01 mai 2008

Emily Dickinson - Amherst

Biographie d'Emily Dickinson.

 

 

Emily_Dickinson"Prenez-moi tout mais laissez-moi l'extase et je serai plus riche que mes semblables".

 

Considérée aujourd’hui comme l’un des plus grands poètes américains, Emily Dickinson n’eut pas droit à la reconnaissance littéraire de son vivant. Presque absente de la scène littéraire, elle fut également peu présente dans le théâtre de la vie.

Son champ d’expérience fut limité, puisqu’elle ne s’éloigna d’Amherst que pour passer une année au collège de Mount Holyoke à South Hadley ou lors de rares séjours, à Washington ou à Boston. Il semble donc qu’elle n’ait guère quitté le cercle de cette petite communauté puritaine de Nouvelle-Angleterre, ni franchi le seuil de la maison familiale où elle disait tant se plaire – entre son père juriste et homme politique, admiré et craint, et sa mère plus effacée ; entre sa sœur Lavinia, qui ne partit jamais non plus et son frère Austin, installé dans la maison voisine avec sa femme Susan, amie de cœur de la poétesse.

Le choix d’un certain retrait du monde livre un signe essentiel : la mise à distance, l’ironie. Mais, à certains égards, ce retrait fut peut-être moins absolu qu’il n’y paraît : tout en se dérobant au monde, au mariage, elle adressa des lettres passionnées à divers correspondants masculins. La fin de sa vie fut marquée par des deuils répétés (son père en 1874, sa mère en 1882, son neveu Gilbert, mort à l’âge de huit ans en 1883, Otis P. Lord en 1884). Secrète et expansive, grave et moqueuse, discrète mais audacieusement libre, sa personnalité est aussi complexe que l’espace réel de son expérience fut restreint.

La hardiesse de sa pensée et de son écriture inquiétait les éditeurs qui voulaient lui faire remanier ses poèmes, ce qu'elle refusa toujours. Seule Hélène Hunt, poète et romancière, reconnut son génie et l'encouragea. En dehors d'elle, les poèmes d'Emily ne furent lus que par le cercle de famille, élargi à quelques-amis à qui elle les offrait, en guise de fleurs ou de bouquets disait-elle.

 

Ses poèmes reflètent le tumulte de sa vie intérieure, sentimentale et mystique, parsemée d'amours impossibles (une amitié amoureuse avec une camarade de classe qui deviendra sa belle soeur, puis avec deux hommes mariés, dont le dernier était pasteur), constellée d'invocations et de pieds de nez à Dieu. Le style novateur d'Emilie Dickinson a déconcerté et choqué ses contemporains. L'extrême densité de ses poèmes exprime une émotion intense. Passion et spontanéité donnent une écriture concise, elliptique, "explosive et spasmodique", comme elle la décrira elle-même. Par la poésie, elle se fait homme, femme, animal, objet. Tous les moyens lui sont bons pour questionner la vie et donc la mort, cherchant à connaître le monde, elle-même, Dieu, et prêtant à l'écriture des pouvoirs quasi-magiques pour l'aider dans cette quête. "le rivage est plus sûr, mais j'aime me battre avec les flots", écrit elle à 15 ans.

 

 

 

10 décembre 1830, naissance à Amherst (Massachusetts) d’Emily Dickinson, fille d’Edward Dickinson, homme de loi, plusieurs fois membre du Congrès, et d’Emily Norcross. Austin son frère aîné, est né un an auparavant. Lavinia, sa sœur cadette, naîtra en 1833.

De 1840 à 1847 : Études à Amherst College, haut lieu de la culture puritaine, fondé en 1814 par son grand-père, Samuel F. Dickinson.

En 1846, publication en Angleterre des poèmes des Brontë et, l’année suivante, de leurs trois romans : "Jane Eyre", "Wuthering Heights" et "Agnes Grey".

De 1847 à 1848, études à Mount Holyoke Seminary. Refuse de participer au mouvement de renouveau religieux. Emily est retirée de l’institution par son père en août 1848. Publication des "Sonnets portugais", d’Elizabeth Barrett Browning et de "Kavanagh" de Longfellow.
    
1848, début d’amitiés précieuses, notamment avec Benjamin Newton, stagiaire chez son père, qui joue un rôle d’initiateur (il lui enverra en 1850 les poèmes d’Emerson) et Susan Gilbert, sa future belle-sœur et principale destinataire de ses poèmes.
    
Mai 1855 : voyage à Washington et à Philadelphie, où Emily a pu entendre et rencontrer le Révérend Charles Wadsworth. Publication de "Leaves of Grass" de Walt Whitman et "d'Aurora Leigh" poème-roman d’Elizabeth Barrett Browning.
    

1856, mariage de son frère Austin avec Susan Gilbert.
    
1858, Emily se consacre de plus en plus à la poésie et commence à rassembler ses poèmes dans des cahiers cousus.Elle entame une correspondance avec Samuel Bowles, directeur du Springfield Daily Republican et ami de la famille. Première des "Master Letters".

 

1860, visite de Charles Wadsworth à Amherst.
1861, Seconde des "Master Letters".
1862, Troisième des "Master Letters". En avril, départ de Samuel Bowles pour l’Europe, jusqu’en novembre. Le 15 avril, première lettre d’Emily, accompagnée de quatre poèmes, à T.W. Higginson. Le 1er Mai, départ de Charles Wadsworth pour San Francisco, où il est nommé pasteur de l’église du Calvaire. Année d’intense production poétique (366 poèmes, dont certains ont pu cependant avoir été composés plus tôt).

1864, Publication de "Dramatis Persona" de Robert Browning. Fin avril-fin novembre : séjour à Cambridge, près de Boston, chez ses cousines Norcross, pour soigner une maladie des yeux. Ce séjour se renouvellera l’année suivante. Après cette date, Emily ne quittera plus la demeure familiale et se retranchera peu à peu de la société.

 1870, le 16 août : visite de T.W. Higginson à Amherst. En décembre 1873 seconde visite de T.W. Higginson à Amherst.

 1874 - 1875, événements familiaux importants : mort du père d’Emily à Boston (16 juin), attaque de paralysie de sa mère en 1875, naissance de son neveu très aimé, Gilbert, cette même année.

1876, Emily fait la connaissance d’Helen Hunt Jackson, la poétesse américaine la plus célèbre de l’époque : "Vous êtes un grand poète, lui écrit celle-ci en mars, et c’est très dommage... que vous ne veuillez pas chanter tout haut". Quelques mois plus tard, elle l’invite à participer à la No Name Series (anthologie de poètes anonymes) des éditions Roberts Brothers, de Boston.

1877, Amour déclaré pour le juge Otis P. Lord, ami de longue date d’Edward Dickinson. Projet de mariage.
1876, Mort de Samuel Bowles.
1880, Visite imprévue de Charles Wadsworth à Amherst.
1882, Mort de Charles Wadsworth.
Thomas Niles, des Editions Roberts Brothers, presse Emily de publier.
Mabel Todd, femme d’un astronome nommé directeur de l’Observatoire à Amherst, noue avec elle (sans la voir) des relations amicales.
14 novembre mort de la mère d’Emily.
1883, Mort de son neveu très aimé, Gilbert, à l’âge de huit ans.
1884, Mort du juge Otis P. Lord. Emily subit une dépression nerveuse en juin.
Helen Hunt Jackson offre à Emily d’être sa légataire et exécutrice testamentaire, mais meurt l’année suivante.
1885, le 15 mai : mort d’Emily à Amherst.

1890, Publication des "Poèmes" d’Emily Dickinson, par Mabel Loomis Todd et T.W. Higginson, aux éditions Roberts Brothers. Le succès est immédiat : on compte onze rééditions à la fin de 1892.
1894, Publication des "Lettres", par Mabel Loomis Todd, chez le même éditeur.

 

 

 

Amherst sa maison.

 

 

 

Amherst_Emily_Dickinson"La maison est ma définition de Dieu" déclarait Emily Dickinson. Du coup, elle vécut plus de vingt-cinq ans recluse chez elle, à Amherst, dans le Massachusetts. Une demeure devenue un lieu de pèlerinage.

Emily Dickinson incarne une forme d’absolu : l’absence au monde. C’est à  la feuille de papier qu’elle confie son âme, ses enchantements et ses colères, ses visions, ses interrogations, ses certitudes. Nul ou presque n’en saura rien. Soixante-dix ans s’écouleront avant que paraisse une édition complète de ses mille sept cent soixante-quinze poèmes, fondateurs avec ceux de Whitman de la poésie américaine. Et presque un siècle avant la première biographie fiable, celle d’une jeune fille de la bourgeoisie d’Amherst, Massachusetts, qui un jour se retira dans sa maison, puis dans sa chambre, et n’en sortit plus jusqu’à sa mort.

Durant vingt-cinq ans, nul à Amherst ne vit son visage. De temps à autre, pourtant, il lui arrivait de descendre un pain d’épice au bout d’une corde pour les enfants. La demeure de famille cossue de style néoclassique donnait sur la rue. De sa fenêtre, Emily Dickinson pouvait suivre l’animation de Main Street. De l’autre baie, elle apercevait Evergreen, la maison de son frère et de Susan, sa belle-sœur avec qui elle avait noué, quelques années durant, une amitié passionnée. Le monde ne lui est pas indifférent ou étranger. Emily regroupe ses poèmes par paquets de vingt, les coud et les range dans un tiroir.

Quand au matin du 15 mai 1886, Emily rend son dernier soupir dans sa ville natale, aucun habitant d’Amherst n’avait croisé la poétesse depuis vingt cinq ans. Sa disparition prit alors des airs de légende. La mort avait retrouvé la trace de celle qui marchait vers la transparence depuis un quart de siècle. Sa silhouette ne put retenir la moindre poussière d’ombre, même le médecin, venu constater le décès, dut rédiger son acte sur le seuil de la chambre d’où il apercevait une "forme immaculée qui reposait sur un lit".

"Quand ce sera mon tour de recevoir une couronne mortuaire, je veux un bouton d’or". Comme une réponse de la nature au désir d’Emily, le pré derrière la maison accueillait une foule vibrante de taches d'or.

Pour son ultime voyage terrestre, elle passa de sa table d’écriture à sa tombe, (située derrière la maison), respectant ainsi jusqu’au bout, son vœu de ne pas quitter sa demeure. Elle avait cinquante cinq ans... mais doit-on, peut-on donner un âge à une poétesse qui s’entretint durant toute son existence avec l’éternité ?

 

 

 

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Emily Dickinson, une recluse incandescente.

 

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Posté par pfck à 15:00 - - Commentaires [3] - Permalien [#]