiste ainsi en observateur attentif aux premiers événements révolutionnaires de 1789. S'effrayant à la vue des violences de la rue, il fréquente également dans la capitale les milieux littéraires et forme le projet d’un voyage en Amérique. Le départ a lieu en avril 1791, après une mise en demi-solde suite à la réorganisation de l’armée. Ce séjour, qui dure cinq mois pendant lesquels il visite Philadelphie, New York, les chutes du Niagara et la région des Grands Lacs, inspirera ses premières productions littéraires.
De retour en France en 1792, Chateaubriand se marie avec Céleste du Buisson de la Vigne, une héritière, amie de sa sœur aînée&nbs






























































































































































