31 mars 2008
Alfred de Vigny - Le Maine Giraud
Biographie d'Alfred de Vigny.
"L'espérance est la plus grande de nos folies".
Alfred de Vigny est né à Loches, en Touraine, le 27 mars 1797. Son père, ancien officier issu d’une famille de la noblesse, l’élève dans le goût des faits d’armes et les valeurs aristocratiques. Sa mère, apparentée aux Bougainville, l’initie à la littérature et aux arts. Installé à Paris à partir du mois de février 1799, Alfred de Vigny est placé à la pension Hix en 1807. Le jeune homme poursuit ensuite ses études au Lycée Bonaparte (aujourd'hui Lycée Condorcet) à partir de 1811. Au milieu des railleries de ses camarades, que dérange son allure efféminée, il y reçoit une formation classique jusqu'en 1813.
Avec la chute de l’Empire en 1814, il entre, après avoir songé à intégrer l’École Polytechnique, dans les Compagnies Rouges, les Gendarmes du Roi, avec le grade de sous-lieutenant. Le 20 mars 1815, il accompagne ainsi le roi Louis XVIII sur le chemin de l’exil pendant les Cent Jours. Au mois de septembre suivant, sa compagnie étant licenciée, la carrière militaire du jeune officier est interrompue. Son père décède en 1816, tandis que sa mère intervient avec succès pour lui obtenir une autre affectation. Au mois d'avril de la même année, Alfred de Vigny est versé dans l’infanterie, le 5ème régiment de la Garde. Commence alors une vie morne de garnison.
Alfred de Vigny s’essaie à cette époque à la littérature. Il écrit quelques tragédies. Au mois de décembre 1820, est publié son premier poème, "Le Bal". Il fréquente également les salons mondains, en compagnie d'Alexandre Dumas et d'Alphonse de Lamartine. Le poète collabore bientôt aux premières revues romantiques, Le Conservateur littéraire ou La Muse française. Tandis qu’il est nommé à l'ancienneté au grade de lieutenant de régiment, un recueil de vers, "Poèmes", paraît au mois de mars 1822. Le 12 octobre de la même année, Alfred de Vigny est sollicité par Victor Hugo, dont il a fait la connaissance quelques mois auparavant, afin d’être le témoin de son mariage avec Adèle Foucher. En 1823, le capitaine Vigny quitte Paris et la bohème littéraire et gagne Bordeaux avec son régiment, espérant participer à l’expédition en Espagne décidée par François-René de Chateaubriand, alors ministre des Affaires étrangères. L’officier doit cependant renoncer à ses rêves de gloire. Il reste cantonné à Oloron.
Ses demandes de congé se multiplient alors. En avril 1824, il fait publier "Eloa", un poème d’inspiration biblique. Le 8 février 1825, Alfred de Vigny se marie au temple de Pau avec une jeune anglaise en villégiature, Lydia Bunbury. La cérémonie catholique a lieu le 15 mars suivant à Paris où le couple s’installe. L’année 1826 consacre la notoriété littéraire du poète. Au mois de janvier, il publie un recueil de vers, "Les Poèmes antiques et modernes", contenant "Moise" et "Le Cor". Au printemps, son premier roman, "Cinq Mars", connaît également le succès en librairie. Peu après, Vigny rencontre d'ailleurs Walter Scott à Paris, dont il considéré comme l'émule français. Après avoir effectué une demande de réforme pour raison de santé, l’officier qu’ennuie la vie militaire est démobilisé en avril 1827.
Alfred de Vigny s’essaie alors à la traduction en vers d’œuvres de Shakespeare : "Roméo et Juliette", "Le Marchand de Venise" et "Othello". Ceci contribue ainsi à faire connaître le dramaturge du public français. Après les Trois Glorieuses et la chute de Charles X, Alfred de Vigny commande une compagnie de la Garde nationale. A ce titre, il participe à la répression des mouvements populaires et est invité à dîner à la table de la nouvelle famille royale en 1831. Vigny s’éprend bientôt d’une actrice en vogue, Marie Dorval. Leur liaison reste secrète cependant ; le poète doit également soigner sa mère et sa femme, toutes deux souffrantes. En juin 1831, une pièce de théâtre historique, "La Maréchale d‘Ancre", est jouée à l’Odéon. L’année suivante voit la publication de "Stello". De 1833 à 1834 paraissent également en récit dans la Revue des Deux Mondes les souvenirs de l’ancien officier, "Servitude et Grandeur militaires". A partir du 12 février 1835 enfin, un drame, "Chatterton", est représenté au Théâtre-Français. C’est un triomphe pour l’auteur et pour sa maîtresse qui joue dans la pièce le rôle de Kitty Bell.
L’année suivante, tandis que la comédienne est en tournée dans toute la France, Alfred de Vigny voyage et se rend à Londres pendant l'été. Sa mère décède en 1837. Puis la rupture est bientôt consommée avec l’infidèle Marie Dorval, c’est la fin d’une liaison passionnée et orageuse. Au mois de septembre 1838, le poète se retire alors dans son domaine du Maine-Giraud en Charente. Il s’occupe à faire-valoir ses terres, installant une distillerie qui produit du cognac et lui fournit d'appréciables revenus. Vigny écrit dans la solitude de son manoir "La Mort du loup", "La Maison du berger", "La Colère de Samson", "Le Mont des oliviers" … Ces poèmes, qui paraissent dans la Revue des Deux Mondes, seront publiés à titre posthume en 1864 dans le recueil "Les Destinées". Le décès de son beau-père n’arrange pas les soucis financiers du couple Vigny, celui-ci a en effet déshérité sa fille Lydia.
Enfin après des échecs répétés, le poète est élu à l’Académie française, le 8 mai 1845. La réception d’Alfred de Vigny l’année suivante chez les Immortels est cependant entachée d’un scandale, celui-ci omettant malgré les sollicitations reçues de faire l’éloge du roi Louis-Philippe. Enthousiasmé par la révolution de 1848, il espère bientôt comme d’autres hommes de lettres jouer un rôle politique sous la Seconde République naissante. L’écrivain échoue cependant par deux fois, en 1848 et en 1849, aux élections législatives en Charente où il était candidat.
De retour à Paris au mois d'octobre 1853, Alfred de Vigny a quelques entrevues avec l’Empereur Napoléon III. Il avait d'ailleurs dîné avec le nouveau souverain en tournée de propagande l'année précédente. L'écrivain devient un fervent partisan du Second Empire et s’occupe bientôt à la rédaction du "Journal d’un poète", qui sera publié après sa mort en 1867. Attentif également à la naissance de nouveaux courants littéraires, le poète reçoit Charles Baudelaire et Jules Barbey d’Aurevilly. A cette époque, il multiplie les liaisons amoureuses, avec Louise Colet, l'ancienne maîtresse de Flaubert, puis avec Elisa Le Breton et enfin avec Augusta Bouvard, toutes deux à peine âgées de vingt ans.
Quelques années plus tard, en décembre 1862, sa femme Lydia décède. L’année suivante, souffrant depuis quelques années d’un cancer à l’estomac, Alfred de Vigny la rejoint outre-tombe, le 17 septembre 1863.
Le Maine Giraud sa propriété.
Le manoir du Maine Giraud a été construit et transformé du XIIe au XVe siècle puis a appartenu au poète romantique Alfred de Vigny de 1827 à 1863.
La propriété du Maine Giraud lui était venue de sa tante, la sœur aînée de sa mère, Sophie de Baraudin, chanoinesse de l'Ordre souverain de Malte. Il y était venu pour la première fois en 1823, alors âgé de vingt-six ans et militaire de carrière avec le grade de capitaine. Son grand-père, le marquis et amiral de Baraudin, avait acheté le Maine Giraud en 1768 afin de rester proche des ports de Rochefort et de La Rochelle. Alfred de Vigny fut marqué par cette première visite : "Je fus épris de son aspect mélancolique et grave et en même temps je me sentis le cœur serré à la vue de ses ruines". Dans ses "Mémoires" , il écrivit aussi : "Le souffle de la Terreur avait traversé cette demeure".
Après la mort de sa "douce et spirituelle" tante, en 1827, il prend possession d'un domaine en piètre état, d'une maison de maître à l'abandon et de dépendances agricoles plus qu'à moitié détruites, le tout lourdement obéré par des dettes criantes. Il refuse pourtant de vendre la propriété et se met en devoir de la restaurer peu à peu. Son œuvre devra durer toute sa vie et ce sera sans doute la plus constante de ses applications. Tandis qu'il remet les terres en valeur, il achète un alambic d'occasion, répare le vétuste manoir en reconstruisant l'une des tours, réaménage les sordides logements ouvriers, allant jusqu'à remplacer la terre battue par des parquets. Au terme de dix ans d'efforts, il peut constater avec fierté que "la dépense n'a pas excédé la recette". Le Maine Giraud est devenu une propriété de rapport autant que de villégiature, où le poète trouve une consolation à ses échecs littéraires et politiques et une sérénité face aux soucis procurés par la très précaire santé de son épouse anglaise, Lydia.
Alfred de Vigny ne voulait pas que l'on chasse sur ses terres par amour de la nature et de la vie. Il était profondément attaché au Maine Giraud et à son entourage humain, ses domestiques agricoles mais aussi tous les artisans du pays et ses proches voisins. La chronique locale rapporte qu'il leur lisait, à la veillée, des fragments de ses œuvres ou des passages de Shakespeare. Exemples de sa solidarité avec la communauté villageoise, il institua une bibliothèque publique à Blanzac, fut le parrain de la nouvelle cloche et fit jouer "Esther" par les élèves du pensionnat.
Dans la tourelle qu'il avait restaurée, il grimpait le raide et étroit escalier en colimaçon afin de s'isoler, méditer, rêver et écrire "dans le calme adoré des heures noires". Une cellule minuscule, éclairée d'une petite fenêtre, garnie d'une couchette monacale et d'un coffre à livres servant de siège, fut le théâtre de poche de son inspiration poétique, notamment pour y commettre "La Mort du loup" et "La Bouteille à la mer" ainsi que plusieurs morceaux des "Destinées" ou de "La Maison du berger".
Alfred de Vigny mourut, peu de temps après son épouse, en 1863. Sans descendance directe, il avait légué le Maine Giraud à Louise Lachaud, fille de madame Ancelot, qui tenait l'un des plus brillants salons littéraires de la capitale. Après avoir appartenu aux Philippon, le domaine a été acheté en 1938 par la famille Durand, qui a replanté puis développé le vignoble.
28 mars 2008
Roger Martin du Gard - Le Tertre
Biographie de Roger Martin du Gard.
"La vie serait impossible si l'on se souvenait, le tout est de choisir ce qu'on doit oublier".
Roger Martin du Gard est né à Neuilly sur Seine le 23 mars 1881. Il fut élève au lycée Condorcet. Issu d'une famille aisée d'avocats et de magistrats, il peut consacrer sa vie à la littérature. Il a une vocation précoce d'écrivain, dont il a pris conscience en lisant le roman de Léon Tolstoï, Guerre et Paix. Pour attendre d'affirmer sa vocation de romancier, il entreprend des études de lettres mais échoue à la licence. Il décide alors de tenter le concours de l'École des Chartes et obtient avec succès le diplôme d’archiviste paléographe en présentant une thèse sur l'abbaye de Jumièges. Il se marie avec Hélène Foucault, en 1906. Et en 1907, il aura une fille: Christiane.
La publication de son roman "Jean Barois" en 1913 lui permettra de se lier d'amitié avec André Gide et Jacques Copeau. Dans l'étonnant "roman dossier" qu'est "Jean Barois", Roger Martin du Gard ne cherche pas à démontrer. Il n'émet aucun jugement, il ne condamne pas, il n’absout pas : il décrit avec une volonté d'objectivité l'évolution de la religion contemporaine, comme la séparation de l'Eglise et de l'État en 1905. Avec ses documents authentiques ou fictifs qui s'y trouvent insérés, la seconde partie constitue aussi la première représentation littéraire de l'Affaire Dreyfus et du procès Zola qui lui est lié.
Pour le théâtre il écrit, entre autres, "Le Testament du père Leleu", farce paysanne(1913), qui semble avoir inspiré Puccini pour la composition de son opéra "Gianni Schicchi". La mise en scène de cette farce par Jacques Copeau qui venait alors d'ouvrir le théâtre du Vieux Colombier marque le début d'une amitié très forte, grâce à laquelle Martin du Gard envisage la réalisation de pièces satiriques dans le cadre d'une Comédie nouvelle dont il développe une première vision. Ces perspectives ne connaissent pas un aboutissement. En raison des refus successifs qu'oppose Jacques Copeau aux propositions et essais de Roger Martin du Gard, celui-ci revient alors vers le roman.
Après la Première Guerre mondiale, en effet, Roger Martin du Gard conçoit le projet d'un long roman fleuve dont le sujet initial s'intitule "deux frères". De fait, le roman en huit volumes ensuite intitulé "Les Thibault" va l'occuper des années 1920 à 1940, date de publication du dernier volume, "Epilogue". À travers l'histoire de Jacques et Antoine Thibault qui sont liés à la famille de Fontanin, le romancier fait le portrait d'une classe sociale, la bourgeoisie parisienne, catholique, protestante, universitaire, mais aussi en révolte dans le cas de Jacques Thibault, apprenti écrivain qui découvre le socialisme. Conçu comme une conclusion à une œuvre dont la réalisation menaçait de durer trop longtemps, les deux derniers volumes sont consacrés à la disparition des deux héros et mettent l'accent sur la Première Guerre mondiale. "L'Eté 1914" décrit la marche à la guerre que ne peuvent empêcher ni les socialistes, ni les autres groupes pacifistes : révolutionnaire de cœur, Jacques Thibault ne saura que se sacrifier en lançant sur les tranchées un appel à la fraternisation des soldats allemands et français. Racontant la lente agonie d'Antoine Thibault gazé pendant le conflit, "Epilogue" évoque la "marche à la paix" et s'interroge sur les propositions du président Wilson qui aboutiront à la création de la SDN.
En 1930 paraìt "Confidence africaine" une histoire d'inceste. Ce livre joue un rôle dans le roman de Katherine Pancol "Un homme à distance" (Albin Michel 2002).
C'est en 1937, juste après la publication de "L'Eté 1914", que Roger Martin du Gard se voit attribuer le prix Nobel de littérature. Il passe ensuite une majeure partie de la guerre 1939-1945 à Nice, où il prépare un roman resté inachevé, les "Souvenirs du lieutenant-colonel de Maumort", qui sera publié à titre posthume dans une édition procurée par André Daspre.
Soutenue par l'engagement d'un groupe d'admirateurs, la publication de ses œuvres posthumes complexifie sa figure d'écrivain. De nombreux textes posthumes vont faire apparaître Martin du Gard comme un styliste spontané, attentif aux autres, parfois jovial. Commencé pendant la Première Guerre mondiale, son "Journal " décrit une vie familiale parfois difficile, raconte les réussites de l'amitié, fait la revue critique des textes contemporains et permet d'approcher la vie littéraire de l'époque : précédé de "souvenirs", il a été publié par C. Sicard sous la forme de trois gros volumes. Ce sont également les joies de l'amitié ainsi que les aléas de la vie littéraire autour de la "Nouvelle Revue française" que mettent en lumière les très nombreuses lettres regroupées désormais dans de très intéressants volumes de correspondances (avec André Gide, avec Jacques Copeau, avec Eugène Dabit, avec Georges Duhamel, avec Jean Tardieu, à côté d'une "Correspondance générale" en dix volumes.
Des nouvelles figurent aussi parmi les posthumes ("La Noyade" intégré au volume du "Lieutenant-colonel de Maumort", "Genre motus") : elles s'inscrivent dans la continuité de celles que l'écrivain avait publiées de son vivant ("Confidence africaine").
Publiés peu après la mort d'André Gide, les "souvenirs sur André Gide" évoquent une des amitiés les plus importantes et enrichissantes qu'a connues cet admirateur de Tolstoï, de Flaubert et de Montaigne.
Le château du Tertre sa demeure.
Ce château du 17e siècle, en pierres et briques, construit sous Louis XIII et agrandi sous le 1er Empire , a été remis en état au début du 20e siècle par Roger Martin du Gard, à qui il appartient depuis 1925. Il est situé sur les communes de Sérigny et de Saint Martin du Vieux Bellême.
Anne Véronique de Coppet, petite fille de Roger Martin du Gard, habite aujourd’hui le Château du Tertre, à la lisière de la forêt de Bellême, où l’auteur des "Thibault" vécut de 1925 à 1940. Ces années furent celles de la grande époque littéraire où Martin du Gard écrivit l’essentiel de son oeuvre. Le Tertre fut pour l'auteur un lieu voué au travail, à la méditation et à l'hospitalité. Il y accueillit nombre de ses pairs tels que Gide, Malraux, Schlumberger... C’est cette mémoire et cette atmosphère de travail qui régnèrent au château que s’efforce aujourd’hui de conserver Anne Véronique de Coppet.
"L’ouverture de la maison et l’accès aux dix mille ouvrages de la bibliothèque correspondent à l’idée que Roger Martin du Gard se faisait du devenir de cette maison, qu’il considérait comme une partie de son oeuvre", déclare-t-elle. Ce voeu de l’écrivain est donc respecté puisque, loin d’être devenu un musée, le Château du Tertre accueille aujourd’hui musiciens, gens de théâtre, étudiants et chercheurs qui travaillent sur le monde littéraire de l’entre deux guerres. Les visiteurs curieux de retrouver le souvenir de l’écrivain sont également reçus.
Un très beau parc du 17ème siècle a été remodelé en partie et prolongé vers 1800 par un parc à l' anglaise (composition du paysage et décor d'inspiration maçonnique). A partir de 1926, Roger Martin du Gard a ouvert des perspectives et des vues panoramiques sur Bellême et a renforcé les points sensibles par l' apport de statues antiques.
Site officiel de Roger Martin du Gard.
26 mars 2008
Pierre de Ronsard - Prieuré Saint Cosme
Biographie Pierre de Ronsard.
"Heureux qui plus rien ne désire".
Pierre de Ronsard, fils de famille aristocratique, parent de Bayard et de la reine Elisabeth d’Angleterre, est né le 11 septembre 1524 dans le château de la Possonnière, à Couture-sur-Loir près de Vendôme. Il est le fils et sixième enfant de Louys de Ronsard - chevalier et "maistre d’hostel des enfants de France" - et de Jeanne Chaudrier. Louis de Ronsard s’est battu, sous Louis XII et François 1er, notamment aux côtés de Bayard et a pris part aux guerres d’Italie. Il est élevé par un père admiratif de l’Italie qui avait rapporté d’Italie le goût des beaux-arts et écrivait des vers. Son père l’inscrit au collège de Navarre en 1533.
Son père fit jouer ses relations pour le faire entrer (à l’âge de douze ans) comme page à la cour de France auprès de nombreux personnages de l’aristocratie. Là , il se montre très doué pour les exercices physiques, l’équitation, ou l’escrime et devient l’un des pages les plus séduisants de la cour de France.
En 1536, il prend en premier lieu son service auprès du dauphin François qui meurt trois jour plus tard, il assistera en compagnie de son père, au décès et à l’autopsie du dauphin, puis après entre au service du page du troisième fils de François 1er, Charles d’Orléans et en 1537, attaché à Madeleine de France, il l’accompagne en Ecosse après son mariage avec Jacques V d’Écosse. Elle meurt peu après de phtisie en juillet 1537. Il reste en Écosse puis prend le chemin du retour vers la France en passant par l’Angleterre et la Flandre, pour revenir de nouveau dans la compagnie du Duc d’Orléans en 1538.
Il séjourne en Allemagne en 1540, pendant trois mois, avec son cousin humaniste et diplomate Lazare de Baïf. Puis il se rend dans le Piémont en compagnie de Guillaume du Bellay, seigneur de Langey. En 1542, suite à une grosse fièvre, une surdité précoce le fait renoncer à la carrière militaire. De retour à la Possonnière, il fait la connaissance de Paul Duc qui lui fera découvrir Virgile et Horace. C’est là que Ronsard commence à imiter, certes sans grande réussite, ces deux hommes illustres en écrivant des vers en latin. C’est ainsi qu’il décide de tenter d’écrire en français, et ce malgré la volonté de son père qui voudrait l’inscrire à l’université de Paris au cours de la faculté de décrets. Il se découvre alors une vocation pour la poésie.
En 1543, Pierre de Ronsard et son père séjournent quelques temps au Mans lors des obsèques de Guillaume du Bellay. C’est à cette occasion que Ronsard rencontre pour la première fois son cousin Joachim du Bellay et Jacques Peletier du Mans, le secrétaire de l’évêque René du Bellay. En mars, il reçoit la tonsure de clerc (il ne sera cependant pas ordonné prêtre) afin de pouvoir percevoir une source de revenu, celui des ecclésiastiques.
Le 6 juin 1544, le père de Ronsard décède. Il décide alors de partir chez Lazare de Baïf.
En 1545, la mère de Ronsard décède. Peu de temps après, en avril, il fait la rencontre d’une jeune fille de treize ans, Cassandre Salviati dans une fête à la cour de Blois. Aussitôt rencontrée, aussitôt disparue, la jeune Cassandre va devenir "l’être inaccessible". Cette dernière épousera en 1546, Jean de Peigné, seigneur de Pray. Elle sera à Ronsard, ce que Laure a été à Pétrarque, et va lui permettre de célébrer l’amour platonique.
Entre temps, Ronsard devient admiratif des oeuvres littéraires de Clément Marot et se donne comme défi de devenir l’égal de ce dernier en réalisant la version française des Odes Épicuriennes d’Horace. Cette même année, il demande l’avis à Jacques Peletier du Mans sur ses essais d’odes horaciennes. Ses débuts sont prometteurs. D’ailleurs, la première ode parue de Ronsard intitulée "L’Ode à Peletier du Mans" se trouve dans l’ouvrage de cet ami.
En novembre 1547, Ronsard s’inscrit à l’Université en compagnie de Joachim du Bellay. Il y suit alors,et ce pendant plus de cinq ans, l’enseignement de Jean Dinemandi dit Dorat, poète et humaniste mais aussi le principal du collège. Il décide de créer avec son ami et quelques autres jeunes poètes un groupe : la Pléiade. Il s’agit de Joachim du Bellay (1522-1560), Etienne Jodelle (1532-1573), Jacques Peletier du Mans (1517-1582), Pontus de Tyard (1525-1605), Dorat (1508-1588), Jean Antoine de Baïf (1532-1589) et Rémi Belleau (1528-1577). Leur objectif est de soutenir le français contre ses détracteurs, enrichir son vocabulaire et son style et composer des œuvres inspirées des auteurs grecs et latins. Il se retrouve très vite le premier de son école. Rien n’aurait pu laisser prévoir quelques années plus tôt son talent pour les lettres et la poésie. Cette année, c’est aussi la disparition de Lazare de Baïf.
En 1549, Ronsard compose "les Amours de Cassandre", recueil de sonnets et publie "l’Epithalame d’Antoine de Bourbon", "Jeanne de Navarre et l’Hymne de France". En avril , paraît sous la plume de du Bellay, la célèbre Défense et illustration de la langue française qui constitue le manifeste du groupe de la "Brigade" .
En 1550 , Ronsard publie les Quatre premiers livres des "Odes" et "Ode à la paix" qui le hissent au premier rang des poètes de l’époque. Les Odes sont consacrées à des thèmes très divers, parmi lesquels l’amour du pays natal tient une large place. Une nouveauté y apparaît : la recherche systématique de la régularité des strophes, qui permet de les chanter sur le même air, les exigences musicales conduiront à construire les rimes, dans chaque strophe, selon le même modèle. Marguerite de France puis le roi Charles IX se prennent d’enthousiasme pour ce "Prince des Poètes", tel qu’il s’autoproclame. Pendant deux décennies, Ronsard va jouir d’une grande renommée.
En 1551, commencent quelques discussions houleuses à la Cour entre partisans de Ronsard et de Mellin de Saint-Gelais.
En 1552, Ronsard côtoie les proches du roi : Marguerite (sa sœur), Jean de Morel (son maître d’hôtel), Jean de Brinon (son conseiller), Michel de l’Hospital (son futur chancelier). Son ouvrage "Les Amours" est publié avec le "Cinquième livre des Odes". Les sonnets des "Amours" sont ouvertement influencés par Pétrarque. Les "Odes", que l’auteur veut totalement novatrices du point de vue poétique, tout en utilisant à loisir la mythologie antique, obtiennent un grand succès et font de lui le plus en vue des nouveaux poètes et le chef de file de la Brigade.
En 1553, la Brigade fête le succès de la "Cléopâtre captive" de Jodelle. Michel de l’Hospital arrive, non sans effort, à réconcilier Ronsard et Mellin de Saint-Gelais. A l’automne, arrive l’épidémie de peste sur Paris. Ronsard quitte alors précipitamment cette ville pour la région de Meaux.
En 1554, il publie "Bocages". En 1555, Ronsard s’éprend de Marie Dupin. Cette jeune paysanne le fera renoncer aux complications pétrarquistes que lui inspirait Cassandre. Pour elle, il composera "des poèmes simples et clairs", et publie "les Hymnes", "des Meslanges", et "de la Continuation des Amours".
En 1565, il obtient une aumônerie puis un canonicat (prieuré de Saint-Cosme, près de Tours).
De 1569 à 1572, il se lance dans un projet gigantesque, "La Franciade", une Eneïde à la française qui tournera court et se soldera par un échec. "La Franciade" est une épopée savante où Ronsard imagine qu’Astyanax, fils d’Hector, échappé au massacre de Troie, est venu sous le nom de Francion fonder la ville de Paris et le royaume de France. En 1574, à la mort de Charles IX, Ronsard abandonne "la Franciade". Il connaît la disgrâce. Le nouveau roi, l’efféminé Henri III et ses "mignons" le remplace par le jeune poète précieux Philippe Desportes (1546-1606), mais lui laisse sa pension.
En 1578, il rencontre Hélène de Surgères , une des filles d’honneur de la Cour de Catherine de Médicis. Elle vient de perdre dans la guerre civile, Jacques de La Rivière, capitaine, dont elle était éprise. La reine Catherine de Médicis invite le poète à la consoler. Ronsard publie : "Sonnets pour Hélène ", dédiés à "cette beauté aussi remarquable par son esprit que par sa vertu".
Ronsard passe l’été et l’automne 1585 à Croix-Val. Il meurt le 27 décembre dans son prieuré de Saint-Cosme-en-l’Isle près de Tours. Son enterrement eut lieu en janvier 1586. À Paris, le 24 février, des funérailles solennelles et exceptionnelles témoigneront de sa célébrité, un Requiem fut exécuté de son ami Jacques Maudui, et sa mémoire recevra un hommage officiel, au collège de Boncourt.
Peu de temps après sa mort, Ronsard tombe en disgrâce. Malherbes (1555- 1628) le condamne pour la luxuriance de sa langue, les Classiques n’y trouvent rien de ce qu’ils aiment : la mesure, la raison, la rigueur et le bon goût, le Grand Arnauld parlera de ses "pitoyables poésies", Voltaire le jugera "barbare", Ronsard sera redécouvert par Sainte-Beuve et célébré par les Romantiques. C’est qu’il aura fallu deux siècles pour retrouver une telle sincérité du lyrisme. Encore cette réhabilitation n’est-elle pas unanime. Michelet lui consacre, dans son Histoire de France, quelques pages cruelles : "Il tapait comme un sourd sur la pauvre langue française". Mais, dégagée de ses références érudites, mythologiques et courtisanes, la poésie de Ronsard reste aussi jeune, aussi éternelle que ce qu’elle chante le mieux : l’amour et la nature.
Le Prieuré Saint Cosme sa demeure.
Bâtis à partir du début du XIème siècle jusqu'au XVème siècle, sur une ancienne île de la Loire, le prieuré de Saint-Cosme et son église s'entourent d'un parc composé de neuf jardins dans lesquels la rose est reine, rendant hommage à l'auteur de "Ode à Cassandre" avec son célèbre sonnet "Mignonne allons voir si la rose, Qui ce matin avait déclose, Sa robe de pourpre au soleil ..."
Ronsard, accueilli par la communauté des moines qui vivait là, devint prieur des lieux de 1565 jusqu'à sa mort en 1585. Lui qui partageait sa vie entre la poésie, les promenades, les prières et le jardinage avait trouvé dans cette propriété un lieu paisible, source d'inspiration.
Le prieuré fut construit à l'emplacement d'un oratoire aux XIème et XIIème siècles. Plus tard, sous Louis XI, l'église est à son tour édifiée et une nouvelle maison du prieur est érigée. Occupé par la communauté des chanoines depuis sa fondation jusqu'au XVIIIème siècle, ce site est un lieu de passage pour les pèlerins en route pour Saint Jacques de Compostelle.
Le prieuré connaît la prospérité pendant des centaines d'années puis, son déclin entraîne la suppression canonique par l'Archevêque de Tours en 1742. En 1744, les moines quittent le prieuré, l'église sert alors de carrière de pierre. Par la suite, le site devient la résidence de l'archevêque de Tours puis de l'intendant de Cluzel. En 1791, le domaine est mis en vente et est morcelé. Les maraîchers investissent les lieux : habitations, étables et granges dénaturent le site tout en le préservant d'autres détériorations.
Il faut attendre 1925 pour que le président de la Sauvegarde de l'Art Français, avec l'aide de mécènes américains, achète des parcelles de terrain et entame des fouilles permettant la découverte du corps de Pierre de Ronsard. Mais en 1944, les bombardements endommagent une partie du prieuré. En 1946, les fouilles et restaurations reprennent pour se terminer en 1951, date à laquelle le Conseil général d'Indre-et-Loire devient propriétaire des lieux.
Du prieuré, bombardé en 1944, ne subsistent que quelques vestiges dont le superbe réfectoire abritant sa chaire romane et le logis du prieur, ancienne habitation de Pierre de Ronsard. Dehors, au milieu des vestiges de l'église, le prince des poètes, de son tombeau, veille sur le lieu.
La visite permet de découvrir l'architecture et les jardins du prieuré mais surtout de donner une autre dimension aux écrits du poète.
Le prieuré Saint-Cosme possède un grand parc associant les jardins utilitaires du Moyen-âge et des jardins d'agrément de la Renaissance. La rose est maîtresse des lieux. 200 variétés se mêlent à une superbe collection d'iris mais aussi de pivoines, de lavandes, de lys, d'arbustes divers et variés.
Au milieu des ruines de l'église, un arc gothique, le chevet, les chapiteaux romans de la fin du XIème siècle et le tombeau de Ronsard ont résisté aux bombardements de la deuxième guerre mondiale.
En revanche, le réfectoire, construit dans la première moitié du XIIème siècle, fut en partie touché puis restauré. À l'intérieur, la chaire du lecteur est bien conservée et à côté, se trouve "l'hôtellerie", datant du XIIIème siècle, qui abrite aujourd'hui la bibliothèque des Amis de Ronsard.
La visite de la maison du prieur, construite à la fin du XVème siècle sur des fondations plus anciennes permet d'entrer dans l'intimité du poète. Le rez-de-chaussée est composé de deux salles, l'une avec un musée et une maquette de l'ensemble des bâtiments, l'autre offrant une reconstitution de l'histoire du lieu. Le premier étage est réservé aux appartements de Ronsard, c'est à dire sa chambre et le cabinet qu'il utilisait pour écrire ses œuvres. C'est ici que Ronsard, âgé de 61 ans, a dicté ses derniers vers et s'est éteint.
Ce voyage dans l'univers intime de Ronsard aidera les visiteurs à comprendre le parcours du poète, ses œuvres et les raisons qui l'ont amené à se retirer au prieuré Saint-Cosme pendant près de 20 ans.
25 mars 2008
Alexandra David-Neel - Samten Dzong
Biographie d'Alexandra David-Neel.
"Sitôt que l'on demande quelque chose à autrui, que l'on espère quelque chose de lui, la déception vous guette".
Louise Eugénie Alexandrine Marie David est née le 24/10/1865 à Saint Mandé près de Paris. Son père, issu d'une famille de huguenots, est engagé politiquement et obligé de s'exiler en Belgique quand Louis Bonaparte se proclame Napoléon III. C'est là qu'il fait la connaissance de sa femme, issue d'une famille catholique de commerçants. Après quinze ans de mariage, le couple attendant enfin son premier enfant, déménage en France où leur fille est née. La petite Alexandra est loin d'être heureuse quand cinq ans plus tard naît un petit frère, et elle est visiblement soulagée quand il meurt six mois après. Sa mère par contre est désespérée et veut retourner vivre près de sa famille.
Comme en même temps la situation politique redevient dangereuse pour son père, ses parents décident d'aller vivre à Bruxelles. Le jour avant le déménagement Alexandra s'échappe lors d'une promenade dans le Bois de Vincennes et on doit organiser des recherches officielles pour la retrouver…
Sa jeunesse n'est pas des plus heureuses, et Alexandra qui adore son père mais déteste sa mère, essaie surtout de s'échapper de son environnement bourgeois. A l'âge de quinze ans elle profite de l'absence de ses parents pour partir toute seule en Angleterre en passant par les Pays Bas, pour revenir quand elle n'a plus d'argent.
Quand à l'âge de dix-sept ans elle repart toute seule en excursion, cette fois-ci dans les Alpes et vers les lacs Italiens, sa mère en a assez, et on l'oblige à travailler dans le magasin familial pour vendre des tissus et des vêtements de femme. Heureusement elle a une belle voix et elle peut suivre des leçons de chant au conservatoire, où elle gagne un premier prix grâce à sa voix de soprano.
En 1888 elle a la possibilité d'étudier à Londres où elle entre en contact pour la première fois avec l'occultisme et la société théosophique. Un an après, grâce à ses contacts avec la théosophie, elle trouve un logement à Paris, au Quartier Latin de la Belle Epoque. Elle décide d'apprendre le sanscrit et elle fait connaissance avec le Bouddhisme tibétain. Le spirituel l'intéresse déjà très fort et elle adhère à une loge de francs-maçons.
En 1891 elle s'embarque pour le Ceylan. Pendant son circuit en Inde elle rencontre plusieurs autorités spirituelles. Après un an elle rentre à Paris où elle continue ses études musicales, apparemment avec succès, puisqu'en 1895 elle est première chanteuse de l'opéra de Hanoi et elle fait une tournée en Grèce, l'Afrique du Nord et les provinces françaises. Peu à peu elle se fait aussi un nom comme auteur et elle donne des conférences. Quand elle se réalise que sa carrière comme chanteuse touche à sa fin, elle accepte de devenir le directeur artistique du casino de Tunis. C'est là qu'elle rencontre Philippe Néel, ingénieur en chef du chemin de fer de Bône-Oulma. Ils se marient en 1904 - une vraie surprise pour ses proches connaissant ses idées féministes sur le mariage - et la même année son père meurt.
Leur mariage est loin d'être typique pour cette époque. Alexandra continue ses activités : écrire des articles pour des journaux (entre autres des articles féministes sur la position de la femme), voyager, assister à des concerts, donner des conférences, il est rare qu'elle se repose.
En 1911 Alexandra qui souffre de problèmes de santé et qui est dépressive, repart en voyage en Inde. Au lieu d'un an comme prévu, elle sera absente pendant quatorze années. Pendant tout ce temps elle garde le contact avec son mari tant bien que mal. Elle lui envoie des récits de voyage qui seront publiés en France, elle lui écrit qu'il lui manque et combien elle a besoin de lui, mais en même temps elle lui demande de l'argent pour continuer son voyage.
La première année elle passe par le Ceylan et l'Inde. En 1912 elle séjourne à Sikkim où elle rencontre le prince Sidkéong, qui aura une grande importance dans sa vie, et elle visite une partie du Tibet où elle a deux conversations avec le Dalai Lama. De 1914 à 1916 elle vit comme ermite dans l'Himalaya. Ici elle fait la connaissance d'un jeune Tibétain, Yongden, qui l'accompagnera pendant tous ses voyages, et qu'elle adoptera comme fils. Après avoir été expulsée du Tibet du Sud par les Anglais, qui la considèrent comme une espionne, elle voyage à travers l'Inde, la Birmanie, l'Indochine Française, le Japon, le Corée et la Chine. De là elle arrive en Tibet oriental où elle habite pendant deux ans chez les moines du monastère du Kumbun.
Son voyage à Lhassa l'amène à travers la Mongolie et la Chine Occidentale vers le Tibet du Sud. Déguisée en mendiante elle arrive en février 1924, comme première étrangère, à Lhassa où elle reste deux mois. Pendant tout ce temps elle n'arrête pas d'écrire et étudier (entre autres des religions orientales), elle apprend le tibétain, elle médite et elle s'exerce en toutes sortes de techniques de contrôle de soi. Son spleen et ses maladies disparaissent et elle est capable d'affronter les circonstances les plus rigoureuses.
En 1925 elle retourne enfin en France, toujours accompagnée de Yongden, où elle est harcelée par des journalistes. Retourner vivre avec son mari est exclu, mais elle attend quand même de lui qu'il subvienne à ses besoins jusqu'au moment où elle gagnera assez avec ses publications et ses conférences. Son livre "Voyage d'une Parisienne à Lhassa" se lit comme un roman d'aventures et se vend facilement.
En 1928 elle achète une maison à Digne qu'elle appelle Samten Dzong (forteresse de méditation). Elle passe son temps à écrire et voyager en Europe où elle est accueillie par des personnalités diverses. En 1937, quand elle a 72 ans, Elle repart en Extrême-Orient. A travers l'Union Soviétique elle se dirige vers la Chine, la frontière sino-tibétaine jusqu'en Inde. En route, en 1941, elle reçoit le message que Philippe est décédé. En 1946 elle retourne en France, à sa maison à Digne, toujours accompagnée de Yongden.
Jusqu'à un age très avancé elle se retire dans les montagnes pour trouver le silence. Elle continue à écrire : en tout une trentaine d'œuvres traitant de sujets divers tels que la philosophie, l'anthropologie, l'orientalisme, la philologie, les découvertes géographiques, les nuances historiques et politiques et les techniques du tantrisme, le tout plein d'aventures.
En 1955 son fils adopté meurt d'un empoisonnement urémique aigu.
En 1959 Marie-Madeleine Peyronnet vient habiter chez elle pour la soigner jusqu'à la fin.
Alexandra souffre de plus en plus d'arthrite, ne sait presque plus marcher, mais son esprit reste vif. Elle continue ses publications et s'intéresse aux sujets les plus hétéroclites, tels que la navigation spatiale et la politique. En plus elle reçoit la visite de personnes intéressées par la spiritualité orientale.
Son centième anniversaire est fêté à Digne et la même année elle reçoit la Légion d'Honneur. Elle fait encore renouveler son passeport en vue de partir, via Berlin, en Russie et puis à New York.
Quand elle meurt le 9 septembre 1969 elle a encore plusieurs projets en cours comme la construction d'un centre d'étude et de méditation dans le jardin de Samten Dzong.
Alexandra David-Néel est incinérée à Marseille et ses cendres, mêlées à celles de Yongden, sont répandues dans le Gange.
Après sa mort ses possessions sont divisées : sa bibliothèque complète, comprenant des livres en français, anglais et tibétain, va au Musée Guimard où elle a étudié dans sa jeunesse. Sa collection précieuse d'objets d'arts est partagée sur plusieurs musées et est maintenant pratiquement introuvable. Marie-Madeleine Peyronnet reçoit ses lettres et ses manuscrits inédits et elle continue à vivre à Samten Dzong, devenu un lieu de pèlerinage pour des personnes en quête de spiritualité.
Le revenu de ses publications est destiné à la commune de Digne comme héritier légal.
Samten Dzong sa maison.
Séduite par la beauté des pré-Alpes qu'elle avait baptisées "Himalaya pour Lilliputiens" l'audacieuse Alexandra David-Neel, globe trotter d'origine parisienne, a choisi Digne comme port d'attache entre deux voyages.
"La Bléone n'est pas le Brahmapoutre, le Couar pas l'Everest, mais le soleil brille et le ciel y est d'un bleu aussi lumineux", se plaisait-elle à préciser.
En 1928, elle s'installe dans cette cité parfumée à la lavande, dans une maison qu'elle baptise "Samten-dzong" (forteresse de la médiation). Outre sa chambre et son bureau d'une extrême sobriété, son matériel d'expédition et d'innombrables souvenirs glanés au cours de ses pérégrinations, on découvre un temple tibétain reconstitué, où le Dalaï Lama a séjourné en 1989. Une visite qui conte l'histoire étonnante de cette exploratrice passionnée.
Dans cette grande maison elle vécut une trentaine d'années, absorbée par son travail d'écriture et de recherches, nostalgique de ce pays lointain, opprimé et abandonné, si riche culturellement et spirituellement qu'est le Tibet, elle donne une série de conférences en Europe, et, pour se maintenir en forme, campe une partie de l'hiver au lac d'Allos à 2240m d'altitude. En 1969, à la veille de ses 101 ans, désireuse de repartir, elle fait une nouvelle demande de passeport. Mais elle s'éteint 18 jours avant de boucler ses valises. Elle travaillait avec ferveur à un dictionnaire tibétain.
L'objet de ses travaux, les aspects de la tradition tibétaine, de la culture himalayenne, sont ainsi évoqués et présentés par le biais d'exposition d' objets, de tapisseries, de vêtements. De nombreux documents, des photographies ajoutent à ce témoignage... Une boutique d'artisanat, un centre culturel et une association de parrainage d'école pour enfants tibétains complètent ainsi que l'avait voulu l'exploratrice, la vocation de ce musée : faire connaître le Tibet et l'oppression à laquelle il est soumis depuis 1959
Marie-Madeleine Peyronnet, sa fidèle secrétaire, qui a partagé les dix dernières années de sa vie, a créé une Fondation pour perpétuer son oeuvre. En retraite depuis 1995, Marie-Madeleine a cédé le flambeau à Franck Tréguier qui gère la maison-musée et le centre culturel où il organise expositions et activités diverses.
24 mars 2008
Maurice Carême - La Maison Blanche
Biographie de Maurice Carême.
"Son balai d'or à la main / Le soleil lavait le monde / à grande eau le matin".
Maurice Carême est né le 12 mai 1899, rue des Fontaines, à Wavre, dans une famille modeste. Son père, Joseph, est peintre en bâtiment, sa mère, Henriette Art, tient une petite boutique où les gens humbles du quartier viennent faire leurs menus achats. Une sœur aînée, Joséphine, est morte âgée d’un jour en 1898; une autre sœur, Germaine, naîtra en 1901; deux frères: Georges, en 1904; Marcel, en 1907. Ce dernier mourra à l’âge de huit mois.
Maurice Carême passe à Wavre une enfance campagnarde si heureuse qu’elle sera une des sources d’inspiration de son œuvre. Il fait des études primaires et secondaires dans sa ville natale.
En 1914, il écrit ses premiers poèmes, inspirés par une amie d’enfance, Bertha Detry, dont il s’est épris. Élève brillant, il obtient, la même année, une bourse d’études et entre à l’École normale primaire de Tirlemont. Son professeur, Julien Kuypers, l’encourage à écrire et lui révèle la poésie française du début du XXe siècle. C’est à Tirlemont également que Maurice Carême découvre les grands poètes de Flandre.
Il est nommé instituteur en septembre 1918 à Anderlecht-Bruxelles. Il quitte Wavre pour s’installer dans la banlieue bruxelloise. L’année suivante, il dirige une revue littéraire, Nos Jeunes, qu’il rebaptise en 1920 La Revue indépendante. Il noue alors ses premiers contacts littéraires et artistiques (avec Edmond Vandercammen en 1920 et, en 1921/1922, avec le peintre Félix De Boeck). Il épouse en 1924 une institutrice, Andrée Gobron (Caprine), originaire de Dison.
Son premier recueil de poèmes, "63 illustrations pour un jeu de l’oie," paraît en décembre 1925. Entre 1925 et 1930, il est fasciné par les mouvements surréalistes et futuristes. Il publie, en 1926, "Hôtel bourgeois," en 1930, "Chansons pour Caprine" où se découvrent les reflets d’une vie sentimentale assez douloureuse, puis, en 1932, "Reflets d’hélices". Mais, au moment de cette publication (sans doute la plus marquée par les écoles littéraires de l’époque) il a déjà pris ses distances vis-à-vis d’elle.
Il a fait, en 1930, une découverte qui va s’avérer essentielle pour toute sa démarche poétique (voire romanesque) celle de la poésie écrite par les enfants. C’est, pour Maurice Carême, une remise en question fondamentale au cours de laquelle il revient à une grande simplicité de ton. Il publie d’ailleurs deux essais consacrés à ces textes d’enfants dont il fut l’éveilleur : en 1933, "Poèmes de gosses" et, en 1936, "Proses d’enfants".
Il fut avec Géo Norge, Pierre Bourgeois, Georges Linze, Claire et Yvan Goll, André Salmon, Edmond Vandercammen,et René Verboom, l’un des fondateurs du Journal des Poètes, en 1931. En 1933, il termine des études de déclamation au Conservatoire de Bruxelles, dans la classe de Madeleine Renaud-Thévenet. Il obtient un Premier prix. La même année, il fait construire, avenue Nellie Melba, à Anderlecht, la Maison blanche, à l’image des maisons anciennes de son Brabant. Elle deviendra, en 1975, le siège de la Fondation Maurice Carême et le Musée Maurice Carême, en 1978.
Le recueil "Mère" paraît en 1935. La simplicité profonde des vers lui vaut d’être remarqué par de nombreux critiques littéraires parisiens, dont celui du Mercure de France. L’œuvre reçoit, en 1938, le Prix Triennal de poésie en Belgique et inspire à Darius Milhaud sa "Cantate de l’enfant et de la mère" (Première mondiale au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, le 18 mai 1938).
En 1943, Maurice Carême quitte l’enseignement pour se consacrer entièrement à la littérature. Il se lie la même année avec Jeannine Burny pour laquelle il écrit "La bien-aimée" en 1965. Secrétaire du poète jusqu’à la mort de celui-ci, elle préside à présent la Fondation Maurice Carême.
De nombreuses œuvres paraissent et sont couronnées par des prix littéraires en Belgique et à l’étranger : Prix Victor Rossel (1948), Prix de l’Académie française (1949 et 1954), Prix international Syracuse (1950), Prix populiste de poésie (1951), Médaille de la Ville de Sienne (1956), Prix Félix Denayer (1957), Prix de la poésie religieuse (1958), Prix du Président de la République française (1961), Prix de la Province de Brabant (1964), Prix de la traduction néerlandaise (1967), Grand Prix international de poésie (France, 1968), Prix européen (Italie, 1976) etc.
Les années 1950-1951 sont marquées pour Maurice Carême par une nouvelle remise en question de son art. Il tente d’allier la simplicité complexe de ses vers à la magie de l’image.
À la Pentecôte 1954, Maurice Carême fait un premier séjour à l’abbaye d’Orval. C’est le début d’une période d’intense créativité, doublée d’une patiente mise au point de l’œuvre, qui ne s’interrompra qu’avec la mort. À Orval, il écrit "Heure de grâce" qui paraît en 1957. Maurice Carême approfondit la lecture des grands mystiques, des philosophes, des sages de l’Inde, de la Chine, se penche sur le Zen, reprend les œuvres de Teilhard de Chardin, de Rabindranath Tagore. Il fera dix-sept séjours à Orval de 1954 à 1970, mais il écrit aussi dans le Brabant (particulièrement dans la région wavrienne, son lieu privilégié d’inspiration), le long de la Mer du Nord (à Coxyde, dans l’appartement du peintre Henri-Victor Wolvens, et à Heyst).
Le 9 mai 1972, il est nommé Prince en poésie à Paris. Pendant les six années qui lui restent à vivre, il part écrire durant l’été en France, publie quatorze recueils de poèmes, un roman fantastique : "Médua", un choix de traductions des poètes de Flandre. Trois anthologies de ses poèmes paraissent, plusieurs disques lui sont consacrés.
Il crée le 4 décembre 1975 la Fondation Maurice Carême, établissement d’utilité publique. Il meurt le 13 janvier 1978 à Anderlecht laissant onze œuvres inédites parmi les plus graves qu’il ait écrites.
L’œuvre de Maurice Carême comprend plus de quatre-vingts recueils de poèmes, contes, romans, nouvelles, essais, traductions. De nombreuses anthologies de ses poèmes ont été publiées. Des essais, des disques, des films lui sont consacrés. L’œuvre, couronnée par de nombreux prix littéraires, est traduite dans le monde entier et mise en musique par plus de deux cents artistes. Un colloque consacré à son œuvre et réunissant des personnalités littéraires, artistiques et universitaires de Belgique, de Bulgarie, de l’Équateur, de France, de Hongrie, du Japon, de Pologne, de Roumanie, s’est tenu à Bruxelles, en novembre 1985, sous l’égide de la Commission française de la Culture de l’Agglomération de Bruxelles et de la Fondation Maurice Carême.
La Maison Blanche sa demeure.
La Maison blanche (Musée Maurice Carême) a été bâtie en 1933 dans le style des anciennes maisons brabançonnes par Maurice Carême qui y vécut jusqu'à sa mort en janvier 1978.
Le musée a gardé, intact, le cadre de vie du poète. Ses nombreuses oeuvres d'art (peintures, dessins, sculptures) sont liées à la personnalité et aux ouvrages littéraires de Maurice Carême. La bibliothèque personnelle du poète présente la collection privée la plus riche en poésie de Belgique et couvre le monde entier. Elle n'a cessé d'être actualisée.
Une salle d'archives met à la disposition des chercheurs et des universitaires un prestigieux éventail de manuscrits et de documents relatifs à l'oeuvre de Maurice Carême dont il est possible d'obtenir des photocopies.
Les visites guidées projettent l'aspect exceptionnel du lieu. En effet, le Musée Maurice Carême est l'unique maison d'écrivain bruxelloise qui conserve non seulement le cadre de vie, mais tous les manuscrits, les documents, la bibliothèque personnels du poète. Les visites sont éclairées d'anecdotes qui mettent en lumière les rapports exceptionnels que Maurice Carême entretenait avec "ses" peintres et expliquent la genèse des dessins qui illustrent les recueils. Elles sont complétées par des présentations de l'oeuvre carémienne et sont illustrées de poèmes et de textes. Des films sur Maurice Carême et un montage audiovisuel réalisé avec la voix du poète et des extraits d'interviews de celui-ci sont projetés. Ces documents sont particulièrement éclairants de la richesse de l'oeuvre et de l'humanisme du grand poète belge dont la simplicité s'avère significativement profonde.
En outre, tout dans la Maison Blanche garde l'empreinte de l'esthète que fut Maurice Carême. La beauté des meubles anciens, les multiples objets en porcelaine de Bruxelles, de Namur, de Tournai, les cuivres, les sulfures, les verres de jadis ajoutent au charme du lieu.
23 mars 2008
Comtesse de Ségur - Les Nouettes
Biographie de la Comtesse de Ségur.
"La modeste et douce bienveillance est une vertu qui donne plus d'amis que la richesse et plus de crédit que le pouvoir".
Sophie Rostopchine 3ème de cinq enfants, naquit le ler août 1799 à St-Petersbourg au Palais de l'Ermitage, où était logé son père Fiodor Rostopchine, favori du Tsar Paul 1er, qui l'avait anobli et avait accepté d'être le parrain de sa fille. Elle passa toute son enfance en Russie où son père fut lieutenant-général puis ministre des Affaires étrangères.
Quand Paul ler, devenu fou, fut assassiné en 1801, avec la complicité de son fils Alexandre ler, le comte Rostopchine se retira dans ses terres de Voronovo, à 60 verstes de Moscou, dans un empire de 40.000 hectares, 20.000 moutons, 1000 vaches, 200 chevaux et 4000 serfs. Rentré en faveur, il fut nommé par Alexandre ler, en 1812, Gouverneur de Moscou, après avoir été Grand Chambellan. Quelques mois plus tard, il prit la décision d'incendier la ville, le surlendemain de l'installation de Napoléon ler au Kremlin. Sophie fut très impressionnée par cet incendie et l'exode qui s'en suivit. On retrouvera, d'ailleurs, plusieurs épisodes d'incendies dans son oeuvre romancée.
La décision d'incendier Moscou fut fortement reprochée au Comte Rostopchine, en particulier par les propriétaires des plus belles demeures. Sa situation devint si inconfortable qu'il préféra en 1814 s'exiler en Pologne, puis en Allemagne et en Italie et enfin en France en 1 817. Il s'installa à Paris où sa femme, ses 3 filles et son dernier fils le rejoignirent à l'Hôtel Ney, Avenue Gabriel.
C'est dans le salon de Madame Swetchine, russe convertie au catholicisme, que les Rostopchine connurent Madame de Staël, Juliette Récamier, Chateaubriand et Benjamin Constant. Madame Swetchine qui avait connu les Ségur en Russie, présenta Eugène de Ségur à Sophie. Il en résulta un mariage de raison le 14 juillet 1819, les Rostopchine apportaient 1a fortune et les Ségur le Titre.
L'arrière grand-père d'Eugène avait été maréchal et ministre de la guerre de Louis XVI et le grand-père ambassadeur auprès de Catherine II. L'oncle, ancien aide de camp de Napoléon ler, était historien et académicien.
La mère de Sophie, née Catherine Protassov, ancienne demoiselle d'honneur de Catherine II, s'était convertie au catholicisme en 1807 et avait fait de Sophie une catholique à l'âge de 13 ans ce fut la seule parmi ses enfants. Sophie fut tyrannisée par sa mère qui lui refusait les vêtements chauds et nourriture suffisante, alors que les autres enfants paraissaient mieux traités. Le père, à l’inverse, adorait sa fille qui lui rendait bien.
La mère d'Eugène, née d'Aguesseau, était veuve depuis peu d'Octave de Ségur, dépressif, qui venait de mettre fin à ses jours en se jetant d'un pont dans la Seine, après une fugue d'un an.
Le jeune couple s'installa à l'Hôtel de Ségur, 48 rue de Varenne, où la mésentente régna vite entre belle-mère et belle fille, doublement étrangère, d'où leur départ dans un hôtel particulier, rue des Capucines, où Sophie prit son indépendance. La jeune Comtesse S'ennuie dans le milieu aristocratique du Faubourg Saint-Germain et entre en conflit avec son mari volage, désargenté et désœuvré. Il ne deviendra en effet Pair de France qu'en 1830, avec l'arrivée de Louis-Philippe.
Les seuls soutiens de Sophie sont le grand-père Louis-Philippe de Ségur et l’oncle historien qui ne mourra qu'à 93 ans, une année avant elle.
En 1822, le Comte Rostopchine acheta le château des Nouettes, près de l'Aigle dans l'Orne, et l’offrit à sa fille. le Comte mourut 3 ans plus tard, tandis que son épouse lui survivra plus de 30 ans. elle ne reviendra en France que durant quelques mois en 1838.
Sophie mit au monde huit enfants, d'abord quatre garçons puis quatre filles.
Le cas de la comtesse de Ségur montre qu’une vocation très tardive d’écrivain peut être particulièrement réussie : elle a en effet écrit son premier livre à cinquante-huit ans.
On raconte que la comtesse de Ségur a commencé à se consacrer à la littérature pour enfants quand elle a écrit les contes qu’elle racontait à ses petits-enfants et qu’elle les a regroupés pour former ce qui s’appelle aujourd’hui "Les nouveaux contes de fées". Lors d’une réception, elle lut quelques passages à Louis Veuillot pour calmer l’atmosphère qui était devenue tendue. C’est ce dernier qui réussira à faire publier l’œuvre chez Hachette.
Dans son écriture la Comtesse s'avère à la fois bonne psychologue et moraliste. Elle crée des personnages de confidentes (les bonnes surtout) de raisonneuses et de bouffons, ses portraits d'enfants sont particulièrement réussis. Les portraits d'adultes sont humoristiques, cruels ou caricaturaux. L'auteur réalise une véritable fresque de la société du Second Empire. Elle a le goût de la fête et nous décrit les noces de campagne, les dîners, les visites des châtelains voisins, les goûters, les parties de pêche et les courses d'ânes. Elle est aussi moraliste et prône une morale chrétienne (la charité, la foi en Dieu omniprésent, l'espérance en un monde meilleur, l'obéissance aux comandements de Dieu) d'où le souci de l'éducation des enfants sans rigueur exagérée et sans contrainte, en obtenant leur adhésion.
La Comtesse a trouvé chez Louis Hachette un grand éditeur et fut le meilleur auteur de la Bibliothèque Rose. De grands dessinateurs et graveurs illustrèrent avec talent ses ouvrages, le plus connu étant Gustave Doré.
Sophie fait preuve d'une énergie à toute épreuve, véritable chef de clan gérant son domaine normand, enseignant elle-même ses filles et les aidant ensuite dans leur vie de mères de famille. C'est aussi une femme d'affaires, discutant pied à pied avec ses éditeurs, d'abord Louis Hachette, puis son gendre et successeur Emile Templier, réclamant des avances d'argent pour chaque nouveau livre et obtenant des augmentations de plus en plus substantielles. Elle a besoin d'argent pour assurer son train de vie et réussira à obtenir son émancipation financière, chose rare à l'époque. les rapports avec ses éditeurs ne sont pas seulement d'ordre financiers. En effet, elle doit lutter pour que ses écrits ne soient pas dénaturés, refusant d'adoucir certains passages qui ne sont, pour elle, que l'image de la vie. Elle ne réussit pas toujours : c'est ainsi quelle a dû situer en Angleterre "Le Bon petit diable", car le climat des pensionnats n'était pas "politiquement correct" pour la maison Hachette
Polyglotte, parlant cinq langues depuis l'âge de 6 ans, la Comtesse a présenté souvent un comportement hystérique avec crises de nerfs et longues phases d'aphonies, l'obligeant à correspondre avec son entourage a l'aide de sa célèbre ardoise. durant plusieurs épisodes de graves dépressions se situant entre 1836 et 1849.
En 1872, Sophie vend les Nouettes qui après plusieurs changements de propriétaires, deviendra un Institut médico-éducatif. Elle se retire à Paris, rue Casimir Perier, où elle mourut en 1874 à 75 ans. Elle fut enterrée dans le Morbihan, à Pluneret, près de son avant dernière fille Henriette, habitant le château de Kermadio, tandis que son cœur était déposé à la chapelle des visitandines.
Les Nouettes sa demeure.
Après son mariage, Sophie de Ségur habite à Paris, rue de Varenne, mais ne s'y plaît guère. Heureusement, elle séjourne parfois chez des amis, dans la campagne ornaise, à Chandai près d'Aube. C'est alors qu'on lui signale une propriété à vendre, les Nouettes à Aube. Son père s'en porte acquéreur en juin 1821 pour la somme de 80 000 francs, et lui en fait cadeau.
D'une superficie de 72 hectares, le domaine comprend, une maison d'habitation sympathique, accueillante, avec cour et jardin de maître. Il y a aussi les maisonnettes du concierge et du jardinier, ainsi qu'une ferme, des prairies et des bois. Le parc est planté d'arbres vénérables. Retrouvant l'atmosphère du domaine de Voronovo en Russie, où elle a grandi, l'éxilée de la rue de Varenne récupère du même coup son entrain.
Elle s'attacha avec passion à son domaine, au point d'y passer le plus de temps possible, pendant que son mari n'était que trop heureux de retrouver Paris. Bientôt la grande maison résonne des rires et des cris des huit enfants Ségur. On y invite la famille, les amis, puis les gendres et les belles filles. L'hospitalité des Nouettes, à l'image de la maîtresse des lieux, est spontannée, génreuse et attentionnée.
Depuis 1930, propriété du département de l'Orne, le château des Nouettes abrite aujourd'hui un Institut médico-éducatif. Il ne se visite que sur autorisation spéciale. C'est l'ancien presbytère, à l'ombre de l'église d'Aube, qui abrite le musée consacré à la Comtesse de Ségur, mis en place par l'Association des Amis de la Comtesse de Ségur, dont font partie les déscendants de la Comtesse. Chaque année, en dehors des salles permanentes du musée, une exposition est consacrée à la présentation d'un roman de la Comtesse. Le musée lui même, est entièrement structuré autour de ses oeuvres. Une première salle est consacrée à ses origines russes qu'elle a elle-même évoquées dans l'un des ses livres les plus connus : "les Malheurs de Sophie". On peut y voir des portraits de sa famille et des objets caractéristiques de la vie russe de cette époque. La 2ème salle est dévolue à la famille de l'écrivain qui a aussi été sa grande source d'inspiration 8 enfants et beaucoup de petits-enfants. Trois autres salles servent de cadres à des expositions temporaires. Tout est mis en ouvre afin de découvrir (ou plus sûrement re-découvrir) l'univers poétique et enfantin de l'écrivain.
La Comtesse de Ségur, une femme d'exception.
20 mars 2008
Boris Vian - Cité Véron Paris
Biographie de Boris Vian.
"Je ne sais pas ce qui est beau, mais je sais ce que j'aime et je trouve ça suffisant".
Boris Vian, figure mythique du Paris d'après-guerre, a marqué la vie intellectuelle et artistique française d'une empreinte singulière. Cet écrivain, auteur, chanteur et musicien, disparu prématurément, laissa derrière lui une oeuvre moderne et insolite, véritable patrimoine dont les générations suivantes n'ont cessé de s'inspirer. Boris Vian naît dans la région parisienne à Ville-d'Avray le 10 mars 1920. Cadet de sa famille, il grandit au milieu de trois frères et soeurs : Lélio, Alain et Ninon. Ses parents, Paul et Yvonne, élèvent leurs enfants dans une atmosphère joyeuse où culture et raffinement tiennent une large place. Paul Vian, rentier, enseigne à sa petite famille le respect des libertés et la méfiance de l'Eglise et de l'Armée. En 1929, la crise financière touche la famille qui quitte la villa les Fauvettes pour s'installer dans l'appartement du portier. Handicapé par une santé fragile, Boris est instruit à domicile par une institutrice particulière.
C'est ainsi que très tôt, il sait lire et écrire. A 10 ans, les classiques de la littérature française n'ont plus de secret pour lui. A 12 ans, il connaît ses premiers problèmes cardiaques. Il ne cessera d'en souffrir. Adolescent, Boris est élève au lycée de Sèvres, au lycée Hoche de Versailles puis à Condorcet à Paris. Il prépare des études classiques caractérisées par l'étude des langues latine et grecque. Parallèlement, il apprend seul l'anglais. Brillant et cultivé, il passe un premier baccalauréat à 15 ans, puis un second lorsqu'il en a 17.
Non seulement le jeune Boris maîtrise la langue française, la littérature et la manipulation des mots, mais il se passionne dès ses 16 ans pour la musique et en particulier le jazz, forme musicale encore peu écoutée en France. Il acquiert très vite une connaissance pointue du genre et devient membre du Hot Club de France. Il se met alors à la trompette à 17 ans. A la veille de la Guerre, Boris est un jeune homme qui partage son temps entre l'écriture, la musique et l'organisation de soirées mémorables dont il est un des piliers avec ses frères. Parfois jusqu'à 400 personnes se pressent dans la salle de bal construite au fond du jardin de la villa de Ville-d'Avray. Célèbre pour son sens de la fête et son goût du canular, il est maître es-réjouissances en tous genres.
En 1939, il évite la mobilisation en raison de sa santé défaillante et intègre l'Ecole Centrale des Arts et Manufactures à Angoulême, où elle a déménagé pour cause de guerre. Il en ressort en 42 bardé du diplôme d'ingénieur, section métallurgie. En 1939, Boris rencontre une jeune femme nommée Monette avec laquelle il se fiance. En 40, la famille Vian quitte Paris et s'installe en Gironde. C'est là, à Capbreton, qu'au cours de l'été 1940, Boris fait la connaissance de celle qui va devenir sa première épouse, Michèle Léglise, également réfugiée dans les Landes avec sa famille. Ils se marient le 3 juillet 1941 et auront deux enfants, Patrick en 42 et Carole en 48. Ce même été, il fait aussi la connaissance de Jacques Loustalot, dit ''le Major''. Ce jeune homme de 15 ans frappe Vian par son comportement délirant et excentrique. Les deux hommes deviennent très proches jusqu'au décès accidentel du Major en 48.
Parallèlement à ses activités d'ingénieur, Boris Vian commence à écrire son premier ouvrage en 41, ''Les cents sonnets'', ouvrage qui ne sera pas édité avant 1984. Passionné par la culture de l'absurde, par l'exploration des exercices intellectuels les plus surréalistes, Vian développe des activités variées comme le Cercle Legâteux, déjà créé avant-guerre. Ce club d'amis permet à ses adhérents entre autres de jouer aux échecs, de tourner des courts métrages et même de mettre au point des modèles réduits au sein de ''La Section volante, déchaînée, sociale et cosmique de la science aérotechnique''. Aussi sérieux que loufoque, ce cercle permet aussi à certains de s'adonner à la pratique fort ludique des bouts-rimés sous la houlette de Vian lui-même. Tout est bon pour réunir les amis, s'amuser tout en s'adonnant à chaque fois à un exercice intellectuel. Vian ne cesse de créer et d'imaginer.
Tout juste diplômé, il intègre l'AFNOR, association française de normalisation, dans la section verrerie. Cette entreprise des plus sérieuses, lui inspirera de nombreux écrits. Il en démissionnera en 1946. En 1942, il écrit ''Troubles dans les Andains'' qui sera également publié très tardivement, en 1966 seulement. C'est à cette époque qu'il devient trompettiste dans l'orchestre du clarinettiste Claude Abadie, qui est alors rebaptisé orchestre Abadie-Vian. Boris y retrouve Alain et Lélio, respectivement batteur et guitariste. Ensemble, ils participeront à de nombreux concours et tournois d'amateurs de jazz.
Vers 1944, Vian publie ses premiers textes sous des pseudonymes tels Bison Ravi (anagramme de Boris Vian) ou Hugo Hochebuisson. Sous le nom de Bison Ravi, il écrit un poème qui évoque l'interdiction du jazz américain par les Allemands. A cette époque, il se lance aussi dans l'écriture de ses premières chansons comme ''Au bon vieux temps'', texte écrit sur une musique d'un de ses amis, Johnny Sabrou. Mais cette activité, qui prendra toute son ampleur dans les années 50, est encore marginale dans son travail.
En 1945, il signe un contrat chez Gallimard pour son roman ''Vercoquin et Plancton''. 1946 est l'année de parution de son plus célèbre roman, ''L'Ecume des jours''. C'est à ce moment-là qu'il rencontre le couple Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre, piliers du gotha littéraire de Saint-Germain-des-Prés. Quelques mois après ''L'Ecume des jours'', Vian publie ''J'irai cracher sur vos tombes'', pastiche des romans noirs américains. Il le signe Vernon Sullivan et fait alors passer Vian pour le traducteur. L'ouvrage fait scandale par son contenu un tantinet iconoclaste. Mais c'est un best-seller dès 1947. Idem avec ''Les morts ont tous la même peau'' en 1947 et ''Et on tuera tous les affreux'' en 1948. Scandale et réussite.
La Guerre terminée, la vie reprend de plus belle et en particulier, la vie artistique et culturelle. Des lieux s'ouvrent, le jazz envahit la capitale, les plus jeunes générations se lancent dans une fête permanente, fête à laquelle Vian participe activement. Il monte une chorale en 1947 qu'il nomme ''La petite chorale de Saint-Germain-des-Pieds''. Parmi les nouveaux lieux à la mode, on compte Le Tabou, 33 rue Dauphine, au coeur de Saint-Germain-des-Prés. Cette boîte de jazz minuscule devient vite un point incontournable du Paris qui bouge dans les années d'après-guerre. Boris et Alain Vian l'animent avec leur orchestre. L'histoire laisse même entendre que Boris en aurait écrit ''l'hymne'' : ''Ah ! Si j'avais un franc cinquante''. On y croise Juliette Gréco, égérie de Saint-Germain et future star de la chanson, ainsi que la jeunesse existentialiste du moment. Boris doit malheureusement cesser la trompette à la même époque pour raisons de santé. En revanche, il demeure plus que jamais une sommité en matière de jazz et intègre la rédaction du magazine Jazz Hot en 1946. Pendant plus de 10 ans, il rédigera pour eux une revue de presse et de nombreux articles.
A la fin des années 40, Vian laisse le Tabou au profit d'une autre cave de jazz, le Club Saint-Germain-des-Prés, à deux pas de là, rue Saint Benoît. Il y reçoit de célèbres jazzmen américains dont Duke Ellington, Charlie Parker ou Miles Davis. Multipliant à l'infini ses activités, Vian écrit à cette époque ses premiers spectacles de cabaret. Il se met également à la traduction de romans noirs dont ceux de Raymond Chandler dans la série ''Série noire'', chez Gallimard. En 1949, parallèlement à Jazz Hot, il devient rédacteur en chef de Jazz News. De plus en plus, il partage son temps entre ses diverses occupations et délaisse son emploi à l'Office professionnel des industries et commerces du papier et du carton.
Peu de domaines littéraires échappent à Vian. S'il a commencé à écrire des chansons des années auparavant, 1949 marque son premier succès en la matière avec le titre ''C'est le be-bop'' interprété par un jeune chanteur fou de jazz, Henri Salvador, sur une musique du pianiste de jazz Jack Diéval. Avec ce dernier, Vian collaborera jusqu'au tout début des années 50. En revanche, Vian et Salvador se retrouveront au cours des années 50 pour produire des dizaines de succès.
Au début des années 50, Vian se consacre beaucoup au théâtre. En 1950, est monté ''L'Equarrissage pour tous'' dont le rythme textuel est très musical et très syncopé. Plus que jamais, Vian joue avec les mots et les transforme en autant de notes au sein d'un ballet vocal. La même année, il écrit d'ailleurs sa première comédie musicale, ''Gialiano''. En 1951, il écrit ''Le goûter des généraux'' qui ne sera pas joué avant les années 60. Puis en 1952, Vian connaît le succès avec ''Cinémassacre ou les cinquante ans du septième art'' puis ''Paris varie ou Fluctuat nec mergitur'' en fin d'année.
Séparé de Michèle, il s'installe en 1951 avec une jeune danseuse allemande, Ursula Kubler. Ils se marient en 1954. Son rythme d'écriture ne cesse de s'accélérer. De plus, les soucis d'argent le poussent à traduire à tour de bras pour Gallimard. Après le théâtre, le roman, la poésie et la chanson, Boris Vian s'emballe pour un nouveau genre littéraire, la science-fiction, style encore méconnu en Europe. Cette découverte lui inspirera une chanson quelques années plus tard, ''la Java martienne''.
En 1952, Boris Vian intègre le Collège de pataphysique en tant qu'Equarisseur de première classe. Sous ces appellations à la signification obscure, se cache un cercle de gens étudiant la pataphysique, science du virtuel et des solutions imaginaires, concept mis à jour à la fin du XIXème siècle par l'écrivain Alfred Jarry. Quelques mois plus tard, Vian y est nommé Satrape, puis l'année suivante, Promoteur insigne de l'Ordre de la Grande Gidouille, échelons divers et prestigieux de cette assemblée qui compte parmi ses membres des noms tels que Raymond Queneau, Eugène Ionesco ou Jacques Prévert. Boris consacrera beaucoup de temps au Collège jusqu'à la fin de ses jours.
A partir de 1954, Boris Vian commence à consacrer beaucoup de temps à la chanson. Le début de la guerre d'Indochine lui inspire en particulier un titre aujourd'hui mythique, ''le Déserteur'', manifeste anti-militariste. Fort d'un répertoire déjà solide, le producteur Jacques Canetti l'engage en 1955 dans son cabaret, les Trois Baudets, ainsi que sur la scène de La Fontaine des Quatre Saisons. Il y rencontre un certain succès qui lui vaut d'enregistrer son premier disque en avril. Sous le titre ''Chansons possibles et impossibles'', Vian y reprend les titres de son tour de chant. L'album, tiré à 1000 exemplaires, est censuré à cause de la chanson ''le Déserteur'' dont le propos est jugé scandaleux par beaucoup. Le scandale surgira également au cours de la tournée que Boris Vian donne tout au long de l'été. Certains concerts donnent lieu à de violentes réactions du public.
Après le jazz, le roman noir, la science fiction, Vian insuffle à son travail un nouveau style venu d'Amérique et encore marginal en France, le rock'n'roll. Sur des musiques composées par Alain Goraguer, Michel Legrand et Henri Salvador, Vian écrit des textes souvent drôles et brillants. A partir de 1956, il enregistre de nombreux disques chez Philips, en tant qu'interprète mais aussi que réalisateur. C'est ainsi qu'on découvre de célèbres titres tels que ''Rock'n'roll Mops'' par Henry Salvador ou ''Fais-moi mal Johnny'' par Magali Noël. Outre le rock, Boris s'inspire de styles musicaux les plus divers dont la java que jusque-là, personne n'avait sorti de son image populaire. Cela donnera des titres tels que ''la Java des bombes atomiques'', ''la Java des chaussettes à clous'', ''la Java javanaise'' ou ''Java mondaine''. Sous des dehors très drôles, Vian cache parfois des textes engagés et contestataires. Il sait à merveille allier les deux.
De plus en plus renommé pour la singularité de ses chansons, de nombreux chanteurs font appel à lui dont Renée Lebas et Mouloudji qui impose la chanson ''Le Déserteur''. En dépit de graves oedèmes pulmonaires qui se multiplient, Vian ne cesse guère ses multiples activités. Il écrit des livrets d'opéra (''Fiesta'' en 1958 sur une musique de Darius Milhaud), des commentaires de films documentaires (''la Joconde'' en 1957), joue dans des films (''Un amour de poche'' de Pierre Kast), traduit des pièces de théâtre (August Strindberg) et devient directeur artistique pour Philips en 1957, puis pour les disques Fontana l'année suivante.
Il écrit de plus en plus de chansons dont beaucoup restent des perles du répertoire : ''J'suis snob'', ''les Joyeux bouchers'', ''On n'est pas là pour se faire engueuler'' ou ''Je bois''. En outre, en 1958, il finit d'écrire ''En avant la zizique.'', spectacle inspiré de son expérience dans les maisons de disques. En cette grande époque de la chanson ''littéraire'' - on chante Prévert, Aragon, Queneau et même Sartre -, le travail de Vian est vivement remarqué.
Très fatigué, Boris Vian essaie de se reposer plus fréquemment. Mais ses activités nombreuses ne lui laissent pas de répit. En 1959, il connaît beaucoup de difficultés avec l'adaptation cinématographique de ''J'irai cracher sur vos tombes'', projet dont il sera finalement écarté. En avril, il fait une ultime apparition au cinéma dans ''les Liaisons dangereuses'' de Roger Vadim, avec Jeanne Moreau.
Après Philips et Fontana, c'est chez Barclay que Boris Vian devient directeur artistique. Mais il n'aura guère le temps d'y inscrire sa patte. Le 11 juin 1959, Boris et Ursula donnent une grande fête chez eux, cité Véron, pour fêter le nouveau chef du Collège de pataphysique. Quelques jours plus tard, le 23 juin, il assiste au visionnage du film ''J'irai cracher sur vos tombes'' mais meurt dès les premières images de cette adaptation dans laquelle il ne se reconnaissait pas.
Il laisse un vide énorme dans la vie artistique de l'époque. Mais son empreinte ne cesse de se confirmer depuis. Ses chansons ont été maintes fois interprétées par des artistes aussi divers que Jacques Higelin, Serge Reggiani, Mouloudji, Catherine Sauvage, les Frères Jacques, Yves Montand, Bernard Lavilliers ou même Maurice Chevalier qui en 1957, a repris l'inoubliable ''Pan Pan poireau pomme de terre''. De fort nombreux disques et coffrets posthumes furent publiés depuis sa mort. Enfin régulièrement, des spectacles reprenant ses titres sont montés en France dont ''En avant la zizique'', joué en août 1999 à Paris.
Certains de ses ouvrages sont des classiques de la littérature française, étudiés dans les écoles et analysés dans les facultés. Par son sens de l'humour mêlé de désespoir, son goût de l'absurde, d'une certaine irrévérence et ses choix frondeurs, Boris Vian est devenu une figure révérée par les plus jeunes générations. Son oeuvre est le résultat d'une totale ouverture d'esprit et d'une pensée libre. Sa modernité n'est plus à démontrer.
La Cité Véron sa maison.
Au niveau du 94 bd de Clichy, dans le XVIIIème arrondissement de Paris, s'échappe une impasse privée longue de 80 mètres, signalée par une belle enseigne émaillée. La cité fut rendue célèbre dès 1953, avec l'arrivée de Jacques Prévert et Boris Vian. Elle abrita leur créativité et fut le berceau de quelques unes des plus belles pages françaises. Lotie de petits pavillons et de jardinets, elle abrite aussi le " Vaudou " 1er temple de vaudou haïtien européen.
L'appartement de Boris Vian est constitué d'anciennes loges du Moulin-Rouge.jadis dévolues, dit-on, à Mistinguett. Ursula, la veuve de l'écrivain, veille sur la mémoire des lieux.
Boris Vian est décédé le 23 juin 1959, d'une crise cardiaque, près d'un demi siècle plus tard rien n'a changé dans ce petit appartement de trente mètres carrés qui constitue l'une de ses plus étonnantes créations, lorsque l'on pénètre dans cet appartement, on a l'impression qu'il vient tout juste de sortir faire un tour et qu'il ne va pas tarder..
Ingénieur de formation, l'auteur de "L'écume des jours" va tout bâtir de ses mains, "J'ai joué les Corbusier en petit", dira-t-il. Pendant des mois, il dessine, scie, cloue, pose bibliothèques, tiroirs, parquet, un escalier vers la chambrette ou un double lit superposé permettant à Ursula, danseuse, de se glisser dans le lit du haut, au milieu de la nuit, sans le réveiller... Une ingénieuse poulie permet de se passer livres et petits mots d'une couche à l'autre. Comme il était très grand et se cognait partout, il était particulièrement attentif à l'organisation de l'espace. On peut encore voir la chaise sur laquelle il écrivait, spécialement conçue pour y glisser ses longues jambes. Mais le bricoleur sait aussi se faire surréaliste: lorsqu'il s'aperçoit que la nouvelle baignoire est trop longue, il abat une cloison et prend son bain la tête dans la chambre et les pieds dans la salle de bains... La télévision, elle, a l'écran résolument dirigé vers le mur. Des piles de 78 tours de jazz New Orleans côtoient des éditions illustrées de Baudelaire, un crâne humain fait face à deux de ses rares toiles futuristes.
Cité Véron, Boris Vian fut un bricoleur heureux mais un romancier amer. Les échecs de "L'écume des jours" et de "L'automne à Pékin" l'avaient profondément atteint.
Le 6 bis cité Véron devient vite un rendez-vous du monde de la musique et des lettres: on y croise Raymond Queneau et Georges Delerue, Miles Davis et Max Ernst, Henri Salvador et Yves Gibeau... Le soir, apéritifs aidant, les amis débordent joyeusement sur l'immense terrasse qui vient buter sur l'arrière des ailes du Moulin-Rouge. Le terrain de jeu préféré de Patrick Vian et de Minette Prévert. Car l'auteur de "Paroles" est le voisin direct des Vian.
Une profonde amitié va lier le poète et le trompettiste, renforcée par les célébrations potaches du Collège de Pataphysique. Le 11 juin 1959, cité Véron, Henri Salvador est promu "satrape", l'un des nombreux titres honorifiques du facétieux collège. L'immense terrasse est même rebaptisée "terrasse des Trois-Satrapes", en l'honneur de Boris Vian, Jacques Prévert et... Ergé, le chien de ce dernier. Ionesco, Queneau et Siné assistent à l'événement. On boit, on rit, on est heureux comme des collégiens. Douze jours plus tard, l'auteur de "L'écume des jours" claque la porte du 6 bis, cité Véron, pour la dernière fois.
19 mars 2008
Madame de Staël - Coppet
Biographie de Madame de Staël.
"Pourquoi les situations heureuses sont-elles passagères ? Qu’ont-elles de plus fragile que les autres ?"
Anne-Louise Germaine Necker naît à Paris le 22 avril 1766. Son père Jacques Necker, solide bourgeois de Genève, habile aux affaires, s'était fait une grosse fortune avant d'épouser Suzanne Curchod, du canton de Vaud, fille d'un pasteur devenue orpheline et restée pauvre. Ce sont des protestants convaincus, avec ce que cela sous-entend de moralité, de tolérance et d'ouverture d'esprit. Si ils sont calvinistes fervents, ils ne sont ni puritains, ni dogmatiques. Ils élèvent donc Germaine dans la religion, mais avec humanisme et respect des vertus humaines.
Bientôt établis à Paris, les talents financiers de Jacques Necker sont rapidement si bien reconnus qu'il devient, avec son associé Thelusson, directeur général des finances, poste qu'il va occuper de 1777 à 1781. Cette année là, sa franchise ne lui porte pas chance : sa critique des dépenses publiques et des gaspillages de la cour lui v


















































































