04 mars 2008
Oscar Wilde - Londres
"Le monde est un théâtre, mais la pièce est mal distribuée"
Oscar Wilde nait à Dublin le 16 octobre. Il est le deuxième fils de William Wilde médecin et chirurgien de réputation internationale et de Jane Francesa Elgee. Son père est passionné d'archéologie et l'auteur d'un ouvrage sur Jonathan Swift. Sa mère a une très grande culture. Elle est un poète engagé, qui dans les années 1840, a soutenu la cause irlandaise face à l'Angleterre. Elle a publié ses premiers poèmes sous le pseudonyme de Speranza.
Oscar Wilde est élève à la Portora Royal School, à Enniskillen, jusqu'en 1871, il y apprend le français, le latin et le grec et se montre très brillant dans ces deux dernières matières.
En 1867, Isola, sa sœur cadette meut à 10 ans. Oscar Wilde est profondément affecté par cette mort.
En 1871, Oscar Wilde poursuit ses études au Trinity College, à Dublin. Il fait preuve d'une forte personnalité et se distingue des autres étudiants par l'extravagance des ses vêtements et de ses opinions.
En 1874, Oscar Wilde obtient une bourse pour Magdalen College, l'un des collèges les plus côtés de l'Université d'Oxford. Il y restera jusqu'en 1878. Il est un élève brillant, réputé à la fois pour ses tenues de dandy et son insolence. Il a les cheveux longs, porte des cravates lavallière et orne les boutonnières de ses costumes d'un œillet, d'un lis ou d'un chrysanthème. Il côtoie à Londres les milieux culturels et aristocratiques.
En 1876, son père meurt.
En 1877, Oscar Wilde voyage en Grèce. Il a comme professeur John Ruskin, l'un des porte-parole du mouvement "esthète", une "école" qui estime que l'art ne doit être que recherche du Beau, sans aucune préoccupation morale ou sociale. Oscar Wilde est très réceptif à ce discours qui correspond parfaitement à ses propres aspirations.
En 1878, Oscar Wilde publie ses premiers poèmes dans des revues irlandaises et anglaises. L'un de ces poèmes, Ravenna, obtient le Newdigate Prize. Oscar Wilde dont le snobisme et l'anticonformisme s'accentuent ne va pas tarder à devenir l'une des figures emblématiques de ce mouvement.
En 1880, Oscar Wilde s'installe à Chelsea, il écrit sa première pièce de théâtre "Vera".
En 1881, Oscar Wilde publie "Poems". Ce premier recueil de poèmes est accueilli avec enthousiasme : Les jeunes dandys l'admirent, la respectable société victorienne, est elle, un peu plus réservée. "Vera", la pièce qu'il a écrite l'année précédente, sera retirée de l'affiche à la veille de la première. A la fin de l'année, Oscar Wilde part aux Etats-Unis pour une série de conférences sur l'esthétisme. A son arrivée, il dit: " ne rien avoir à déclarer en dehors de son génie". Cette tournée d'un an le mène de la Côte Est ( Boston, New-York) jusqu'à la Californie. Il fait connaître aux américains le renouveau anglais de cette fin du dix-neuvième siècle.
En 1883, de retour en Europe, il se rend à Paris, où il rencontre les principaux écrivains français de l'époque : Verlaine, Mallarmé, Zola, Daudet, Hugo (qui selon la légende s'endort durant cet entretien). Il fait également la connaissance de l'actrice Sarah Bernhardt.
Il donne une série de conférences en Angleterre et en Irlande sur le thème de la "maison magnifique". Lors d'une conférence à Dublin, il rencontre une jeune admiratrice, Constance Lloyd, qu'il épousera l'année suivante.
Il écrit une poème, "Le sphinx", et une pièce de théâtre : "La Duchesse de Padoue". "Véra", sa première pièce est enfin montée à New York, mais sans grand succès.
En 1884, Oscar Wilde épouse Constance Lloyd et le couple s'installe à Chelsea dans la "maison de beauté", une demeure magnifiquement décorée, qui deviendra le lieu de rendez vous de toute la société artistique londonienne. Oscar Wilde et Constance Lloyd auront deux fils : Cyril (1885) et Vyvyan (1886).
En 1886, Oscar Wilde écrit son premier essai, "La vérité des masques sur Shakespeare". Cet essai est publié en revue.
En 1887, il devient le rédacteur en chef du magazine The Woman's World. Il y restera jusqu'en 1889. Il y montre ses talents de pamphlétaire et son art du paradoxe. Il s'emploie également à défendre la cause féministe.
En 1889, il publie deux essais : "Le déclin du mensonge" et "Pen, Pencil and Poison".
En 1890, il publie une première version de ce qui sera son unique roman : "Le portrait de Dorian Gray". Ce roman sera publié dans sa version définitive en 1891. Publication également de deux nouveaux essais : "Le critique comme artiste" et "L'âme de l'homme sous le socialisme".
En 1891, publication de deux recueils de nouvelles, "Lord Arthur Savile's crime and Other Stories" (Le crime de Lord Arthur Savile et autres contes) et "A House of Pomegranates" (Une maison de grenades).
Publication dans sa version définitive de son unique roman, "Le Portrait de Dorian Gray". Dans sa préface, Oscar Wilde développe sa théorie artistique : "Dire d'un livre qu'il est moral ou immoral n'a pas de sens. Un livre est bien ou mal écrit - c'est tout." Ce roman lui vaut une très grande notoriété, mais le public anglais, choqué, lui reproche l'immoralité de certains personnages.
Il rencontre Lord Alfred Douglas avec qui il va avoir une relation passionnée. le Marquis de Queensberry, père d'Alfred Douglas menace publiquement Oscar Wilde. Malgré les conseils de ses amis, Oscar Wilde intentera un procès au Marquis; démarche périlleuse dans un pays où l'homosexualité est punie par la loi.
Oscar Wilde effectue un voyage à Paris et rencontre Mallarmé.
En 1892, Oscar Wilde écrit des comédies, critiques ironiques de la société traditionnelle anglaise. Ces pièces renouvellent radicalement le théâtre anglais.
"Salomé", tragédie qu'Oscar Wilde, dont la première représentation était programmée, est interdite. Oscar Wilde publiera cette pièce en Français l'année suivante.
En 1895, rebondissement dans le procès entre Oscar Wilde et le Marquis de Queensberry, père d'Alfred Douglas, son amant. Cette fois c'est le Marquis de Queensberry qui porte l'affaire devant les tribunaux, accusant Wilde de pervertir son fils . Oscar Wilde est condamné pour délit d'homosexualité à 2 ans de travaux forcés le 27 mai 1895. Il purgera cette peine à la prison de Reading, au sud de l'Angleterre, geôle à l'ambiance très répressive.
Oscar Wilde y écrit "la ballade de la geôle de Reading", témoignage émouvant de sa douleur de prisonnier . cette ballade sera publiée en 1898.
En 1897, en prison, Oscar Wilde écrit une longue lettre à Lord Alfred Douglas, qui plus tard sera publiée sous le titre "De Profundis". A l'expiration de sa peine, le 19 mai 1897, oscar Wilde s'exile en France, à Berneval, près de Dieppe et prend le nom de Sebastian Melmoth. C'est un homme brisé et ruiné. Puis il rejoint Lord Alfred Douglas en Italie.
En 1898, sa femme Constance Wilde meurt. Oscar Wilde s'installe à Paris. Publication de "La ballade de la geôle de Reading".
En 1899, son frère Willie Wilde meurt.
En 1900, après un voyage à Rome et à Naples au printemps Oscar Wilde succombe à une méningite cérébrale le 30 novembre à l'hôtel d'Alsace à Paris. Il est enterré au Père-Lachaise.
En 1905, "De Profundis", le testament de Wilde, à l'origine une lettre écrite en prison à Lord Alfred Douglas à qui l'auteur reprochait son silence, sera publié cinq ans après sa mort dans une version abrégée et dans sa totalité quarante-quatre ans plus tard.
En 1900, ce sont les anonymes, les bonnes gens de la rue des Beaux-Arts, qui suivent le cercueil d’Oscar Wilde jusqu’au Père-Lachaise. Nul écrivain dans le cortège, aucun de ses anciens amis qui appréciaient l’homme et encensaient l’artiste. Cinq ans plus tôt, refusant de fuir en France, comme ses amis le lui demandent, Oscar Wilde affronte la justice de son pays. Un second procès le voit condamné à deux ans de travaux forcés pour corruption de mineurs. Depuis la prison de Reading, ses amis tentent d’alerter l’opinion publique : Wilde est malade,ne mange plus, ne dort plus, ses conditions de détention sont terribles. Stuart Merrill, poète anarchiste installé à Paris et qui connaît Wilde depuis 1890, a l’idée de récolter les signatures des grands noms de la littérature française et de faire parvenir cette pétition à la reine Victoria. La revue Plume coordonne la campagne de soutien à l’auteur du Portrait de Dorian Gray. Émile Zola, Alphonse Daudet, les frères Goncourt, Heredia sont sollicités parmi tant d’autres. Bien peu signeront, chacun y allant de ses bonnes raisons pour ne pas venir en aide à Oscar Wilde. Seuls quelques écrivains isolés, Octave Mirbeau, le plus connu, Henry Bauër, Paul Adam, Hugues Rebell apporteront leur soutien. Octave Mirbeau, l’auteur du Journal d’une femme de chambre, termine ainsi l’article consacré à la défense de Wilde : "Il n’y a que de la pourriture et du fumier, il n’y a que de l’impureté à l’origine de toute vie. Étalée, dans le chemin, sous le soleil, la charogne se gonfle de vie splendide ; les fientes, dans l’herbage desséché, recèlent des réalisations futures, merveilleuses. C’est dans l’infection du pus et le venin du sang corrompu qu’éclosent les formes par qui notre rêve chante et s’enchante. Ne nous demandons pas d’où elles viennent et pourquoi la fleur est si belle qui plonge ses racines dans l’abject purin". Faute de signatures prestigieuses la pétition ne parviendra jamais à Londres.
Les Goncourt la ressentent comme une intimidation certaine, Jules Renard fait du mauvais esprit – "Je veux bien signer la pétition pour Oscar Wilde, à condition qu’il prenne l’engagement d’honneur de ne plus jamais… écrire". Gide est gêné, quand, quelques années plus tard, il croise l’écrivain dans la misère. Quant à Jean Lorrain, il traite par le mépris celui qui a eu le courage d’affronter la justice de son pays. Si l’expression "silence des intellectuels" naît avec l’affaire Dreyfus, elle aurait tout autant convenu pour l’affaire Wilde. Notre histoire commence par une lâcheté.
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Article de Tetu.
The Beautiful House sa maison à Londres.
Le 29 mai 1884, Constance Lloyd, une jeune femme belle, intelligente, sensible, maîtrisant plusieurs langues européennes et dotée d’un sens aigu de la justice, épouse Oscar Wilde. Ils s’aiment, partagent la même passion pour la littérature et se découvrent un point de vue commun sur l’art et la beauté. Ils s’installent dans la "maison merveilleuse" à la décoration subtile, lumineuse et raffinée qui tranche avec la mode victorienne en vigueur.
Cette maison est le point d'ancrage de sa vie d'adulte, située dans Tite Street cette "House Beautiful" est décorée par l'architecte à la mode Edward Godwin dans le plus pur style esthétique, mâtiné d'influences whitleriennes et japonisantes, située dans Chelsea, quartier de Londres à la fois chic et bohème. Au 16 Tite Street, s'élève la demeure cossue d'un homme rangé en apparence, bien établi dans la société, le mariage et la paternité, la maison prospère, gracieuse et raffinée qui couronne la réussite d'un artiste dont la renommée et la fortune ne cessent de croître. Tite Street est indissociable du bonheur familial de Wilde, de ses fulgurants succès. Quand le malheur le frappera en même temps que la ruine, il en sera chassé comme Adam de l'Eden après la chute.
L'origine du mouvement esthétique était une réaction au poids et à l'image du style victorien, et contre les marchandises produites en série. Ce mouvement a favorisé la notion de l'art dans l'interêt de l'art, il reposait fortement sur des traditions Moyen Orientales et Orientales, plus particulièrement japonaises. L'enthousiasme pour la simplicité de la conception orientale s'est exprimé avec un déferlement de porcelaines bleues et blanches de 1870 à 1880 et par la conception géométrique des meubles de Godwin.
L'intérieur esthétique était éclectique, reposant sur différentes cultures et périodes, l'architecture "Queen Ann", les mosaîques mauresques, les draperies de la Renaissance. La "House Beautiful", reflet de cet art nouveau, comportait des cheminées aux manteaux décorés avec rafinement, de magnifiques collections de procelaines. Les couleurs principalement utilisées étaient le vert olive, le bleu paon et l'or. Les plumes de paon, les tournesols et les lys étaient utilisé à foisin pour les décors des papiers peints, textiles et décors en terracotta, mosaïques et verreries.
Dans la maison de Wilde, la peinture blanche à haute brilance était partout, ce qui contrastait fortement avec les intérieurs victoriens de l'époque plutôt sombres. Seule la bibliothèque, où Wilde écrivait, était de style mauresque et de couleur bleu foncé et or.
Ce courant esthétique s'est propagé rapidement en Angleterre, grâce notamment à la notoriété de Wilde et à sa publicité dans la presse populaire, ainsi que grâce aux catalogues richement illustrés des fournisseurs de meubles, la classe moyenne aisée s'est ruée sur ce courant. Parmi les fournisseurs les plus influents se trouvaient Morris and Co, dont les papiers peints et les textiles ont été particulièrement utilisés dans ces intérieurs artistiques.
A l'heure actuelle, l'intérieur de la "House Beautiful" de Wilde n'existe malheureusement plus. Tout a été dispersé et vendu aux enchères lors de son emprisonnement.
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